P. Simon : « Ouverture des commerces le dimanche : cessons les contre-vérités »

Pierre Simon, président de Paris-Ile de France capitale économique, explique pourquoi il considère que l’ouverture des commerces le dimanche à Paris concourt bel et bien à l’attractivité de la capitale.

JGP : Vous considérez que l’ouverture des commerces le dimanche constitue un élément important de l’attractivité de la région capitale ?

Pierre Simon, président de Paris-Ile de France capitale économique

Pierre Simon, président de Paris-Ile de France capitale économique

L’attractivité, c’est l’addition de nombreux facteurs, dont l’ouverture du dimanche en zone touristique. On constate que le nombre de touristes continue d’augmenter à Londres, qu’il croît très fortement à New York, tandis qu’il est stagnant à Paris. Je constate également que la dépense moyenne par visiteur étranger est plus faible à Paris qu’à Londres et encore davantage qu’à New York, où elle est la plus élevée. Nous avons de très grands atouts, mais la concurrence existe. Laurent Fabius lui-même a lancé le débat sur l’ouverture des commerces le dimanche. Non pas en général, mais dans les zones touristiques et particulièrement à Paris. Or je lis dans la presse que la mairie de Paris a commandé un rapport à M. Gaudillère, et que ce dernier semble conclure que cette question ne représente pas réellement un enjeu économique important…

Aujourd’hui, l’image de Paris ne suffit plus à elle seule dans la compétition internationale. « Paris – Paris », la marque Paris pour elle-même, comme fondement unique de toute politique d’attractivité, c’est dépassé. Je parle de l’attractivité vis-à-vis des visiteurs étrangers, et non des seuls touristes. Car le visiteur étranger, qui participe, intervient ou assiste à un salon ou un congrès dépense au minimum cinq fois ce que dépense un touriste banal.

Vous déplorez des contre-vérités sur ce sujet ?

Affirmer, par exemple, que les grands magasins ne sont pas situés dans une zone touristique, alors qu’ils se trouvent à 200 mètres de l’Opéra Garnier, c’est tout de même contraire au bons sens. Certes, l’attractivité, ce n’est pas seulement la possibilité de faire ses courses le dimanche. C’est l’addition de multiples éléments. C’est le fait d’être bien accueilli lorsque l’on arrive à l’aéroport. Que l’on ne mette pas deux heures pour aller de l’aéroport au centre de Paris. C’est le fait que Paris soit propre. C’est une addition d’un grand nombre de facteurs. Mais la faculté de faire ses courses le dimanche constitue indéniablement un élément fort d’attractivité. Ce que je constate, c’est qu’un certain nombre d’étrangers vont à Londres le week-end, parce que justement les commerces y sont ouverts, alors que l’Angleterre était historiquement le pays du Sunday closed.

Une autre contre-vérité est véhiculée dans ce débat : on dit que le pouvoir d’achat est limité, et que les achats qui seraient effectués le dimanche ne seraient pas effectués un autre jour. Or plus de 50 % du chiffre d’affaires des grands magasins provient des visiteurs étrangers. Affirmer que ces derniers, s’ils ne peuvent faire leurs achats le dimanche, les feront le samedi ou le lundi est faux.

Quelles sont vos propositions ?

Deux mesures s’imposent en l’espèce : considérer, tout d’abord, que le secteur des grands magasins constitue un secteur touristique. Et au-delà ce cette question, il faut élargir les zones considérées comme touristiques à un périmètre plus large qu’aujourd’hui. Sur ces sujets, sortons des clivages politiques. Il y a quelques semaines, je me suis manifesté clairement pour défendre la Tour Triangle, qui constitue un élément d’image et d’attractivité important. Alors que l’opposition municipale de droite a additionné ses voix avec celles des Verts pour mettre en minorité Anne Hidalgo.

Aujourd’hui, il semble que ce soit plutôt la majorité actuelle de Paris qui émette des réserves fortes sur l’ouverture le dimanche, notamment celle des grands magasins. Il faudrait peut-être que les élus cessent de prendre ces sujets majeurs en otage. L’attractivité, donc la croissance et l’emploi, justifie l’union de toutes les forces politiques et économiques.

Certains craignent que des employés soient contraints de travailler le dimanche. Que leur répondez-vous ?

Je constate, au contraire, que dans certains endroits où le travail dominical a été soudainement proscrit, ceux qui se sont manifesté le plus sont les salariés concernés. Il faut enfin souligner qu’un très grand nombre d’étudiants ne demandent qu’une seule chose, c’est de pouvoir travailler le dimanche pour financer une partie de leurs études. Il existe donc, à rebours de ce que l’on affirme là aussi, une main d’œuvre disponible et volontaire extrêmement importante.

Sur le même sujet

Fiche institution

Top