Paris-Île de France Capitale Économique organise le 19 décembre prochain une conférence sur les aides que peuvent fournir les entreprises à leurs salariés pour se loger (location ou accès à la propriété). Un facteur d’attractivité pour les entreprises, singulièrement en Ile-de-France, où la crise du logement tend une équation déjà complexe.
Alors que la crise du logement s’accentue, singulièrement en Ile-de-France, comment les entreprises peuvent-elles aider leurs salariés à se loger ? Tel est le thème d’un groupe de travail récemment mis en place par Paris-Île de France Capitale Économique (PCE). Présidé par Xavier Lépine, président de PCE, et Laurent Permasse, président de la Sofiap (filiale de la Banque Postale et de la SNCF), il est destiné à évaluer les différents dispositifs déjà mis en œuvre dans ce domaine pour les faire passer à l’échelle, en associant différents publics cibles : pouvoirs publics, collectivités, syndicats professionnels et entreprises.
« Les difficultés à trouver un logement, accrues par la crise en cours, pénalisent l’attractivité des entreprises franciliennes, désormais y compris pour les talents internationaux », souligne Chloë Voisin-Bormuth, directrice générale de Paris-Île de France Capitale Économique. « La chambre de commerce et d’Industrie de Paris Ile-de-France (CCIR) est très intéressée par les propositions qui vont sortir de ces réflexions, car le logement est directement corrélé à l’emploi. Proposer des solutions innovantes sur ce sujet constitue une demande qui remonte de plus en plus fortement chez nos adhérents », souligne Jérôme Bédier, trésorier de la CCIR.
Lors d’une conférence sur le sujet, organisée par PCE et la Sofiap le 19 décembre 2023 au siège de la chambre de commerce de région (*), les résultats d’un questionnaire adressé récemment par PCE à une série d’entreprises du Grand Paris confirmeront que 72 % d’entre elles rencontrent des difficultés de recrutement et/ou de rétention des salariés. PCE cite également une étude d’Opinion way tendant à montrer que l’indépendance financière et l’accès à la propriété deviennent de plus en plus importants pour les jeunes actifs : 74 % d’entre eux estiment que leur employeur devrait les aider à acheter et 65 % seraient prêts à changer d’entreprise pour bénéficier d’une telle aide.
Des propositions en 2024
Xavier Lépine, président de Paris-Île de France Capitale Économique rappelle le contexte de crise de l’immobilier dans lequel cette conférence intervient, caractérisé par la conjugaison d’une crise de l’offre et de la demande de logements. Le président de l’Institut de l’épargne immobilière et foncière (IEIF) constate que les investisseurs institutionnels demeurent peu enclins à investir dans le logement, classe d’actifs jugée à la fois peu rentable, trop risquée et source d’ennuis potentiels multiples.
Il ajoute que la fin programmée du dispositif d’incitation fiscale, dit Pinel, va réduire par ailleurs l’intérêt des investisseurs particuliers pour l’immobilier. D’où l’intérêt de PCE pour l’engagement des entreprises sur ce sujet. Xavier Lépine évoque au passage la nécessité d’alléger la fiscalité à laquelle les aides des entreprises en la matière demeurent soumises. Un amendement au projet de loi de finances pour 2024 pourrait le permettre (voir par ailleurs).
Un benchmark international
La conférence du 19 décembre sera l’occasion pour PCE de présenter une étude de benchmark international sur le sujet. Ainsi, aux États-Unis, les Big tech vont jusqu’à envisager de construire des quartiers dédiés à leurs salariés. Sont planifiés notamment le Willow campus de Facebook ou Snailbrook de Boring company et SpaceX… L’entreprise argentine Ledesma s’est résolument engagée en investissant, dès 2011, 25 millions d’euros dans la construction d’un quartier pour 1 000 de ses employés.
