En campagne avec… Bally Bagayoko

Après Mathieu Hanotin, Le journal du Grand Paris poursuit ses reportages de campagne à Saint-Denis avec Bally Bagayoko (LFI), tête de liste de « Faire Saint-Denis en commun ». Actuel adjoint au sport, il liste les sujets d’accord et de désaccord avec le maire sortant. 

« Je suis un enfant de Saint-Denis, en responsabilité dans cette ville depuis beaucoup plus longtemps que Laurent Russier, qui a été un des collaborateurs du groupe auquel j’appartenais quand j’étais vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis », entame Bally Bagayoko lorsqu’on lui demande ce qui le distingue du maire sortant dont il est toujours l’adjoint en charge des sports, des grands évènements, de l’emploi, de la formation et de l’insertion. Avant de détailler quelques projets qu’il n’a pas su faire adopter par l’actuelle majorité, tout en soulignant également des différences de conception politique.

Bally Bagayoko, tête de liste « Faire Saint-Denis en commun », samedi 1er février 2020. © Jgp

« Je suis un enfant de Saint-Denis », indique Bally Bagayoko. © Jgp

« Je suis attristé, par exemple de ne pas avoir pu créer une société publique locale de soutien au sport de haut niveau. Elle aurait permis, sur le modèle d’un fonds de dotation, aux grandes entreprises de participer davantage à la solidarité et aux politiques publiques locales, ce qu’elles ne font pas assez me semble-t-il », dit ce second d’une fratrie de sept enfants, avec un langage soutenu et un débit rapide.

La tête de liste de « Faire Saint-Denis en commun » réunit, outre les Insoumis, des personnalités de Ensemble ! Saint-Denis, la formation de Clémentine Autain, du mouvement PEPS (Mouvement de l’écologie politique) de Sergio Coronado, du Parti de gauche ainsi que certains écologistes et des représentants de la société civile. Ce samedi après-midi, Bally Bagayoko a réuni ses futurs colistiers, ainsi que ceux qui souhaitent le devenir, afin de parachever sa liste.

« Respecter l’identité de Saint-Denis avec ses diversités »

Cet homme élégant, longiligne, diplômé de géopolitique, à la casquette de couleur assortie à son complet, cite la prise en compte de l’avis des habitants comme un des autres éléments qui le distingue du maire sortant. « Sur les Francs-Moisins, par exemple, Laurent Russier souhaite que 500 logements soient détruits, contre l’avis des habitants. J’y suis opposé », indique-t-il, rappelant que ces barres d’immeubles abritent des F4 de 90 m2 et des F5 de 110 m2, essentiels à la morphologie sociale de la ville, et que leurs occupants actuels souhaitent conserver.

« La question est de savoir si l’on veut modifier la carte de Saint-Denis ou la changer littéralement, en déplaçant toujours plus loin les populations existantes reprend-il. En faisant passer le pourcentage de logements sociaux de 40 à 25 % dans cette zone, comme le propose le candidat socialiste ou encore macroniste, on forcera des habitants à partir. Or les politiques publiques locales doivent accompagner les habitants dans leur parcours, et non pas anticiper ou provoquer leur départ », poursuit l’élu. Selon lui, seule une réforme législative serait de nature à donner à la ville les véritables outils de maîtrise foncière permettant de lutter efficacement contre la gentrification.

En matière tertiaire, la tête de liste de « Faire Saint-Denis en commun » estime qu’il faut suspendre la construction de bureau. « Nous avons suffisamment de vacance, il est inutile de faire venir de nouveaux programmes qui n’apportent rien, ni à l’économie, ni à l’emploi local. Exploitons déjà les bureaux vacants. »

Gestion RH : « des digues ont sauté »

L’adjoint au sport, joueur et entraîneur de basket-ball, cite également la gestion des ressources humaines municipales au nombre de ses points de divergence avec le maire sortant. « Des agents ont récemment suivi une grève de deux mois et demi, je n’avais jamais connu cela, indique-t-il. Pour moi, le personnel municipal est un des éléments essentiels au service des politiques publiques, ce sont des partenaires. Nous nous sommes placés à la limite de la légalité, nous avons mis en danger la santé des agents, cela montre que des digues, installées depuis des années, ont sauté », déplore-t-il.

