Editorial – Effet papillon et système métropolitain

L’opération d’intérêt national « multisites » continue, avant même d’exister, de faire scandale.

Il faut entendre Hervé Marseille imiter, avec une gouaille digne d’Audiard, un retraité de Saint-Cloud s’étouffant en apprenant que l’on s’apprête à construire des logements sociaux à la place de l’hippodrome de sa commune… « Les OIN, c’est une recentralisation digne de la Corée du Nord », clame le sénateur des Hauts-de-Seine.

A droite, on hurle donc à la recentralisation, et au soviétisme. C’est plus compliqué à gauche, où cette démarche est diversement perçue. Certains applaudissent ce volontarisme jugé plus que nécessaire pour pallier l’inaction malthusienne des maires. Mais d’autres, à gauche toujours, s’étonnent que l’on projette de construire des logements en masse, de préférence sur des périmètres qui en abritent déjà plus que la moyenne. « Et si l’on commençait par les territoires qui ne respectent pas les objectifs de la loi SRU », tempête le directeur général des services d’une communauté d’agglomération du sud de Paris.

Pour sa part Daniel Goldberg, lors d’un séminaire organisé mercredi 1er avril par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme à l’Ecole normale supérieure*, a rappelé l’évidence :  « Paris n’est plus une seule ville mais 124. Chacun doit comprendre que les choix politiques effectués dans chaque commune de la métropole ont un impact sur l’ensemble du territoire », a souligné le député (PS) de Seine-Saint-Denis.

La métropole constitue un fascinant système d’interdépendance. Cette logique systémique interdit aux maires, en vérité, de se draper derrière leur légitimité démocratique pour justifier les égoïsmes locaux. Une vision globale, partagée, s’impose.

Cette interdépendance apparaîtra pleinement dans les relations financières entre les différents niveaux d’administration locale, et même entre la métropole et le reste du pays, via les multiples canaux de dotations, de compensation, ou de péréquation. Avec en filigrane, complexité oblige, le risque d’une période blanche de moindre investissement public, aggravant la crise, la haute fonction publique locale et nationale s’abandonnant durablement aux délices de l’ingénierie administrative.

 

* Classes moyennes et disparités sociales en 2015

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