P. Ollier : « Inventons la métropole est la preuve que la MGP est lisible et crédible »

Alors que l’avenir de la métropole du Grand Paris (MGP) devrait être prochainement précisé, son président Patrick Ollier présente le succès de l’appel à projets « Inventons la métropole » comme la preuve que, en 21 mois, son institution est devenue « lisible et crédible ».

Vous considérez le succès d’ « Inventons la métropole du Grand Paris » comme la traduction du caractère opérationnel et utile de la MGP ? 

Ce concours, à travers ses résultats, démontre que la MGP est bien vivante et qu’elle existe. Sans lui, un grand nombre de ces sites n’aurait jamais pu bénéficier des compétences qui se sont mobilisées pour présenter les projets. C’est une réussite de la métropole, mais c’est avant tout une réussite des maires. Rappelons qu’il s’agit là d’une métropole des maires, qui sont élus au suffrage universel pour faire avancer les choses sur leur territoire. Une métropole ne peut pas être autre chose. C’est pour cela que tout ce que j’entends dire sur la métropole comme l’idée d’une fusion avec la Région n’est pas quelque chose que je juge crédible.

Patrick Ollier, mercredi 18 octobre 2017, lors de la proclamation des résultats d’Inventons la métropole du Grand Paris. © Jgp

Les faits sont là et nous avons démontré que seuls les maires peuvent décider. Je rappelle par exemple que la MGP, c’est aussi le financement de 390 stations de vélib’ métropolitain. Nous avons donc de quoi être fier. Entre le Vélib’, le fonds d’investissement de 40 millions d’euros, etc. nous n’avons pas perdu notre temps.

Et la cerise sur le gâteau arrive avec « Inventons la métropole » ! Nous avons lancé ce concours au mois de février 2016, puis les appels à candidatures pour lesquels nous avons eu 112 réponses. Par la suite, entre juin et août 2016, Patrick Braouezec, Jacques JP Martin, Daniel Breuiller, Eric Césari, Valérie Mayer-Blimont et moi-même avons visité ces 112 sites. Nous en avons alors sélectionné 57. A partir de là nous avons lancé officiellement le concours le 10 octobre 2016 au Pavillon Baltard. Preuve de l’engouement : nous attendions 400 personnes, un millier est venu. Tout juste un an plus tard, 420 dossiers financés nous ont été transmis. Des dossiers constitués par des investisseurs avec des architectes du monde entier, des entreprises de tous types… L’appel à projets a ainsi permis de révéler le potentiel de la métropole. J’ai par exemple appris que nous disposions de huit hectares de fermes urbaines, c’est exceptionnel.

A la suite de la réception des dossiers de candidature, nous avons constitué un jury afin d’en retenir trois par site. Désormais, 51 sites ont un lauréat. Quelques uns d’entre eux ont en effet évolué : on dénombre deux retraits, un site infructueux et trois sites pour lesquels le dialogue se poursuit. Il s’agit pour ces derniers de l’hôtel logistique de Bercy, le site de Charenton (Val-de-Marne) et celui de Rosny-sous-bois (Seine-Saint-Denis). Dans ces trois cas, un dialogue complémentaire a semblé nécessaire aux maires pour affiner les projets. Mais je trouve assez miraculeux que le dialogue ait été aussi rapidement fructueux pour tous les autres sites. Il est également à noter que 19 projets se trouvent en lien avec les gares du Grand Paris express.

Quels seront les effets de cet appel à projets sur la vie de la métropole ? 

J’ai commandé une étude au cabinet Ernst & Young pour calculer les retombées d’ « Inventons la métropole » de manière indépendante et extérieure. Au départ, nous avancions le chiffre de 6,4 milliards d’euros d’investissement, qui a finalement été rehaussé à 7,2 milliards par le cabinet. C’est colossal ! Cela représente près de 2,2 millions de m2 à construire. Le concours est également très intéressant du point de vue de l’emploi.

Patrick Ollier, en visite sur le site soumis par la ville du Rueil-Malmaison au concours Inventons la métropole, en compagnie de Jacques JP Martin et de Martin Guespereau. © Jgp

Ernst & Young estime, en effet, à 9 000 par an le nombre de personnes oeuvrant à la réalisation des projets. Soit, avec une moyenne de sept ans de travaux, l’équivalent total de 65 500 emplois. Les projets donneront le jour à 860 000 m2 d’activité économique, ce qui représente un accueil pour 54 000 emplois.

Si l’on regarde du côté du logement, 815 000 m2 seront construits pour loger 30 000 personnes. Parmi tout cela, notons encore la présence de huit hectares de ferme urbaine qui permettent une alimentation en circuit-court.

Nous sommes le levier de croissance le plus important de l’aire métropolitaine et de la région Ile-de-France. L’appel à projets entraîne un point supplémentaire de PIB dans la métropole. Rappelons qu’il s’agit là du plus grand concours d’urbanisme et d’architecture d’Europe. Je crois que si on se demande à quoi nous servons, nous avons là une bonne réponse. Et je pense également que cela peut éclairer le président de la République comme le Premier ministre sur l’avenir de la métropole.