Bally Bagayoko en visite de terrain, devant l’Espace jeunesse Delaunay. © Jgp

Echange avec des Dionysiens, sur le city-stade qui fait face à l’Espace Delaunay. © Jgp

Autre point de désaccord, Bally Bagayoko estime qu’il convient d’entendre les habitants de Pleyel, opposés au tracé des bretelles, issu du projet de réaménagement de l’échangeur A86/A1, au niveau de l’avenue Anatole France. De même, il conteste la contractualisation financière mise en place par l’Etat avec les collectivités territoriales, que Saint-Denis a acceptée, alors qu’il estime qu’elle gèle les capacités d’investissements de la ville.

L’emprunt écologique, qu’il voulait voir lancer par l’établissement public territorial Plaine Commune pour financer la transition écologique constitue également une ambition qui le distingue de l’actuelle municipalité, qui ne l’a pas suivi en l’espèce. Le développement du bio dans les cantines, de l’ESS, des circuits courts, de même que la chasse au plastique figurent parmi ses convictions écologiques, ainsi que la promotion des mobilités douces, « même si l’on ne peut pas faire comme si la voiture n’existait pas ».

Une certaine exigence

Mais tout comme le maire sortant, Bally Bagayoko est opposé à l’armement de la police municipale. « Commençons par fidéliser ses effectifs, alors que la PM connaît une importante vacance de postes, et gagnons la bataille sur les effectifs qui font défaut à la police nationale », juge-t-il. Selon lui, la police municipale doit être une police de proximité, aux abords des écoles, des collèges, centrée sur le lien avec les commerçants, mais elle n’a pas vocation à être une police d’intervention.

La foncière commerce, récemment mise sur pied, avec succès, pour soutenir la réimplantation de boutiques en centre-ville est également une bonne chose, considère l’élu. « Nous l’avons soutenue. Il faut aller plus loin car elle est très concentrée sur le centre-ville », poursuit-il.

« Lors des prochaines élections, je ferai alliance avec tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la gauche écologique », indique Bally Bagayoko. © Jgp

« Tous les investissements qui viennent sur le territoire sont les bienvenus, au moment où l’Etat est quasiment en abandon sur l’accompagnement économique local, reprend-il. Les grands événements internationaux sont une chance pour la ville, dont il faut se féliciter, mais vis-à-vis desquels il faut également avoir un certain niveau d’exigence. Je me félicite, par exemple, que les JOP nous permettent de disposer d’une piscine olympique dans laquelle nos enfants vont pouvoir apprendre à nager. A condition que les prix d’accès soient accessibles à tous et en priorité bien sur pour les Dionysiens. »

« Lors des prochaines élections, je ferai alliance avec tous ceux qui se reconnaissant dans les valeurs de la gauche écologique, poursuit-il. Je distingue en l’occurrence les têtes de liste et les membres de leurs équipes qui ont fait la démonstration qu’ils étaient réellement de gauche et écologistes. Le sujet est de faire barrage à la droite et de porter une alternative crédible et durable. Il nous faudra bâtir un front uni, pas uniquement avec le Parti communiste ». « J’ai commencé avec Patrick Braouezec [NDLR : qui ne se représente pas], conclut-il. J’entends certains le critiquer durant cette campagne. Je sais, pour ma part, ce qu’il a apporté à cette ville, même si nous avons des visions différentes sur certains points de l’agglomération. »  Comme le président de Plaine Commune, il estime que les territoires doivent l’emporter sur la métropole, qu’il juge trop éloignée des habitants.

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