Une des tables-rondes de la matinale des Assises du Grand Paris, organisées le 19 juin à Paris, a confronté objectifs et réalité opérationnelle en matière de trajectoire de décarbonation du logement social. Autour d’Annabelle Ledoux (Les Grandes Idées) : Anne-Katrin Le Doeuff (Aorif), Caroline Perriot (Action Logement Services), Laurence Mahoudeau (Hellio) et Stéphane Bonnafy (GRDF).
« Interdiction des passoires en location, gel des loyers, –50 % d’émissions : les bailleurs ont du pain sur la planche », a introduit Annabelle Ledoux (Les Grandes Idées) modératrice de ce débat. Dans ce contexte, l’Aorif, qui fédère les organismes HLM franciliens, a commandé une étude de trajectoire « inter-bailleurs » pour objectiver l’effort à fournir. « Le parc social francilien, c’est 1,4 million de logements, un quart des résidences principales et 4 millions de locataires : nos décisions pèsent sur tout l’écosystème », rappelle Anne-Katrin Le Doeuff.
Le parc social ne compte que 15 % de passoires thermiques, nettement moins que le privé, et la diversification énergétique progresse, a-t-elle souligné. Mais les objectifs fixés exigent d’accélérer ». Déjà, les bailleurs engagent 1,5 milliard d’euros par an et rénovent 29 000 logements « de manière ambitieuse ». Pour aller plus vite, l’Aorif met en avant trois leviers : raccordements massifs aux réseaux de chaleur, exploitation mieux pilotée (sobriété d’usage avec les locataires) et industrialisation des gestes (type Energiesprong) sur des typologies simples. En affrontant diverses contraintes : sites patrimoniaux (ABF), relogements introuvables pour les chantiers lourds, copropriétés plus lentes à décider. Et la question financière reste centrale : « Le scénario volontariste, c’est 1,7 milliard par an. Sans argent public, on ne passera pas l’échelle », a résumé la directrice de l’Aorif.
Côté financement justement, Hellio intervient via les certificats d’économies d’énergie (CEE). « Nous accompagnons audits, montages et travaux pour capter 5 à 10 % du coût par les CEE, avec des coups de pouce sur le chauffage (raccordement à un réseau) ou la rénovation globale », explique Laurence Mahoudeau, responsable du logement social et des marchés publics. Des pourcentages modestes, mais « significatifs » sur des chantiers à plusieurs millions (200, 300, 500 logements d’un coup). Reste à composer avec une réglementation mouvante : « Notre rôle est de caler les temporalités pour sécuriser les aides ».
_55% de GES en 2030 pour Action logement
Action Logement a rappelé sur ses questions sa propre boussole : –55 % de GES en 2030, étiquette C minimale en 2040 pour un parc national de 1,1 million de logements. « En Île-de-France, 62 % de notre parc est déjà C ou mieux. Il faut traiter 15 000 logements par an pour tenir la trajectoire », a chiffré Caroline Perriot, directrice régionale Île-de-France d’Action logement services. En 2024, les filiales ont livré 10 274 logements neufs en région (mélange d’autorisations antérieures et de mises en chantier plus récentes), avec une montée en puissance vers les étiquettes B et l’usage de matériaux bas-carbone (opérations innovantes citées, béton bas carbone, filière bois). Côté moyens, 428 millions d’€ de prêts ont été mobilisés pour 66 bailleurs franciliens, assortis d’éco-conditionnalités : « 87 % des opérations financées sont durables (RE2020 palier 2025/HQE en neuf, sortie en C en réhabilitation) », a-t-elle fait valoir. Pour passer à l’échelle, Action Logement consacre en outre 65 millions d’€ à l’innovation sur la durée de la convention (dont 3 millions d’€ en 2024 en IDF), avec un effort de capitalisation des retours d’expérience : « L’enjeu n’est plus d’expérimenter mais de massifier ce qui marche, au bon coût », a souligné Caroline Perriot.
Une mission décarbonation chez GRDF
GRDF revendique, pour sa part, une « mission décarbonation » articulée autour de trois axes : « consommer mieux (gaz renouvelable), consommer moins (meilleurs rendements) et à coût maîtrisé », résume Stéphane Bonnafy, chef du pôle résidentiel Île-de-France de GRDF. Objectif : 20 % de gaz vert en 2030 et 100 % en 2050. « C’est déjà tangible : en Seine-et-Marne, la production de gaz renouvelable atteint 20 % de la consommation du département ». Côté solutions, GRDF pousse les PAC hybrides (pompe à chaleur + chaudière + régulation) : « On déplace une large part de la consommation vers l’électricité quand la PAC est performante, et on assure les pics d’hiver au meilleur rendement avec la chaudière. Résultat : –60 à –70 % d’émissions. Et des investissements et charges contenus grâce à des puissances installées réduites ». Deux cas concrets l’illustrent : à Lieusaint, la solution hybride a évité au promoteur l’installation d’un transformateur en abaissant de 70 % la puissance appelée, « tout en couvrant 70 % des besoins annuels » ; à Beaumont-sur-Oise, un bailleur a comparé quatre scénarios (chaudières condensation, réseau de chaleur à 60 % ENR, tout électrique, hybride) et retenu l’hybride pour son meilleur ratio « € investi / kg CO₂ évité ». Une instrumentation cofinancée suit les performances dans la durée.




