SRDEII : un plan ambitieux pour redonner du souffle à l’économie francilienne

Chef de file de l’action économique depuis le 1er janvier 2017, la collectivité régionale a validé mi-décembre sa stratégie économique globale pour la période 2017/2020. Elle vise à renforcer les atouts de l’Ile-de-France et combler ses faiblesses pour devenir la 1ère région économique mondiale, avec comme mots d’ordre : attractivité, compétitivité, innovation, simplification, efficience, digitalisation…

Tout juste un an après avoir pris ses fonctions, la nouvelle majorité régionale a élaboré un plan d’actions pour les quatre années à venir aussi précis et exhaustif qu’ambitieux. Pas un pan du développement économique ne manque aux thèmes abordés par le schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) novation de la loi NOTRe, adopté par le conseil régional d’Ile-de-France le 14 décembre 2016, après six mois d’une très large concertation, menée notamment par Jérôme Chartier, premier vice-président en charge de ces questions.

En effet, outre le transfert de la compétence économique aux régions, la dernière loi de décentralisation en date imposait à ces dernières l’adoption d’un outil de programmation prescriptif. Considérant « l’absence de leadership sur les sujets économiques nuisible à l’efficacité globale de l’action publique », Valérie Pécresse s’est saisi à bras le corps de ce nouveau rôle d’acteur central de l’économie.

Valérie Pécresse. © Jgp

Valérie Pécresse entend faire de sa politique de développement économique « un laboratoire de la modernisation de l’innovation publique ». © Jgp

Aussi, la présidente de la région Ile-de-France a fixé une « stratégie ambitieuse et partagée avec tous les acteurs publics (Etat, villes, intercommunalités, départements) et privés pour libérer et encourager l’exceptionnel potentiel de croissance, d’emplois et d’innovation de l’Ile-de-France afin d’en faire la première région du monde à l’horizon 2020 ».

Agir sur tous les leviers simultanément

Face à un solde migratoire négatif, l’incapacité de la région à capitaliser sur ses atouts et retenir ses talents, la chute de l’emploi industriel et un taux de chômage bloqué à 8,5 %, il convient d’agir sur tous les leviers simultanément. Pour combler ces faiblesses, les deux priorités de Valérie Pécresse sont de « redonner du souffle à l’économie francilienne », en instaurant un climat favorable aux affaires et en soutenant les entrepreneurs, et renforcer l’attractivité de l’Ile-de-France pour attirer entreprises, investisseurs et talents.

Pour les premiers, il s’agira de rendre les aides aux entreprises plus « efficaces, lisibles, faciles d’accès et homogènes sur l’ensemble du territoire régional », notamment en vue d’accroître l’internationalisation des PME franciliennes via un nouveau plan régional d’internationalisation des entreprises (PRIE). Mais aussi, d’alléger la fiscalité des entreprises, de simplifier les normes, d’équiper tout le territoire régional du très haut débit en 2020 et d’adapter les formations à la révolution digitale et au développement du big data.

500 000 m2 de bureaux par an d’ici à 2030

Pour attirer les entreprises et investisseurs internationaux, la stratégie du SDREII repose sur la création d’un guichet unique « Choose Paris Region » et d’une marque commune à tous les acteurs, « Paris Region ».

Valérie Pécresse, entourée de Manuel Valls, Patrick Ollier et Jean-Paul Vermès, lors de l'inauguration de "Choose Paris Region". © Jgp

Valérie Pécresse, entourée de Manuel Valls, Patrick Ollier et Jean-Paul Vermès, lors de l’inauguration de « Choose Paris Region ». © Jgp

Sa mise en œuvre sera assurée par Paris région entreprises (PRE) qui devient le référant unique pour toutes les actions de marketing, prospection et accompagnement. La démarche concerne aussi les forces vives franciliennes, tels les territoires de projet identifiés internationalement à l’instar de Paris-Quartier central des affaires, La Défense, Grand Roissy-Le Bourget, Saclay, Vallée de la Seine et ceux à fort potentiel tels Plaine-Saint-Denis, Marne-la-Vallée, Orly-Rungis, Cergy Confluence, Génopôle… dont l’animation et la promotion à l’internationale seront assurées par la Région et PRE.