Tout cela n’aurait pas été possible sans l’intervention de la MGP ? 

Les investisseurs, architectes et tous les intervenants présents dans les projets étaient complètement perdus dans les institutions et la multitude de collectivités. La grande leçon que l’on peut tirer de cette aventure est que la métropole a incarné l’interlocuteur dont toutes ces personnes avaient besoin pour répondre aux investissements nécessaires. La globalisation a travers ce concours a permis à des communes de gagner très fortement en visibilité et en attractivité. Il y a nombre de sites pour lesquels les investisseurs n’auraient pas été intéressés, mais le fait que ce soit la métropole qui les propose a créé l’engouement.

Quelque 2 000 personnalités de l’aménagement étaient présentes mercredi 18 octobre 2017 au Pavillon Baltard pour la proclamation des résultats d’ « Inventons la métropole du Grand Paris ». © Jgp

Et c’est en voyant ces sites qu’ils se sont rendus compte de leur immense potentiel. Je prends souvent l’exemple de Rueil-Malmaison où je cherchais depuis des années une solution pour joindre la place que j’ai créée à la route nationale. Un projet auquel aucun aménageur ne s’intéressait. Avec « Inventons la métropole », cinq groupements se sont proposés. Je suis bien heureux en tant que maire que le concours ait permis de trouver une solution à mes difficultés et je ne suis évidement pas le seul dans ce cas.

Le maire a toujours eu le dernier mot ? 

Le jury a fait un classement à partir duquel le maire a choisi le projet qui lui correspondait le mieux. Nous nous sommes rendus compte que dans la très grande majorité des cas le choix s’est effectué de manière consensuelle, c’est à dire que le maire a choisi le lauréat que le jury avait placé en première position. Au fur et à mesure des conversations du jury, les convergences s’opéraient vers un projet qui ressortait parmi les autres. Dès lors que le maire a formulé le cahier des charges du projet, il y avait une assurance de voir un projet qui lui convienne lui être proposé.

Du côté de la métropole, quelles ont été les exigences ?

Je n’aime pas trop le terme de smart city auquel on accole bien souvent des notions très variables, mais c’était l’esprit. Je préfère parler d’innovation en terme général qui renvoie à la modernité dans la conception architecturale et du vivre ensemble. On parle là de circulation, de transition énergétique, de numérique… Les critères essentiels pour le jury ont été l’intégration dans le milieu urbain, l’audace architecturale et la modernité au niveau des usages.

La réforme institutionnelle qui se prépare peut-elle avoir un impact sur l’avenir des projets d’ « Inventons la métropole » ? 

Si la métropole est renforcée, certainement pas. En revanche, si la métropole est supprimée, les choses deviendraient nettement plus compliquées… Car si la MGP disparaissait – ce que je n’imagine pas une seconde – il y aurait une perte de confiance terrible de la part des investisseurs et je serai à ce moment là extrêmement inquiet quant à la pérennité de tout ce que nous venons de lancer. S’il y avait un tremblement de terre institutionnel allant dans ce sens, ce serait catastrophique pour les 7,2 milliards d’euros d’investissement qui sont prévus. Je n’imagine pas que quelqu’un puisse prendre cette responsabilité… A l’inverse, si l’on se demande si le concours et ses résultats sont de nature à renforcer notre acte de foi en la métropole la réponse est évidement oui.

Est-ce que déjà, l’éventualité d’un tel chambardement inquiète les acteurs économiques avec lesquels vous êtes en contact à travers ce projet?

Les investisseurs sont inquiets qu’il puisse y avoir un tel chambardement. Mais paradoxalement ils ne craignent pas que la métropole soit remise en cause. Ils sont tellement certains que le fait métropolitain est aujourd’hui devenu incontestable à travers ce qu’il vient de se passer qu’ils n’imaginent pas que quelqu’un puisse le remettre en cause. Ce serait donc évidement une catastrophe dans l’hypothèse où il y aurait remise en cause.

C’est le message que vous portez auprès du gouvernement ? 

Je serai à nouveau consulté dans les semaines qui viennent. Je suis optimiste à partir de mes dernières rencontres. Et cet optimisme est aujourd’hui renforcé par le concours car je pense qu’il est de nature à convaincre les plus sceptiques. Et je sais très bien qu’Emmanuel Macron va regarder de très près comment les résultats du concours sont réceptionnés.

Etes-vous déjà dans la préparation d’une nouvelle édition d’ « Inventons la métropole » ?

Nous allons relancer en mars prochain, à l’occasion du Mipim, un nouveau concours. Il y a une cinquantaine de villes que nous n’avons pas gardées pour la première phase mais un certain nombre d’éléments ont évolués depuis, notamment du point de vue de la maîtrise du foncier. Je pense donc que nous aurons une quarantaine de sites pour la prochaine édition. Nous réfléchissons aujourd’hui à une thématique particulière afin que l’on ne crée pas une concurrence entre les villes sur les zones de développement économique par exemple. L’habitat, c’est autre chose car nous n’en aurons jamais assez !

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