J. Peyron/J. Tanguy (SGP) : « Le Grand Paris express est un projet pour la métropole Capitale »

Avec le Grand Paris express, ses 200 km de voies et ces quatre nouvelles lignes de métro, le maître d’ouvrage – la Société des grands projets (SGP) – veut transformer, au-delà du réseau de transport, les villes et les quartiers dans lesquels elle s’inscrit. Julien Peyron, le directeur exécutif des gares et de la ville de la SGP, ainsi que John Tanguy, le directeur exécutif de la stratégie, de l’environnement et de l’innovation, expliquent leur feuille de route et leurs ambitions, notamment environnementales.

Quelle est la philosophie portée par la Société des grands projets concernant l’aménagement des 68 pôles gares du Grand Paris express ?

Julien Peyron —Nous nous référons à l’article 1er de la loi de 2010 sur le Grand Paris, qui indique que « le Grand Paris est un projet urbain, social et économique d’intérêt national qui unit les grands territoires stratégiques de la région Ile-de-France, au premier rang desquels Paris et son agglomération, et promeut le développement économique, durable, solidaire et créateur d’emplois de la région Capitale ». Pour nous, c’est une philosophie absolue qui consiste à dire que le Grand Paris express n’est pas seulement une infrastructure de transport mais un projet pour la métropole Capitale, avec un volet urbain, social et économique. On trouve d’abord la réalisation des 200 km de métro, mais aussi tout ce qui va s’articuler autour de cette infrastructure de transport.

Julien Peyron. © SGP

En l’occurrence, les logiques d’accès à ces métros et notamment les pôles d’échanges des espaces publics sur lesquels on travaille avec Ile- de-France mobilités, les développements immobiliers articulés autour du projet pour le foncier qui nous concerne, mais aussi pour celui de tous les opérateurs : aménageurs de l’État et opérateurs privés qui vont construire autour les éléments constitutifs d’un quartier de gare.

Et donc concrètement, avec le GPE, qu’est-ce qui change, par rapport à de précédents projets de nouveaux réseaux de transport, dans la manière dont vous avez pensé la construction de ces nouvelles lignes ?

John Tanguy — Ce qui change en particulier, c’est d’abord la méthode et le dialogue instauré avec les parties prenantes à toutes les phases du projet. Le processus que nous suivons pour concevoir et créer le Grand Paris Express est en soi une innovation : le tracé des lignes, le nombre et la mise en œuvre des gares ont été décidés après un vaste débat incluant les collectivités, les populations, les associations, avec de nombreuses réunions publiques. La conception des gares, leur position, la façon d’organiser les travaux, tout cela a été décidé dans un dialogue constant avec les différentes parties prenantes. Cette manière de penser global n’a de sens que si le projet du GPE sert les habitants et s’insère dans une réalité territoriale. Le Grand Paris express n’est pas le premier projet de transport à intégrer ce nouveau paradigme, mais il l’est sûrement concernant l’échelle sur laquelle il se déploie ! Une fois le Grand Paris express achevé, 98 % des habitants de la métropole résideront à moins de deux km d’une gare.

Quelle place accordez-vous à l’innovation pour réaliser le projet du Grand Paris express ?

Julien Peyron — L’innovation est un véritable levier à toutes les phases du projet. Elle est devenue un critère dans notre processus d’achat. Nous avons par exemple mis en place des incitations pour que nos partenaires proposent des innovations ou des expérimentations pendant les travaux d’exécution. Nous avons lancé de nombreux appels à projets sur des sujets variés, en particulier en lien avec les enjeux environnementaux. Par exemple, la Reverse carbone initiative est un outil créé début 2021, qui vise à permettre aux entreprises de proposer des pistes d’optimisation des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur les marchés en cours d’exécution. Un financement est apporté par la SGP sur la base de la tonne de CO2 évitée.

La SGP est la première grande maîtrise d’ouvrage publique à fixer un prix de la tonne de CO2 à hauteur de la valeur tutélaire du carbone. Plus de 40 000 t de CO2 ont ainsi été économisées depuis début 2021, grâce à cet outil, sur des modifications de formulation des bétons et sur l’acier des rails. Vous me parliez de ce qui change par rapport à d’autres projets : le Grand Paris express se préoccupe et accorde une importance particulière aux enjeux environnementaux, notamment aux enjeux de décarbonation et à la préservation de la biodiversité.

Justement, les enjeux environnementaux sont très importants aujourd’hui et ils ont évolué depuis le lancement du Grand Paris express. Comment les intégrez-vous sur vos chantiers ?

John Tanguy — La réglementation n’a jamais été aussi contraignante, et c’est une bonne chose, afin de répondre aux enjeux environnementaux. Toutefois, nous constatons que, dans certains cas, certains normes ne vont pas dans le sens de la sobriété ni de la décarbonation. La SGP a adopté une stratégie offensive au service de l’environnement avec un objectif de réduction de 25 % des émissions de GES liées à la construction de l’infrastructure, par rapport au plan 2018. Nous sommes dans notre rôle de maîtrise d’ouvrage responsable, avec l’évolution de nos cahiers des charges pour intégrer des ambitions plus importantes sur la valorisation des déblais, le bilan carbone, la biodiversité ou la gestion des déchets, mais aussi avec le traitement de problématiques nouvelles comme l’économie circulaire au sens large ou la gestion des eaux. Ce volontarisme nous permet dans certains cas de devancer l’évolution de la réglementation, comme cela a été le cas pour le renseignement des outils numériques gouvernementaux de traçabilité des déchets.

John Tanguy. © SGP

Julien Peyron — La préservation de l’environnement, c’est pour nous une valeur cardinale. J’ajoute que le GPE est un projet qui s’adresse à nos concitoyens, et donc que nous veillons avec soin et une acuité particulière à prendre en considération leurs attentes.

A ce propos, pour les futurs usagers, le Grand Paris express rime aujourd’hui avec chantiers, travaux. Comment travaillez-vous à ce que les futures gares soient acceptées par les Franciliens ?

Julien Peyron — Dès l’année prochaine, certaines gares seront terminées. C’est vrai que le temps peut paraître long parce que les phases de travaux ne sont pas toutes les mêmes et qu’il y a des nuisances qui sont plus ou moins douloureuses et pénibles pour les riverains. On ne minimise pas tout cela car le GPE, c’est 68 gares et plus d’une centaine d’ouvrages techniques, donc les chantiers en surface sont forcément nombreux. Comme on vous le disait, l’une de nos marques de fabrique, c’est d’avoir mis énormément de moyens sur l’information et la concertation avec les riverains, les acteurs économiques et les élus. Nous avons des équipes dédiées à cela depuis 2010- 2011 à la Société des grands projets. Cette dernière a organisé beaucoup de réunions, de concertations, d’ateliers, et mis en place des médiations culturelles qui ont permis de visiter les chantiers.

Et puis, nous pensons qu’aujourd’hui on sous-estime l’importance que va avoir le GPE dans la réduction des temps de parcours et la transformation des espaces publics. Tout ce qu’on vient de vous énumérer avec John participera à la mutation des quartiers de gare, qui créeront des nouveaux points d’identité pour tous ces territoires, avec une nouvelle offre culturelle, la création d’œuvres d’art et, bien sûr, l’architecture singulière de chacune des nouvelles gares. On pense que cela aura un impact très fort et positif sur nos concitoyens.

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