Enfin, pour doper l’offre de bureaux dont le besoin de création-renouvellement est estimé à 500 000 m2 par an d’ici à 2030 et optimiser la production d’immeubles réversibles, le SRDEII désigne l’Observatoire régional de l’immobilier d’entreprise (Orie) comme le « lieu d’analyse et d’échange » entre pouvoirs publics et professionnels permettant « d’inspirer les orientations stratégiques des grands opérateurs » publics et privés. En matière d’offre foncière, l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France (Epfif) apportera sa contribution, tandis que d’autres opérateurs publics (ville de Paris, EPA, EPCI, départements) pourront intervenir en complément.

« Laboratoire de la modernisation de l’innovation publique »

Mais Valérie Pécresse veut aussi profiter de l’occasion pour faire de sa politique de développement économique « un laboratoire de la modernisation de l’innovation publique ». Cette ambition se décline dans toutes les étapes de l’élaboration et de la mise en œuvre du SRDEII dont les maitres mots sont la concertation et la coconstruction. Par exemple, les représentants du monde économique et les collectivités locales seront consultés pour identifier les enjeux prioritaires en Ile-de-France et les besoins en faveur de la diversité de l’économie et du développement des nouvelles formes d’économie (circulaire, sociale et solidaire). Cette concertation aboutira à une « stratégie régionale partagée » de l’économie circulaire pilotée par la Région.

De même, un travail de concertation avec les élus régionaux, les acteurs industriels et tous les partenaires concernés sera engagé au cours du 1er semestre 2017 pour déterminer les enjeux liés à l’industrie afin de fixer ensuite des pistes d’actions concrètes pour maintenir ou renforcer les activités industrielles.

Création d’une instance de suivi et d’évaluation

Cette modernisation de l’action publique vise aussi à simplifier et à renforcer l’efficacité de l’action administrative ce qui se traduira notamment par la territorialisation de l’action régionale via la définition de 24 bassins d’emploi. Sur chacun d’eux, la Région sélectionnera un guichet actif via un appel à manifestation d’intérêt, qui aura pour vocation de cibler les besoins des entreprises et les aider à bénéficier des aides adaptées. La Région désignera un référant pour chaque guichet (EPCI, agence de territoire, etc.) et coordonnera le réseau des 24 guichets.

Enfin, un système de suivi et d’évaluation permettra d’ajuster les actions en fonction de leurs résultats. Il s’opèrera par la création d’une instance dédiée, pilotée par la Région et le Ceser, dont l’une des missions sera de coordonner la mise en place d’outils partagés en s’appuyant sur le réseau de partenaires actifs (Direccte, DRIEA, Insee, Pôle emploi, etc.). Les premiers travaux dès 2017 consisteront à choisir des indicateurs de suivi, lancer des premières études et préparer les premières évaluations à mettre en place en 2018.

Les autres actions phares du SRDEII

Optimiser les outils et financements :

  • Faire monter en gamme les infrastructures de transports et les services associés, ainsi que les équipements structurants.
  • Développer l’axe Seine en mettant en cohérence les SRDEII des régions Normandie et Ile-de-France.
  • Optimiser le Contrat de plan interrégional Etat-Régions (CPIER) par un meilleur fléchage des crédits.
  • Élaborer un plan filière déchets en coordination avec le plan d’action en faveur de l’économie circulaire.
  • Recruter cinq développeurs de projets chargés d’aider la mobilisation des fonds européens par les entreprises, les pôles de compétitivité et clusters, les EPCI, les acteurs de la recherche.
  • Créer une plateforme dématérialisée de dépôt des dossiers de demande d’aide auprès de la Région, « Paris Region up ».
  • Favoriser l’accès des TPE-PME à la commande publique via un Small business act régional.

Prioriser les filières stratégiques :

  • Miser sur sept filières d’excellence ou à fort potentiel : aéronautique/spatial/défense, agriculture et agroalimentaire, automobile et mobilités, numérique, santé, tourisme, région-ville durable.
  • Redéfinir la stratégie régionale d’animation de ces filières dès 2017.
  • Créer des comités régionaux copilotés par l’Etat et la Région pour chaque filière stratégique pour optimiser l’accompagnement des entreprises.

