A. Valbon : « Le changement de gouvernance à la tête de la SGP aura des conséquences inévitables sur le bon déroulement du chantier » 

« La réussite du chantier du Grand Paris express nécessite un pilotage technique à la hauteur des enjeux complexes qui sont posés », souligne Antoine Valbon, directeur général de Grand-Orly Seine Bièvre (*), dans une tribune.

La presse nous a appris l’éviction de l’actuel patron du Grand Paris express. Cette éviction répond-elle à des manquements, des dysfonctionnements, à de lourdes incompréhensions ? Apparemment non. Le projet du nouveau réseau de métro reliant nos banlieues n’a jamais été aussi fiabilisé. Le programme de levée obligataire est une réussite et permet de sécuriser le financement, y compris les futurs aléas, sans retourner vers le parlement. Les délais sur les marchés de travaux sont respectés, malgré la crise sanitaire que nous subissons. La confiance est là avec les entreprises. Celle essentielle avec les équipes de l’entreprise également. Les comités de ligne associent l’ensemble des partenaires locaux dans des échanges constructifs.

Antoine Valbon. © Ville hybride

Dans ce contexte positif pour le Grand Paris express, doit-on être inquiet de ce changement de pilotage ? Le choix fait en 2018 par le Premier ministre de recruter un ingénieur des Ponts n’était pas anodin. Ce dernier multiplie les expériences professionnelles opérationnelles en lien direct avec ses compétences techniques. La réussite d’un projet tel que le Grand Paris express nécessite une décision et un cadrage politique assumé et clair. C’est la force de la loi du 3 juin 2010 qui crée une société de projet dédiée pour conduire le chantier avec son propre mode de financement, la Société du Grand Paris.

La réussite nécessite ensuite un pilotage technique à la hauteur des enjeux complexes qui sont posés. Il s’agit d’un des plus gros chantiers que notre pays ait connu qui de toute évidence recouvre des milliers de difficultés techniques, juridiques, opérationnelles à régler quotidiennement. Sa réussite ne peut pas être soumise à des aléas politiques. Car les pressions sont continues et inévitables. Elles ne sont pas forcément locales. Elles peuvent venir de l’État lui-même qui, par exemple, faisait encore pression récemment pour que la Société du Grand Paris assure le financement de la gare devant desservir le terminal 4 de l’aéroport de Roissy, non prévu au Grand Paris express.

Dans ce contexte, le choix de remplacer le patron de la Société du Grand Paris par un haut fonctionnaire très politique issu de l’ENA, proche de Matignon, quelles que soient ses qualités, aura des conséquences inévitables sur le bon déroulement du projet.

 

* Grand-Orly Seine Bièvre est concerné par les lignes 14 sud, 15 sud, 18 et la réalisation de dix gares.

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