Adjoint au maire de Paris chargé de l’urbanisme et de l’architecture, François Vauglin lance la troisième édition d’Apex, le label des « architectures parisiennes exemplaires ». Il détaille son « droit au beau », le dialogue avec les architectes des Bâtiments de France (ABF), revient sur l’aménagement des dernières ZAC et des portes en cours.
En quoi Apex se distingue-t-il de Réinventer Paris ?
C’est très différent. Réinventer Paris, c’était quelques projets phares qui se voulaient exemplaires ; Apex a vocation à diffuser l’exemplarité à tous les projets, chacun pouvant candidater. La démarche est née avec l’adoption du PLU bioclimatique, pour montrer que son ambition était accessible. Face au débat habituel – cela va renchérir, c’est trop compliqué… -, l’idée était de montrer par l’exemple que la pleine terre, la performance énergétique, la protection contre la chaleur ou l’infiltration à la parcelle fonctionnent, tout en produisant une architecture de qualité.
Qu’apporte concrètement le label aux porteurs de projets ?
Il ne s’agit pas de subventionner des projets privés, mais de fluidifier les opérations. On candidate avant d’avoir son permis, dès la genèse du projet, et nous nous engageons sur une procédure accélérée – autant que faire se peut, pompiers, préfecture et ABF devant être consultés. La direction de l’urbanisme met les projets labellisés en haut de la pile. Ils obtiennent leur permis en quatre ou cinq mois, contre six en général, voire plus. Et c’est un avantage compétitif : les immeubles ne partent plus comme des petits pains, ce label permet de se démarquer.
Pourquoi une troisième édition, et qu’y ajoutez-vous ?
Nous portons avec Emmanuel Grégoire une ambition du « droit au beau ». J’y serai très attentif, en jury comme pour chaque permis. Il faut que les projets soient contextualisés. On voit parfois en jury de magnifiques maquettes qui, insérées dans le quartier, ne marchent pas du tout. Je suis attaché à une approche multi-échelle : le dialogue de la façade avec le piéton, la qualité du dessin, l’insertion dans le tissu urbain. Et nous ajoutons une dimension nouvelle, la création artistique. Je voudrais que les porteurs de projets systématisent l’introduction d’une œuvre d’art. Apex 3 le leur demande. Nous visons, comme précédemment, une dizaine de lauréats variés : conversions de bureaux, créations de logements, activités…
Cette place donnée à l’art, vous l’aviez expérimentée comme maire du 11e arrondissement…
Oui, avec « Art et logement social », chaque bailleur choisissait un immeuble, mairie et bailleur finançant, à 5 000 euros chacun, une œuvre attribuée par appel à projets et co-construite avec les habitants. Nous avons commencé avec trois bailleurs ; à la dernière édition, l’an dernier, ils étaient treize. Cela change le regard des habitants sur leur immeuble et les parties communes. Les gens disent, « nous avons droit au beau, nous valons l’œuvre que l’artiste a créée pour nous et avec nous ». Prosaïquement, cela réduit aussi les frais d’entretien.
Apex a fait bouger les ABF sur la végétalisation des cours haussmanniennes. Comptez-vous aller plus loin ?
Apex a servi de levier. La végétalisation des cours est désormais inscrite au PLU bioclimatique, avec l’accord des ABF. Mais nous voulons aller au-delà. Je vais voir le chef des ABF la semaine prochaine sur des enjeux au moins aussi importants : les toits, leur accessibilité, les dispositifs d’ombrage en toiture, très souvent refusés. J’irai avec une pile de refus, par exemple ceux que connaît la société Roofscapes, qui aménage les toitures en les rendant accessibles. Ces projets sont réversibles et préservent le zinc. Sinon, les gens le supprimeront pour faire autre chose, ce que les ABF ne veulent pas non plus. Il va falloir que chacun mette un peu d’eau dans son vin. Autre chantier, les climatiseurs, qui émergent à la vitesse grand V : le PLU ne les autorise qu’en dernier recours, clause que beaucoup invoqueront. Nous ne voulons pas de ces collections de climatiseurs en façade qui ont défiguré certaines villes. Avec la direction de l’urbanisme, l’Apur, l’Agence parisienne du climat et le CAUE, nous préparons prescriptions et guides, sur les climatiseurs comme sur les volets.
Au-delà de l’architecture, quelles sont vos priorités d’adjoint à l’urbanisme ?
Les premiers dossiers trouvés en arrivant : les ZAC, à faire sortir à des coûts pas trop élevés, alors que l’immobilier tertiaire s’est complètement retourné. Nous en reprogrammons un certain nombre, notamment en bordure du périphérique. Un peu moins de tertiaire – pas zéro, il faut de la mixité fonctionnelle – moins de surfaces en blanc, au profit de preneurs pré-identifiés. C’est un gros travail avec les trois aménageurs de la Ville. Des dizaines, voire des centaines de millions d’euros sont en jeu. Il s’agit aussi de sortir de l’ornière certaines opérations, je pense à Bercy-Charenton, les discussions avec la SNCF n’ayant pas été conclusives. Nous remettons les choses à plat, en veillant à la continuité avec Charenton et à ses liaisons vers Paris. Il n’y aura pas beaucoup de nouvelles ZAC dans cette mandature. Avec Maxime Sauvage, adjoint chargé des Sports et des Équipements sportifs, nous suivons aussi les discussions menées par le Maire de Paris sur le Parc des Princes : si le PSG reste à Paris, nous aurons des choses à nous dire cet automne et du pain sur la planche !
Les promoteurs se sont massivement tournés du tertiaire vers l’hôtellerie. Qu’en attendez-vous ?
Avec les Jeux olympiques, des hôtels quatre et cinq étoiles se sont construits partout dans Paris. Cela répondait à un besoin qui me semble relativement satisfait – une étude demandée à l’Apur et à la CCI l’étayera. En revanche, l’offre plus modeste, deux ou trois étoiles, ne s’est pas développée de la même manière. C’est pourtant elle qui peut réellement concurrencer Airbnb, dont l’ampleur impose, au-delà des contrôles et des sanctions, de jouer sur l’offre. Le co-living qui contourne l’encadrement des loyers, nous n’en voulons pas ; des résidences hôtelières thématiques, il y en a besoin. Et une offre hôtelière de base, avec des chambres entre 60 et 150 euros.
Un mot sur les portes, dont Emmanuel Grégoire a souligné l’importance pendant sa campagne ?
C’est transversal – espace public, relations avec la banlieue -, mais pour préparer le terrain, c’est d’abord l’urbanisme. Le chantier de la porte de Montreuil avance bien. On parle moins de la porte de Vincennes : une opération plus modeste, mais très appréciée des habitants, côté est du périphérique. Nous y avons construit une école, l’École bleue, un très beau bâtiment qui crée une ruelle végétalisée devant des logements sociaux et leur fait écran jusqu’au plus haut étage. Non pas un canyon de masques autour du périphérique : des aménagements bien pensés. De l’autre côté, un gymnase incroyable : une belle fête sera organisée par la Mairie du 12e pour livrer tout cela fin septembre. Viennent ensuite la porte de la Villette, un réaménagement au long cours, puis les portes de Brancion et de Gentilly. Nous prioriserons celles où le périphérique est à niveau, où des feux permettent des traversées piétonnes : l’apaisement réduit bruit et pollution, et rend les aménagements possibles. On organise la ville selon la vision que l’on porte : un périphérique apaisé, des quartiers reconquis.
