Assises du Grand Paris – Un état des lieux chiffré de la transition bas-carbone francilienne

Lors de la première table ronde de la matinée des Assises du Grand Paris dédiée à la décarbonation de l’aménagement, le 19 juin au cinéma L’Arlequin, Thomas Hemmerdinger (Arec–Institut Paris Région) et Hélène Genin (BBCA) ont dressé un état des lieux chiffré de la transition bas-carbone francilienne, en mettant l’accent sur le secteur du bâtiment, responsable de deux tiers des consommations énergétiques régionales.

« Si l’on veut décarboner l’Île-de-France, il faut s’attaquer au bâti », a résumé Thomas Hemmerdinger, directeur de l’Agence régionale énergie climat (Arec). Ce secteur, résidentiel et tertiaire confondus, pèse pour près des deux tiers des consommations énergétiques de la région, loin devant les transports et l’industrie.

Selon les données produites par l’Observatoire régional de l’énergie et du climat (Rose), la consommation énergétique du résidentiel est en baisse continue depuis 2005, grâce à la rénovation thermique, au remplacement des chaudières au fioul ou au gaz par des pompes à chaleur, et au recours accru au chauffage urbain. Les copropriétés suivent, mais à un rythme plus lent. Le tertiaire, en revanche, stagne. Les bâtiments neufs sont plus performants, mais l’ancien peine à se mettre aux normes du décret tertiaire. L’arrivée des data centers, longtemps comptabilisés dans cette catégorie, accentue la pression sur la consommation électrique.

Pompes à chaleur et construction bois en progression

L’Arec suit deux indicateurs structurants : le parc de pompes à chaleur, estimé à 1,2 million d’unités en Île-de-France, en croissance régulière mais dépendant fortement du soutien public via MaPrimeRénov, et le développement de la construction bois. « Ce matériau, banni de Paris pendant des décennies pour des raisons de sécurité, connaît un essor notable depuis quinze ans », a rappelé Thomas Hemmerdinger.

L’adaptation, un impératif

Si la décarbonation reste l’horizon, l’Arec insiste aussi sur la nécessité d’adaptation : « Le changement climatique est déjà là et l’Île-de-France sera particulièrement touchée », a prévenu son directeur. Sécheresses, retrait-gonflement des argiles ou risque d’incendies en forêt de Fontainebleau figurent parmi les menaces à intégrer dans les plans climat et les documents d’urbanisme. Les travaux de l’Arec déclinent ainsi à l’échelle régionale la « trajectoire +4 °C », projection pessimiste des impacts du réchauffement en France.

Mesurer pour agir

De son côté, Hélène Genin, déléguée générale de l’Association pour le développement du bâtiment bas carbone (BBCA), a rappelé l’importance de l’analyse du cycle de vie. « Décarboner, ce n’est pas seulement réduire les consommations à l’usage : 80 % des émissions d’un bâtiment tertiaire neuf proviennent de la phase de construction », a-t-elle insisté.

Hélène Genin (BBCA) et Thomas Hemmerdinger (Arec). © Jgp

Depuis 2015, plus de 700 opérations ont été labellisées BBCA en France, dont 400 en Île-de-France, représentant 3,2 millions de m². Ces projets concernent aussi bien le neuf que la rénovation, et désormais l’exploitation. Le Tribunal de Paris fait partie des premiers bâtiments certifiés en phase d’exploitation. « Avec le label, on va 25 à 45 % au-delà des exigences de la RE2020 », a souligné Hélène Genin.

L’association développe aussi des référentiels pour les quartiers, le commerce ou encore l’exploitation des bâtiments, toujours en s’appuyant sur des expertises tierces. « Nos méthodes se veulent pionnières, mais elles sont ouvertes et partagées avec les institutions publiques », a-t-elle indiqué, appelant à « accélérer » la diffusion des pratiques bas carbone.

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