Le nouveau maire (DVD) du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) incarne un engagement politique entièrement tourné vers sa commune et les enjeux locaux, loin des guérillas politiciennes.
» C’est un bosseur », dit le nouveau maire (DVD) du Kremlin-Bicêtre Lionel Zinciroglu à propos de l’un de ses prédécesseurs, l’ex-MRC Jean-Marc Nicolle, qui sera jugé en juin prochain pour des faits de corruption. « Il n’était peut-être pas réellement fait pour la politique », commente-t-il sobrement à propos de son prédécesseur, le socialiste Jean-François Delage. Dans son bureau de l’imposant hôtel de ville du « KB », le jeune élu affiche une réelle bienveillance pour évoquer ses prédécesseurs, insistant sur son rejet de l’esprit d’appareil.
Ce diplômé en ingénierie a commencé sa carrière en œuvrant pour la ville où il a grandi, dans une structure créée alors pour superviser deux grands chantiers : la couverture acoustique de l’A6b et de la RN7. Il quittera la mairie ensuite pour créer sa propre société de conseil en maîtrise énergétique, après s’être dûment formé à ces questions. Il travaille alors pour des majors du BTP, des grands syndics et des sociétés de property management, les guidant dans leurs recherches d’économie d’énergie. « J’ai cédé mes parts dans ma société deux mois avant les élections municipales, sentant qu’il n’était pas improbable que je l’emporte », raconte-t-il en souriant.

Lionel Zinciroglu. © Jgp
C’est le positionnement d’Emmanuel Macron, en 2017, l’affichage par celui qui est encore ministre de l’Économie d’une volonté de renouveler profondément la politique française, en théorisant le dépassement – des clivages gauche-droite – notamment, ainsi que la mobilisation de la société civile, qui le pousse à entrer en politique. « J’avais remarqué en travaillant en son sein, que la mairie du Kremlin ne se plaçait pas suffisamment à l’écoute de ses habitants », ajoute-t-il. D’où son attachement à la proximité avec la population.
Des origines kurdes-zaza
Lionel Zinciroglu raconte avec gourmandise ses premières campagnes, pour la présidentielle de 2017, puis lors des municipales de 2020, sous les couleurs de La République en marche et du Modem, tête d’une liste déjà baptisée « Ensemble, changeons le KB ». Il crée alors la surprise en arrivant troisième au second tour, avec seulement 90 voix d’écart avec Jean-Luc Laurent, finalement élu. « J’ai découvert à cette occasion à quel point j’aimais la rencontre avec les habitants, les écouter », énonce-t-il, sans faux semblant.
Il revient avec la même simplicité sur ses origines kurdes-zaza, une des ethnies du peuple Kurde qui vit entre la Turquie et la Syrie, dont sont originaires ses parents, père ouvrier et mère couturière. Il décrit la passion du premier pour la politique, lui qui a dû quitter la Turquie pour fuir la répression, combattant de l’autodétermination de son peuple. « Mon père a fait de la prison pour avoir donné à ses enfants des prénoms comportant des lettres qui n’existent pas dans l’alphabet turc. Dans notre appartement de la rue Danton, dans le bas de Bicêtre, lui qui ne savait ni lire ni écrire, passait son temps à regarder les chaînes d’information kurdes, ou arméniennes. Cela m’a fait grandir dans un certain climat politisé, même si mon père nous a toujours déconseillé, à mes frères et à moi-même, de faire de la politique », se souvient-il. Avec l’un de ses frères, il regarde les séances des questions d’actualité à l’Assemblée nationale, se réjouit de grandir dans le pays des droits de l’Homme, de la démocratie et, malgré ce qu’on en dit, d’une toujours possible méritocratie républicaine. Originellement à gauche, passé par LREM, il se félicite aujourd’hui d’avoir accueilli sur sa liste pour les dernières municipales des élus de tous bords, gauche, droite et centre, et se déclare heureux d’être suffisamment détaché des partis politiques pour se consacrer entièrement aux dossiers locaux.
À la tête du KB, Il va s’attacher, notamment, à accélérer la rénovation d’un parc de logement social largement dégradé, et tenter d’apaiser le quartier entourant Okabé, l’immense centre commercial qui borde l’avenue de Fontainebleau. Un périmètre où l’ouverture récente de ce pôle a sinistré les commerces de proximité et où la multiplication des fast-food et des chaînes de poulets bon marché attire une population de passage souvent peu respectueuse de l’espace public. Le recrutement de 30 policiers municipaux supplémentaires figure parmi ses engagements, « armés notamment pour qu’ils puissent travailler au-delà de 23h », argue-t-il.
Un de ses projets centraux réside par ailleurs dans la création d’un véritable centre-ville, dans une commune qui en est aujourd’hui dépourvue. L’avenue Eugène Thomas et ses abords seront aménagés et végétalisés pour constituer cette nouvelle polarité, annonce-t-il. L’aménagement de l’entrée de ville sud-ouest (EVSO), située proche de la station Hôpital Bicêtre de la ligne 14, figure également parmi les priorités de ce jeune papa de deux petites filles, dont on sent qu’il entend prendre soin de sa commune avec un esprit de bon père de famille.