Paris fait évoluer son réseau d’eau non potable

Le Conseil de Paris a adopté le 30 septembre 2015 son schéma directeur 2015-2020 de l’eau non potable. Celui-ci prévoit des travaux de modernisation du réseau, la libération totale ou partielle de trois sites, mais aussi une diversification des usages de l’eau non potable, y compris dans des communes limitrophes.

Le réseau d’eau non potable parisien, alimenté par la Seine et l’Ourcq, est une spécificité de la Capitale, héritée des grands travaux engagés par Haussmann et Belgrand au XIXe siècle. Le schéma directeur, adopté le 30 septembre, « fixe, pour la période 2015-2020, le cadre stratégique des actions de collaboration entre la ville de Paris et l’entreprise publique Eau de Paris en charge de [sa] gestion ».

« Ce schéma directeur intervient à un moment crucial, car jamais l’urgence de repenser la ville face au défi du changement climatique n’a été aussi grande. Le développement des usages de l’eau non potable doit y contribuer en généralisant son utilisation tout en préservant la ressource », a souligné Célia Blauel, adjointe à la maire de Paris en charge du développement durable, et présidente d’Eau de Paris.

Arrosage et nettoyage

Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’eau non potable (ENP) distribuée est consommée pour l’arrosage des espaces verts et l’alimentation des lacs et rivières des bois de Boulogne et de Vincennes ; le nettoyage des trottoirs, caniveaux et chaussées ; et enfin l’entretien des égouts. La production quotidienne moyenne du réseau d’ENP est de 180 920 m3 (pour une capacité maximale de 547 200 m3/jour).

Représentation du réseau principal d’eau non potable.

Représentation du réseau principal d’eau non potable. © Eau de Paris

Entre 1986 et 2006, la consommation d’ENP a été divisée par quatre, essentiellement en raison de l’abandon des réservoirs de chasse dans le nettoyage du réseau d’assainissement parisien, mais dès 2009, la Ville avait réuni une conférence de consensus qui approuvait l’intérêt de maintenir ce réseau, en particulier pour des raisons environnementales, puisqu’il permet de distinguer des qualités d’eau différentes pour des usages différents.

Après des études menées par l’Atelier parisien d’urbanisme sur les usages de l’eau non potable et l’optimisation de la ressource en eau, les élus parisiens avaient adopté en mars 2012 une délibération favorable au maintien et à l’optimisation de ce réseau. Le « schéma directeur des usages et du réseau de l’eau non potable de Paris » que vient d’adopter le Conseil de Paris en est le prolongement.

Travaux et évolutions

Ce schéma directeur prévoit des travaux de réhabilitation et de confortement du réseau (1 700 km de linéaires sans compter les bois de Boulogne et de Vincennes) mais aussi l’évolution de certains sites de production et de stockage. L’usine d’Auteuil (située dans le 16e arrondissement) et les réservoirs de Grenelle (15e) et de Passy (16e) n’ayant plus de pertinence sur le plan hydraulique, Eau de Paris « devra prévoir la libération complète ou partielle de ces sites dans la période de mise en œuvre du schéma » (2015-2020). Un projet d’agriculture urbaine est envisagé sur le réservoir de Grenelle (3 300 m2).

Travaux structurants prévus sur le réseau sur la durée du schéma directeur

Travaux structurants prévus sur le réseau sur la durée du schéma directeur.

Nouvelles ressources, nouveaux usages

Mais le schéma directeur prévoit également un programme de recherche et innovation. Il s’agit tout d’abord de diversifier les ressources, en expérimentant l’injection dans le réseau d’eaux de pluie, de piscine ou encore d’exhaures (produites par les pompages visant à abaisser l’eau de la nappe dans laquelle se trouvent certains ouvrages souterrains (métro, parking, etc.)).

Il s’agit ensuite d’étudier et de développer de nouveaux usages, non seulement pour les services de la municipalité (pour le nettoyage des véhicules municipaux, par exemple), mais aussi des usages privés (entretien de cours d’immeuble, usages industriels, etc.) ainsi que des « usages extra-muros ». « Dans un contexte en évolution, une réflexion devra être menée en lien avec la Ville, les collectivités et acteurs du Grand Paris qui souhaitent recourir à ce type d’eau » précise le document. Le réseau d’ENP s’étendant jusqu’en petite couronne, « Eau de Paris étudiera d’ici 2017 les opportunités d’extension et de réhabilitation du réseau en lien avec les communes ou les départements concernés ».

Elargir la clientèle

Car l’objectif du schéma directeur est aussi d’« établir un modèle économique pour l’eau non potable », reposant notamment sur l’élargissement et la stabilisation d’une base clientèle. « Eau de Paris poursuivra sa politique commerciale dynamique auprès des usagers parisiens – publics et privés – et mettra en place toutes les actions qu’elle juge nécessaires à l’élargissement de sa base clientèle » précise le document. Extra muros, « des localisations à la porte de Vincennes ou sur la commune de Gentilly [sont] à l’étude, en concertation avec les autorités locales. Eau de Paris se dotera des moyens lui permettant de prospecter de nouveaux usagers. »

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