P. Leclerc : « Imposer des périmètres engendrera forcément des retards »

Patricle Leclerc, maire (PCF) de Gennevilliers, déplore que les élus locaux soient insuffisamment pris en compte dans le cadre de la préfiguration de la métropole du Grand Paris. Il dénonce la volonté de l’Etat d’imposer des périmètres, source de retard selon lui.

Quel oeil portez-vous sur le processus de construction de la métropole ?

Patrice Leclerc, maire (PCF) de Gennevilliers.

Patrice Leclerc, maire (PCF) de Gennevilliers.

Je trouve que les élus locaux ne sont pas respectés dans leur travail de préfiguration, nous sommes cantonnés à être des observateurs du préfet et de ce qu’il se passe au niveau du gouvernement. Nous ne travaillons pas assez en accompagnant les décisions législatives et en préparant les ordonnances. Il y a des grandes réunions qui deviennent inutiles, parce que les choses se décident ailleurs.

Ce sont les projets de développement humain qui donnent du sens à la métropole. Celle-ci doit donc être dessinée en fonction des lieux et bassins de vie comme des projets de développement et non tracée à la règle. Au risque de se retrouver avec de simples unités administratives qui ne présagent rien de bon  pour la démocratie locale et la métropole elle-même. La pensée métropolitaine ne devrait pas être technocratique. Le changement de position de Bartolone montre que les enjeux de pouvoir prennent le pas sur les véritables projets.

Paris ne crée-t-il pas un déséquilibre ?

Paris est déjà un grand territoire, alors pourquoi vouloir à tout prix jouer la carte de l’homogénéité dans sa périphérie ? Pourquoi ne pas respecter les projets où les maires sont d’accord pour travailler ensemble ? Il me semble qu’imposer des périmètres qui ne correspondent pas à des choix locaux engendrera forcément des retards et des difficultés pour progresser.

Dans ce cadre, comment une ville comme Gennevilliers pourrait peser ?

Dans les Hauts-de-Seine où le rapport de force est défavorable à la gauche, on a l’habitude de se battre. Si on laisse les maires autour de La Défense entre eux, jamais ils n’auront la moindre idée de ce qu’est un quartier populaire, de développer ces quartiers et de développer des services publics. Pouvoir se parler et s’échanger des expériences, ça fait bouger les choses. A l’échelle métropolitaine, ça ne peut être qu’un atout.

Il y a par ailleurs des intérêts réels de projet. Avec la ligne 15, Gennevilliers sera à 6 minutes de La Défense et à 30 minutes de Roissy, les habitants vont se structurer entre emploi et habitation. Notre population est  pauvre mais la ville a un très fort potentiel fiscal. Ces moyens financiers doivent avant tout servir à améliorer la vie des couches populaires et à ne pas les chasser. C’est un des défis posés.

Comment préserver la politique de proximité dans de si grands territoires ?

La mairie de Paris n’est-elle pas gérée en proximité ? On sera comme des arrondissements mais avec plus de pouvoir ! Je suis pour créer des coopératives de villes. Les villes peuvent être des lieux de proximité qui travaillent avec d’autres villes pour faire de nouveaux territoires, dégager des moyens, des économies, mais surtout garder cette grande proximité avec les habitants. Sinon on arrive dans des situations complètement ubuesques où les mêmes qui nous parlent de développer la démocratie participative sont ceux qui veulent éloigner le pouvoir de décision.

Que pensez-vous de la répartition des compétences entre l’Etat et la métropole? Sur la question du logement par exemple.

Je trouve que c’est une très mauvaise idée que l’Etat délègue à la métropole son pouvoir de coercition en matière de logement. Si la métropole est vraiment dirigée par un conseil des maires, comment ce conseil pourrait-il imposer à d’autres maires la construction de logement ? Seul l’Etat a la légitimité pour imposer la construction de logements sociaux. Je pense par contre que la métropole peut avoir une vision stratégique sur le nombre de logements à construire, sur l’équilibre emploi-habitation, sur les enjeux de transport…

Sur les PLU aussi ?

Non, je pense que les PLU devraient pouvoir rester à l’échelle communale, si les maires le souhaitent. Ce qui n’empêche pas des discussions au niveau du territoire pour empêcher des PLU égoïstes. Par ailleurs, le territoire doit avoir une identité. Son rôle est donc d’assurer la coopération entre les communes.

Vous semblez globalement d’accord avec le projet métropolitain.

J’ai un désaccord sur l’objectif. On se place trop sur le terrain de la loi du marché. Je suis plus pour une métropole rayonnante, de coopération. Il faut plutôt coopérer avec les autres métropoles pour changer le cadre international des relations entre humains

Craignez-vous que la métropole soit un instrument de rigueur budgétaire ?

Ce n’est pas une crainte, c’est un fait. Ils n’utilisent pas le mot austérité parce qu’il faut l’assumer, mais quand on nous baisse les dotations globales de fonctionnement, qu’on retire les compétences, quand on nous dit qu’il faut avoir moins d’agents communaux, et  mettre moins d’argent dans la fonction publique. C’est de l’austérité.

Êtes-vous favorable à un report dans la création de la métropole ?

Je suis prêt à y aller au 1er janvier 2016, à condition que l’Etat précise en amont les moyens financiers que les territoires auront à leur disposition.  On nous demande de décider de mettre en place une métropole et on nous dit « vous verrez après les ordonnances sur l’architecture financière »… C’est irresponsable.

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