Valoriser l’innovation :

  • Devenir un hub mondial de l’innovation au services des entreprises.
  • Soutenir le développement et la consolidation des Grands lieux intégrés d’innovation (GLII). Labelliser « Paris Region innovation » les GLII justifiant d’une notoriété à fort potentiel et d’un lien avec au moins une des filières stratégiques.
  • Mailler l’ensemble du territoire régional de lieux et d’offres de services territorialisés. Confier à la Métropole du Grand Paris sur Paris et la petite couronne, et à l’EPA Paris Saclay sur le bassin d’emploi Versailles-Saclay une mission de réflexion sur les conditions de développement d’une offre immobilière et de services en direction des entreprises innovantes.
  • Animer avec les partenaires de la Région une communauté francilienne des entreprises d’excellence.
  • Organiser tous les ans une conférence régionale sur le financement des entreprises.
  • Faire grandir les TPE-PME en Ile-de-France : 5 000 prêts croissance TPE pour un montant de 150 millions ; 1 500 entreprises bénéficiaires du dispositif TP’up et plus de 1 000 de PM’up notamment pour accompagner dans la transformation numérique et écologique.

Dynamiser l’économie des territoires ruraux et des quartiers :

  • Ouvrir 1 000 tiers lieux publics et privés d’ici à 2021 pour avoir un maillage optimum du territoire francilien ; démarche pilotée par la Région en lien avec le Collectif des tiers lieux, les EPCI et la ville de Paris, la Caisse des dépôts et les opérateurs privés.
  • Ouvrir en 2017 la plateforme de réservation des espaces disponibles « Place des tiers lieux ».
  • Mettre en œuvre d’un Pacte rural dans des domaines ciblés : commerces de proximité, services à la personne, artisanat, sylviculture, biomatériaux, transmission-reprise, déploiement du très haut débit.
  • Créer un « fonds quartiers » doté de 10 millions d’euros qui investira dans les entreprises à vocation commerciale basée dans un quartier de la politique de la ville.

Qui fait quoi ?

Les collectivités locales et leurs groupements :

  • La Région : elle élabore, pilote et anime le SRDEII ; elle est la seule compétente pour définir les aides aux entreprises.
  • Les communes et les groupements : ils fixent les aides en matière d’immobilier d’entreprise et peuvent par convention participer au financement des aides de la région.
  • Les départements : ils apportent leurs compétences, expertises et ressources en matière d’insertion professionnelle, solidarité territoriale, aménagement, tourisme, transport, politique de la ville… ; ils assurent l’animation économique locale dans le cadre des bassins d’emploi.
  • Les agences de développement économiques départementales : elles pourraient se structurer en « agences de territoires » autour d’un socle de missions (animation, ingénierie de projets…), mais leur financement reste incertain.

Les autres acteurs :

  • L’Etat : intervient en matière d’attractivité internationale, d’animation des bassins d’emploi et des filières stratégiques, d’internationalisation des entreprises, création-reprise.
  • Paris région entreprises (PRE) : elle met en œuvre de la stratégie régionale de l’attractivité en coordonnant les acteurs, en portant le déploiement de la marque Paris Region, en pilotant le processus d’installation des entreprises étrangères.
  • La CCI Paris Ile-de-France : elle accompagne au quotidien les entreprises, formule des recommandations pour dynamiser la croissance, contribue à la montée en gamme de l’appareil de formation ; elle agira avec la Région sur l’attractivité, l’internationalisation, l’innovation, la création-reprise, le développement des entreprises, la mise en réseaux.
  • La Banque publique d’investissement (BPI) : elle intervient aux côtés de la Région dans l’aide aux entreprises pour leurs premiers besoins d’investissement, soutien de la croissance des PME (3 milliards d’euros de prêts bancaires garantis via le fonds régional de garantie) et le renforcement des ETI.
  • La Caisse des dépôts : avec la région, elle agira sur l’attractivité du territoire (soutien aux projets d’aménagement structurants), le développement de grands lieux d’innovation, le soutien à la création et au développement des entreprises dont celle de l’ESS.
  • Business France : elle élabore avec la Région le nouveau plan régional d’internationalisation des entreprises, assure la promotion de l’Ile-de-France et favorise notamment avec PRE l’implantation d’investissements directs étrangers.
  • Les chambres régionales et départementales de métiers et d’artisanat : elles contribuent à l’amélioration de l’appareil de formation, la création-reprise-développement des entreprises, l’internationalisation, l’immobilier et aux événements de promotion.

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