Frédéric Molossi, élu PS et figure du monde politique montreuillois, est décédé mardi 23 juin. En 2021, nous lui consacrions un portrait. Elu local francilien depuis plus de 30 ans, il était alors également président de l’Etablissement public territorial de bassin Seine Grands Lacs, où il conciliait les différentes sensibilités politiques au service de la gestion des crues et des sécheresses.
« Mon père est Italien, ma mère alsacienne. C’est l’union des spaghettis et de la choucroute », résume le quinquagénaire, avec l’humour que ceux qui le connaissent apprécient. Il incarne ce mélange entre exubérance et retenue : sa veste stricte d’homme politique est agrémentée d’une écharpe fleurie en bleu, relevée d’une chaînette au poignet et d’une grosse bague en or.
De ses parents, il a également hérité la conscience politique. Son père, tourneur-fraiseur, et sa mère, secrétaire de mairie, étaient syndicalistes CGT. Lui se tourne très tôt vers le Parti socialiste. En 1989, à l’âge de 21 ans, il est élu conseiller municipal à Montreuil (Seine-Saint-Denis), où il a grandi. Le benjamin de l’équipe. Il y conservera sa place durant toutes ces années, à l’exception de la parenthèse Dominique Voynet, entre 2008 et 2014.
A partir de 1995, il est adjoint au maire, délégué d’abord à la petite enfance, à l’enfance et à la jeunesse, puis à la santé, à l’hygiène, à la lutte contre le saturnisme. « Je suis fier de la lutte contre le saturnisme que nous avons engagée à Montreuil. C’était une politique volontariste pour mettre à l’abri les familles et les enfants, pour accompagner les marchands de sommeil, pour se substituer aux propriétaires défaillants », se souvient-il.
En 2015, il retrouve les problématiques liées à l’enfance et à la famille au sein du département de la Seine-Saint-Denis, dont il est le vice-président. Il contribue à augmenter le nombre de places en crèche, à créer des maisons d’assistantes maternelles. Il s’investit pour améliorer la prise en charge des mineurs non accompagnés, un vrai sujet sur ce territoire. « Ce qui me motive dans l’action publique, c’est la dimension humaine. Je suis passionné par les politiques sociales ».
Aux confluences
En 2012, il opère un changement radical, en devenant président de l’Etablissement public territorial de bassin (EPTB) Seine Grands Lacs, propriétaire et gestionnaire de quatre immenses lacs réservoirs situés en amont de Paris, qui permettent de limiter les impacts des crues au printemps et, au moment des sécheresses estivales, de soutenir l’étiage de quatre cours d’eau – la Seine, la Marne, l’Aube et l’Yonne.
Les enjeux sont nombreux. D’abord, protéger les populations du risque naturel des inondations. La construction d’une station de pompage sur le site pilote de la Bassée doit précisément éviter que les pics de la Seine et de l’Yonne ne se croisent. Ensuite, gérer les conséquences économiques si les fleuves débordent. Enfin, anticiper le changement climatique qui s’installe progressivement et inexorablement, avec la raréfaction de la ressource en eau. « J’ai tout appris dans ce domaine, et c’est exaltant », s’enthousiasme-t-il.
Jean-Pierre Abel, vice-président de droite de Troyes Champagne Métropole, un des adhérents de l’établissement, confie : « L’EPTB a enfin trouvé un président digne de ce nom, à l’écoute des territoires. Il vient sur place, il s’investit. C’est un moteur extérieur pour modifier cette structure qui était figée dans une posture trop parisienne ». Les deux hommes n’ont pas la même sensibilité politique, mais s’apprécient. « Frédéric Molossi sait rassembler les gens. Avec sa bonne humeur et son humour, il détend l’atmosphère. Et il est très intelligent, ce qui ne gâche rien. »
Rouja Lazarova
Frédéric Molossi nous a quittés
Aujourd’hui, Montreuil perd un ami fidèle, un serviteur sincère de l’intérêt général, un élu socialiste profondément ancré dans le peuple de Montreuil.
Les mots manquent pour dire le respect que suscitait Frédéric Molossi : son engagement constant au service des autres, son sens du collectif, son combat inlassable pour l’union de la gauche, sa fidélité à ses convictions comme à ses camarades.
Les mots manquent aussi pour exprimer la reconnaissance due à son soutien, à ses conseils, à sa confiance, à sa bienveillance.
Frédéric Molossi était depuis toujours un compagnon de route de la gauche montreuilloise. Héritier d’une histoire familiale marquée par l’engagement associatif et militant dans le quartier de la Boissière, il était aussi l’enfant du catholicisme social, de cette tradition chrétienne de gauche qui place la dignité humaine, la solidarité et la justice sociale au cœur de l’action publique.
Fils de l’immigration italienne, profondément attaché à la vocation populaire et fraternelle de Montreuil, il croyait en une ville où chacune et chacun trouve sa place. Attaché au respect de toutes et tous, quelles que soient leurs origines, leurs croyances ou leur parcours, il défendait avec la même conviction l’action associative, le mouvement syndical, l’engagement citoyen, l’école publique et les services publics.
Il appartenait à cette génération de militants pour lesquels la politique était d’abord une affaire de présence, d’écoute et de fidélité. Une politique vécue au plus près des habitants, dans les quartiers, les associations, les cafés, les réunions publiques, partout où se construit le lien humain.
Frédéric était un homme de convictions, mais aussi un homme de dialogue. Un homme de gauche, profondément. Un homme bien, tout simplement.
Montreuil perd aujourd’hui l’un des siens. L’une de ses figures familières à l’œil pétillant. L’un des visages de son histoire populaire, sociale et fraternelle.
La ville aura prochainement l’occasion de lui rendre l’hommage qu’il mérite.
Aujourd’hui, nous sommes nombreux à pleurer un camarade, un ami, un élu, un Montreuillois.
Au nom de la municipalité, j’adresse à ses fils, à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont aimé notre affection la plus sincère et notre profonde solidarité dans cette épreuve.
Patrice Bessac, maire de Montreuil