Aux États-Unis toujours, les employer-assisted housing programs (EAH), fondés sur des partenariats public/privé permettent aux municipalités de contribuer au financement d’aides au logement directement distribuées par les employeurs locaux pour leurs salariés, renforçant l’attractivité de l’entreprise et de la municipalité.
À Londres, les employeurs signataires de la campagne Fifty thousand homes s’engagent à aider leur personnel à faire face au coût du logement via des initiatives diverses ; Starbucks UK a ainsi mis en place un système de prêt sans intérêt pour financer l’emménagement de ses salariés.
38 000 salariés bénéficient des aides à l’acquisition de la Sofiap

38 000 salariés bénéficient auprès déjà de Sofiap d’une prise en charge de tout ou partie des intérêts de leurs prêt immobilier. © DR
Sofiap, filiale de la Banque Postale et de la SNCF, propose déjà aux salariés d’entreprises de toutes tailles la prise en charge de tout ou partie des intérêts de leurs prêts immobiliers. « Ces apports représentent en moyenne 1 500 euros par an, soit l’équivalent de 8 à 10 m2 de plus », indique Laurent Permasse, président de la Sofiap, co-organisateur de la conférence avec PCE. « Ces aides constituent pour les entreprises un facteur d’attractivité et de fidélisation. Elles sont aussi d’une certaine façon une contribution des entreprises à la retraite de leurs salariés, puisque l’épargne forcée que représente un emprunt immobilier est aussi une façon de préparer sa retraite », souligne-t-il. Il s’agit aussi, à l’heure du développement du télétravail, de contribuer à donner aux salariés un cadre plus confortable. 38 000 salariés bénéficient déjà de cette prise en charge de tout ou partie des intérêts de leur prêt immobilier. D’autres dispositifs existent, tels que le programme Talent de la start-up Virgil, qui offre également un taux d’intérêt bonifié grâce à la participation de l’employeur et un complément d’apport. SNCF, Orange, Davidson, l’AP-HP ou encore Wisecom ont mis en place de leur propre initiative des dispositifs pour accompagner leurs salariés dans la recherche de leur logement.
D’autres entreprises proposent des solutions diverses en BtoBtoC : c’est le cas de Powerhouse habitat (foncière de logements abordables). La foncière labellisée ISR (investissement socialement responsable) possède 7 000 logements en France, qu’elle loue à des entreprises souhaitant y loger leurs salariés. Ces derniers s’acquittent d’une partie seulement du loyer ainsi versé par leur société. « Celles-ci n’ont pas à investir pour acquérir des habitations, ni à les gérer, puisque nous nous en occupons », souligne Philippe Couturier, président de Powerhouse habitat. One nest (offre de co-living pour les nouveaux embauchés), Perl (qui propose aux entreprises de se constituer un patrimoine immobilier en distinguant nue-propriété et usufruit temporaire) ou WeekAway (location de longue durée à temps partiel, permettant de débloquer des logements sous-occupés) figurent également parmi les dispositifs existants.
Un amendement pour favoriser les aides des entreprises à leurs salariés

Un amendement au projet loi de finances pour 2024 pourrait alléger le régime fiscal des aides des entreprises pour le logement de leurs salariés. © Assemblée nationale
La prise en charge par les entreprises de tout ou partie des intérêts des prêts immobiliers de leurs salariés est aujourd’hui soumise au régime fiscal des avantages en nature. Un amendement défendu par la Sofiap pourrait être adopté dans le cadre de la loi de finances pour 2024 en cours d’examen au Parlement. Il comptabiliserait ces aides dans le 0,45 % de la participation de l’employeur à l’effort de construction (Peec). Autrement dit, le montant attribué par les entreprises pour prendre en charge les intérêts des prêts immobiliers de leurs salariés serait déduit des sommes qu’elles doivent au titre de la Peec.
* Crise du logement et de l’emploi : et si l’entreprise faisait partie de la solution ?, 9h salle des lustres, CCI Paris Ile-de-France, 27 avenue de Friedland, Paris. Dernières places : contact@gp-investment-agency.com


