Sofia Boutrih – Placide

Deuxième sur la liste du nouveau maire de Saint-Denis, l’insoumis Bally Bagayoko, Sofia Boutrih raconte par le menu son enfance dionysienne, les vertus du logement social et les joies du communisme municipal.

Aucune amertume. Mais de la mémoire. Sofia Boutrih narre avec une grande précision les adresses de son enfance dionysienne. Celle de l’appartement insalubre, un 32 m² situé au 19 bis boulevard Carnot, qu’elle occupa avec ses deux frères aînés et ses parents, au 4e étage sans ascenseur. « Si mon petit frère n’était pas né, je ne serais pas devant vous », raconte-t-elle, sans volonté d’apitoyer son interlocuteur. Avec une authenticité profonde et un sens aigu de la valeur des choses. La naissance de son petit frère vaut en effet à la famille Boutrih d’obtenir le logement social attendu depuis des années. « À la cité Gabriel Péri, où ma mère vit encore, où nous avions une salle de bain, un WC séparé, trois chambres à coucher, trois balcons. Le grand luxe », énumère-t-elle.

Celle qui, des années plus tard, développera des politiques d’innovation sociale à Plaine Commune habitat, où la fait entrer le député communiste de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu, un de ses mentors, dont elle sera longtemps l’attachée parlementaire, a passé sa vie à défendre des politiques d’égalité et d’inclusion sociale. Avec une efficacité reconnue, lui valant un parcours ascensionnel, jusqu’à la Fête de l’Humanité. Elle dirige l’événement politico-culturel de main de maître depuis 2024, à la demande du directeur de L’Humanité Fabien Gay.

Sofia Boutrih. © Jgp

Préparation de la prochaine « Fête de l’Huma »

Deuxième sur la liste de Bally Bagayoko, le nouveau maire (LFI) de Saint-Denis, possible future présidente de Plaine Commune, Sofia Boutrih (PCF) s’emploie à démythifier l’accession d’une nouvelle génération d’élus au pouvoir communal. Elle rappelle que Bally Bagayoko a eu une déjà longue carrière politique, bien avant l’avènement de La France insoumise. Une carrière qui l’a conduit notamment à se présenter en tandem avec elle aux cantonales de 2021, lors desquelles la victoire leur échappe de 111 voix face à Corentin Duprey, le président PS du Syctom.

Dans les bureaux de l’Humanité, dans le quartier Pleyel, où elle prépare avec ses équipes la prochaine « Fête de l’Huma », Sofia Boutrih mesure le chemin parcouru, en prenant le temps de détailler un parcours où se croisent les rencontres et les opportunités. Elle revient sur son père, berbère du sud marocain, arrivé à 16 ans en France pour aider sa famille restée au pays, à laquelle cet ouvrier dans une aciérie de La Courneuve envoie la quasi-totalité de son salaire. Il passe chaque été au Maroc, où il rencontre sa femme, qui ne le rejoindra en France que bien des années après leur mariage, avec leurs deux premiers garçons. Elle évoque aussi son parcours de bonne élève, dans les écoles publiques de Saint-Denis puis en classe préparatoire au lycée Boulloche de Livry-Gargan, où elle prépare le concours de l’ENS Cachan. Elle qui a appris le français à l’école. « Ma mère est berbère également et ne parlait pas français. Je suis une Chleuh », dit-elle.

« Depuis mon enfance, j’ai voulu faire du droit », indique celle qui optera finalement pour l’Ileri, l’Institut libre d’étude des relations internationales. Un cursus qui la conduit à New York, dans l’immeuble de l’ONU, où elle joue, lors de « simulations onusiennes », le rôle de représentante de la Namibie en charge de la négociation d’un traité de non-prolifération militaire. « Passer d’un sujet à l’autre ne m’a jamais posé aucun problème », raconte-t-elle avec une grande placidité.

Parcours international

Elle raconte son passage à Barcelone, à CGLU (Cités et gouvernements locaux unis), où elle développe, au début de sa carrière, des programmes d’inclusion sociale et de démocratie participative, mettant à profit sa maîtrise de l’espagnol. C’est Patrick Braouezec (Front de gauche), un autre de ses mentors, qui l’a recommandée auprès de l’organisation internationale. Elle a rencontré l’ancien député-maire de Saint-Denis suite à un simple courrier, écrit pour lui demander s’il pouvait l’aider à décrocher un premier emploi. L’édile lui propose alors d’intégrer son équipe de campagne pour les législatives de 2012, lors desquelles il sera battu par un certain Mathieu Hanotin (PS), son adversaire politique de longue date, dont elle analyse aujourd’hui sans acrimonie la défaite dès le premier tour des municipales. Selon cette communiste encartée depuis 2015, le maire sortant de Saint-Denis a sous-estimé les spécificités des liens qui unissaient les Dionysiens avec leur municipalité, après 70 ans de gestion communiste. « Je suis une enfant du communisme municipal », résume-t-elle, pour évoquer les colonies de vacances, les associations culturelles et sportives qui ont jalonné son enfance. Sofia Boutrih voit un « mépris de classe » dans la volonté qu’elle prête à Mathieu Hanotin de mettre de la distance avec ses administrés, au nom du refus du clientélisme. « Quand on perd ses agents, on perd sa commune », ajoute-t-elle, fustigeant aussi une politique de réorganisation et de mobilisation interne au service de la mairie que cette femme d’une grande douceur apparente juge par trop brutale.

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