L’adjoint aux espaces verts, à l’alimentation et à la Seine d’Emmanuel Grégoire figure parmi les proches et fidèles du maire de Paris, dans le sillage duquel il évolue depuis maintenant plus d’une décennie.
Du haut de son mètre quatre-vingt-dix sept, la démarche énergique, Antoine Guillou se repère facilement dans une foule. « Si on n’aime pas débattre, rencontrer les gens, coller des affiches, il ne faut pas faire de la politique », dit-il pour décrire son parcours déjà étoffé, de militant d’abord, puis d’élu parisien. C’est avec Jean-Marie Le Guen, adjoint au maire de Paris Bertrand Delanoë, qu’il fait ses premiers pas en politique au début de la précédente décennie. Antoine Guillou effectue son stage de fin d’études de Sciences Po Paris au sein du cabinet du député du 13e. Pas de piston ni de réseau en héritage chez ce natif de Quimper, qui y a effectué sa scolarité, suivie de maths sup et maths spé à Nantes. Juste une lettre de candidature, qui retient l’attention de l’équipe de Jean-Marie Le Guen. « On m’a dit plus tard qu’on m’avait pris parce que j’avais mentionné que je pratiquais le théâtre d’improvisation », s’amuse-t-il.

Antoine Guillou. © Jgp
« On savait qu’Anne Hidalgo allait sans doute se présenter, mais Jean-Marie Le Guen voulait savoir s’il n’existait pas un chemin de passage pour se présenter lui-même », raconte-t-il. La politique de terrain lui plaît, lui qui s’y intéresse et rêve d’en faire depuis l’adolescence. Il adhère alors au PS et participe à la campagne de Jérôme Coumet en 2014, dans le 13e arrondissement, où il vient d’emménager. Il côtoie dès cette époque Emmanuel Grégoire, alors « premier fédéral » du PS parisien.
L’énergie en politique
Son sujet de prédilection, dès cette période, c’est l’énergie, la transition écologique et énergétique, qu’il suit notamment au sein du think tank Terra Nova, dont il coordonne le pôle Énergie et climat. Rien d’étonnant pour cet ingénieur diplômé de l’École nationale supérieure de techniques avancées (Ensta), qui a longtemps hésité entre Sciences Po et une école d’ingénieurs, avant de faire finalement l’un et l’autre. S’il s’intéresse à l’énergie en politique, c’est aussi parce qu’il y a consacré son début de carrière. Ce père d’un jeune enfant, qui a décidé de se consacrer entièrement à la vie publique a effectué son premier job à la Commission de régulation de l’énergie puis à l’Union française de l’électricité, lobby des énergéticiens de « l’élec ». Dans ces deux postes, il suit les fluctuations des réglementations, notamment européennes, sur le financement public d’un secteur de l’énergie, en mutation accélérée.
En 2020, alors qu’il est encore à l’Union française de l’électricité, Antoine Guillou dirige la campagne du maire du 13e Jérôme Coumet, au terme de laquelle il est élu conseiller de Paris, de justesse. « Il fallait que la liste atteigne 59 % pour que je sois conseiller de Paris ; on a fait 63 % », se souvient-il. Il est nommé adjoint chargé des ressources humaines lors de ce mandat atypique, dont les premiers mois resteront à jamais marqués par la crise du Covid. Il égrène la succession de directives et de décrets complexes, qu’il faut décrypter puis mettre en œuvre. « Certains services publics et métiers restaient en activité, d’autres pas, sans toujours de cohérence évidente », raconte-t-il. Avec, au final, la santé des agents sous sa responsabilité. C’est aussi l’époque d’une loi de transformation de la fonction publique et de la gestion, délicate à Paris, du temps de travail des agents, appelés à passer aux 35 heures, c’est-à-dire non pas à diminuer mais à augmenter leur temps de travail.
Concilier les usages de la Seine
Mesuré, nuancé, ouvert au débat, Antoine Guillou n’en défend pas moins avec ardeur la gestion municipale socialiste. « Gabriel Attal a osé affirmer un jour que Paris comptait plus d’agents que la Commission européenne ; je n’ai jamais rien entendu de plus stupide », lance-t-il, avant de dénoncer « les comparaisons fallacieuses » en rappelant que Paris est à la fois une ville, un département et un établissement public territorial, et que sa population de 2 millions d’habitants double chaque jour, sous l’effet du flux des actifs et des touristes qui s’y rendent.
Tout juste admet-il que, si Anne Hidalgo était centrée sur la transformation de la ville, Emmanuel Grégoire sera plus attentif à sa gestion quotidienne. Il est assez bien placé pour le savoir, lui à qui le nouveau maire de Paris a confié la coordination de son programme. Il reprend à son compte les fondamentaux de la récente campagne : pour un Paris populaire, vivant et fier. Ouvrir 300 nouveaux hectares d’espaces verts au public, défendre le droit à une alimentation saine et abordable, ouvrir de nouveaux sites de baignade… autant de mesures clés qu’il entend bien mettre en œuvre, en ayant à cœur d’allier transition écologique et justice sociale.
« Nous voulons continuer à transformer Paris, sans perdre sa mixité sociale », résume-t-il. Une question d’équilibre, en somme – un terme qui revient dans sa conversation et qu’il emploie aussi à propos de la Seine, qu’il a en portefeuille, tout comme les canaux. L’émergence de nouveaux usages, la baignade notamment, et la volonté de la ville de créer une continuité piétonne de 25 km sur les deux rives de la Seine doivent être conciliées avec les usages industriels et la circulation des bateaux, explique-t-il. « Et je suis convaincu que l’intérêt croissant pour le fleuve que génèrent ces nouveaux usages doit permettre, conclut-il, de trouver de nouveaux points d’équilibre. »