Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des dépôts, se dit prêt à investir jusqu’à 600 millions d’euros dans l’Arc de l’innovation. A cheval sur le périphérique est, ce projet, porté par Paris et les collectivités qu’il traverse à vocation à devenir un pôle économique mais aussi de recherche et d’enseignement où l’innovation serait le maître mot.
Pourquoi cantonner l’Arc de l’innovation à la moitié Est de l’agglomération ?
Je m’inscris dans le choix qui a été fait par la ville de Paris avec l’ensemble des communautés d’agglomérations et des communes qui consiste à dire que c’est à l’Est que le besoin est le plus fort. En tant qu’ancien de l’Est de Paris et de la Région, je considère que les problématiques de développement économique et social mais aussi culturel se posent de manière forte dans cet arc constitué autour du périphérique.
Pendant des années, j’ai entendu parler de nécessité de couture urbaine, mais au-delà de ce vocable, le vrai sujet est de savoir comment transformer ce qui était une frontière en un lieu d’union et de développement commun. Les initiatives qui ont été prises par les communautés d’agglomération de l’Est principalement, mais aussi du Sud et du Nord de Paris constituent des étapes importantes. Rassembler les nouvelles entreprises, des incubateurs, des start-up, des lieux d’accueil et de mutualisation au service des petites et moyennes entreprises, de la start-up du numérique jusqu’à l’artisan autour de thématiques fortes comme le développement et l’innovation est très important. Le temps n’est plus où l’on pouvait se dire qu’il existe des lieux pour travailler et des lieux pour habiter. Ce qui me semble essentiel aujourd’hui, c’est de fabriquer des quartiers de ville autour de concepts de fort, en l’occurrence celui de l’innovation.
Autour de quels critères seront attribués les 300 millions d’euros que vous annoncez ? Quelle différence par rapport à vos actions habituelles?
Nous avons fait le choix de procéder dans un premier temps à l’attribution de 300 millions d’euros, mais nous avons une capacité d’investissement sur la zone qui est de l’ordre de 600 millions d’euros. Il s’agit donc réellement de projets sur lesquels la Caisse des dépôts est prête à s’investir extrêmement fortement. Pour attribuer ces fonds, un comité de sélection évaluera le projet et l’équipe qui le porte, et discutera avec les acteurs locaux. On ne dit évidement pas oui à tous les projets mais on apporte notre soutien aux projets qui nous semblent les plus intéressants, les plus structurants et les plus porteurs d’avenir.
Dans le cadre de l’Arc de l’innovation, nous avons intégré une idée assez neuve qui est le droit à l’erreur. Evidement, nous faisons le pari que tout va marcher, mais on a aussi le droit l’erreur. Nous faisons le choix de prendre le risque, quitte à se tromper. C’est d’ailleurs celui que les collectivités locales ont fait. Je pense de toutes façons qu’il existe dans cette zone un potentiel de développement formidable.
Dans le cadre de l’Arc de l’innovation, nous avons intégré une idée assez neuve qui est le droit à l’erreur.
Ne pensez-vous pas que vous privilégiez les seuls innovateurs au détriment des autres créateurs d’entreprises plus traditionnels, qui, eux aussi, se retroussent les manches et apportent de la valeur ajoutée ?
C’est un schéma à l’ancienne que de croire qu’il y a d’un côté ceux qui innovent et de l’autre ceux qui ne le font pas. Je ne crois pas en cela, celui qui se lève tôt le matin a envie d’inventer et d’être heureux dans sa vie professionnelle et sociale, il ne se satisfait pas de la situation telle qu’elle est, il a envie de plus, de mieux dans le champ du culturel, du social. Par ailleurs, ces lieux de développement sont indispensables à ceux qui recherchent de l’emploi, toutes ces start-up, toutes ces innovations ne sont pas hors du tissu économique. Elles représentent une formidable capacité économique et d’initiative. C’est là où l’on va créer l’emploi de demain.

De g. à d. : Gérard Cosmes (Est-Ensemble), Pierre-René Lemas, Jérôme Coumet, maire du 13° arrondissement, et Anne Hidalgo. © Jgp
« Bâtir aux portes de Paris des locaux innovants, des lieux de recherche, des lieux d’enseignement, mais aussi des lieux d’hébergement, de nouvelles formes de commerce et d’économie… » tel est l’objectif de cette démarche portée par Anne Hidalgo et son adjoint au développement économique, Jean-Louis Missika. Localisé des deux côtés du périphérique, de la porte Pouchet, à la porte de Vanves, de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) à Malakoff (Hauts-de-Seine), l’Arc de l’innovation fourmille de projets. A l’image du Cargo, imposant incubateur dédié aux industries créatives qui vient d’ouvrir ses portes boulevard MacDonald (18e arr.), sont envisagées les créations de tiers-lieux, de campus scientifiques et de recherche, d’hôtels de tourisme nouvelle génération, de plateformes logistiques innovantes, d’écoles et d’instituts de formation, etc. Un accord a été trouvé entre la Caisse des dépôts et la mairie de Paris pour assurer le financement de ces projets évalué à 600 millions d’euros dont 300 millions d’euros seront alloués sur la période 2015-2020.

