En campagne avec… Mathieu Hanotin

Ancien parlementaire, actuel vice-président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Mathieu Hanotin entend faire de Saint-Denis « une ville équilibrée ». A l’entendre, les municipalités passées ont sacrifié les populations sur l’autel du développement économique.

Un sondage, non rendu public, donnant Mathieu Hanotin gagnant aux prochaines municipales de Saint-Denis ne serait pas étranger au renoncement de Patrick Braouezec, qui vient d’annoncer qu’il mettait un terme à sa carrière politique. La perspective d’un échec aurait incité les communistes à renouveler leurs listes, en excluant les figures historiques.

Ce matin-là, au Khédive, face auquel s’élèvent à la fois la mairie et la basilique de Saint-Denis, témoin de la grandeur passée de la ville, Mathieu Hanotin ne ménage pas ses coups contre le président de Plaine Commune. Certes, il ne nie pas son talent de développeur économique, ni sa cote de popularité en or auprès des chefs d’entreprise, attestée encore la veille, lors des vœux de Patrick Braouezec, président de Plaine commune développement, aux chefs d’entreprise.

Sur le marché de Saint-Denis, vendredi 24 janvier 2020. © Jgp

Mathieu Hanotin en campagne. © Jgp

Mais cela dit, Mathieu Hanotin, qui passa à 181 voix de la victoire au 2° tour des dernières municipales, face à Didier Paillard, dresse un réquisitoire sévère contre le règne sans partage du Parti communiste.

Changer de logiciel

Un parti dont les élus n’ont pas su, estime-t-il, changer de logiciel à temps. L’ancien parlementaire socialiste, qui fit partie – avec Alexis Bachelay – des Barto-boys promouvant au début de la dernière décennie une métropole hyperintégrée, fustige une ville qui s’est enfoncée dans la pauvreté, alors que des communes telles que Montreuil ou Pantin inventaient un autre modèle, à la mixité bien supérieure.

« Nous voulons faire de Saint-Denis une ville équilibrée, ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui », martèle ce père de quatre enfants. Dans son collimateur, le dogme imposant 40 % de logements sociaux à tout programme de construction, « alors que la ville en compte déjà 40 % ». S’il est élu, il s’engage à ramener ce taux à 25 %, et à promouvoir des programmes intermédiaires et libres. « Cela aura aussi l’intérêt de générer des recettes supérieures, permettant de rénover l’habitat insalubre », poursuit-il.

Tractage devant l’école Rodin, vendredi 24 janvier 2020. © Jgp

Avec une mère d’élève. © Jgp

Pour Mathieu Hanotin, actuellement vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis en charge de l’Education, la théorisation par Patrick Braouezec de Saint-Denis comme « ville de tous les sans », explique la situation actuelle. Il cite la coupure dont sont victimes les habitants de la Plaine, la méconnaissance totale des usages par les municipalités qui se sont succédé jusqu’à présent. « Ils ont cru qu’il suffisait de travailler sur le physique de la ville, en attirant de grands sièges sociaux autour du Stade de France, mais cela ne fait pas ville », souligne-t-il, évoquant le manque d’équipements sportifs ou culturels dont Saint-Denis souffre selon lui.

L’opportunité unique des JO

« Les JO offrent une opportunité unique de développement », s’enthousiasme-t-il. Cet ancien consultant senior en recrutement, qui vient de mettre cette activité entre parenthèses pour se consacrer à sa campagne, évoque la déconstruction des bretelles routières de la Porte de Saint-Denis ou les possibilités ouvertes par la friche AB, du nom de la société de production dont le départ « offre une des dernières possibilités de constituer une centralité dans le sud de la Plaine ». La perspective d’une amélioration inédite de la desserte de la ville lui paraît fournir l’occasion « de renouer avec la tradition séculaire de la ville d’être la capitale économique du nord de Paris ».

Sécurité assumée

Mathieu Hanotin a fondé, en 2010 une société d’organisation de voyages touristiques citoyens, qui faisait rencontrer à ses clients des acteurs engagés aux quatre coins du globe – « nous voulions lutter contre la théorie du choc des civilisations », raconte-t-il avec ce regard lumineux et amusé qui ne le quitte jamais. Mais Il assume parfaitement, aujourd’hui, un programme sécuritaire consistant en la multiplication de la vidéosurveillance et l’armement des policiers municipaux. « Par idéologie, les agents municipaux se voient interdire de visionner les images des caméras existantes, ironise-t-il. Sans arme, ces agents deviennent des cibles faciles », poursuit-il, citant  les cités Doudin, Gabriel Péri ou Pablo Neruda, gangrenées par les trafics en tout genre.

Mathieu Hanotin est favorable à l’armement des policiers municipaux. © Jgp

Alternant critiques souvent acerbes sur la majorité en place et propositions d’avenir, il évoque « l’intelligence extraordinaire de la population », ainsi que la présence des universités Paris VIII et XIII, de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ou l’arrivée du Campus Condorcet comme autant de ferments de la ville équilibrée qu’il appelle de ses vœux. Il rêve de faire de Saint-Denis un laboratoire de la banlieue qui réussit. « Si l’on n’y arrive pas ici, interroge-t-il, à deux pas de Paris, qui y parviendra ? »

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