Ibis des Batignolles : les femmes de chambre obtiennent gain de cause

En grève depuis juillet 2019, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis des Batignolles devraient signer prochainement un protocole avec leur employeur, prévoyant notamment leur intégration et une revalorisation salariale.

Les femmes de chambre de l’hôtel Ibis des Batignolles, porte de Clichy (17e arr.), étaient en grève depuis le 17 juillet 2019, puis en lutte, car mises en chômage partiel. Leurs revendications : la baisse des cadences et « l’internalisation » de leur emploi. « Nous travaillons pour la société STN avec laquelle le groupe Accor a passé un accord de sous-traitance », expliquait Sylvie Kimissa Espère, membre de la CGT HPE, le syndicat des hôtels de prestige et économique, place de l’Odéon à Paris, lors des manifestations entourant l’occupation du théâtre, auxquelles elles s’étaient jointes, en avril dernier.

Les femmes de chambre de l’hôtel Ibis, en lutte, le 17 avril 2021, place de l’Odéon. © Jgp

« Nous sommes sur-exploitées », expliquait Sylvie Kimissa Espère, membre de la CGT HPE, le syndicat des hôtels de prestige et économique. © Jgp

Accor externalise en effet, jusqu’à présent, les tâches liées à l’hébergement, tandis que celles liées à la cantine et à la réception sont assurées par des salariés du groupe. « Les entreprises de sous-traitance ne pensent qu’à leur profit. Nous devons faire trois chambres et demi à l’heure. Nous sommes sur-exploitées. Nous ne sommes pas payées à l’heure mais à la tâche, poursuivait Sylvie Kimissa Espère. Nous faisons 40 chambres, 50 chambres, et à la fin du mois, nous nous retrouvons avec 700 à 800 euros ».

Selon nos informations, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis ont obtenu la requalification de leur contrat en CDI, la baisse des cadences, une augmentation salariale et une prime de paniers repas. Un accord devrait être signé prochainement. La Cour de cassation avait déjà arbitré dans le sens de ces travailleuses et condamné les entreprises jouant sur le flou entre fixation d’objectifs et calcul des salaires.

Un nombre d’heures minoré

En effet, s’il n’est pas interdit de fixer chaque jour des objectifs aux salariés – à condition qu’ils soient réalistes -, en aucun cas ils ne doivent être utilisés pour calculer leur salaire. Et ces objectifs ne dispensent absolument pas l’employeur d’effectuer un décompte quotidien du temps de travail et de rémunérer le salarié en conséquence.

C’est ce qu’ont affirmé les juges de la Cour de cassation dans plusieurs affaires, notamment le 28 septembre 2010 : « Des salariées ont été rémunérées pour des travaux de nettoyage sur la base d’un nombre de chambres déterminé quotidiennement et, à raison de quatre chambres par heure, sans tenir compte du temps de travail nécessaire à l’exécution de cette tâche », soulignaient les magistrats. Les juges ajoutaient « qu’il ressort des constatations de l’inspection du travail et des témoignages recueillis que le nombre d’heures de travail mentionné sur les bulletins de salaires a été minoré et que la clause “d’objectif” mentionnée sur les contrats d’embauche des salariées n’exonère en rien la société poursuivie de son obligation de rémunérer son personnel en fonction de la durée effective du temps de travail ».

Sur le même sujet

Top