Les webinaires du JGP – Matériaux biosourcés : les acteurs mobilisés

Lors d’un webinaire du Journal du Grand Paris le 8 juillet, différents acteurs franciliens sont venus présenter l’intérêt de l’usage des matériaux biosourcés dans la construction, et les freins à lever pour développer les filières.

Malgré les avantages qu’elles présentent, les réalisations en matériaux biosourcés sont encore rares en Ile-de-France. Et pour cause :  les filières bois, chanvre, paille ou autres ne sont pas encore structurées en France, et les acteurs de la construction manquent de culture en la matière. Pour cette raison, l’ordre des architectes et la chambre d’agriculture d’Ile-de-France construisent progressivement, depuis 2017, un comité de liaison des matériaux de construction biosourcés.

L’objectif est de « favoriser le dialogue interacteurs en mettant autour de la table, avec la Région et l’Etat, les filières chanvre, paille et bois pour essayer de se coordonner et de coordonner des actions », a expliqué Christine Leconte, présidente de l’ordre des architectes d’Ile-de-France, lors du webinaire du 8 juillet. « L’idée étant que, de l’amont à l’aval, nous ne soyons pas en sur- ou sous-production, mais que nous ayons une filière tracée qui monte en compétence ensemble », a-t-elle ajouté. Une ambition qui passe notamment par des actions de sensibilisation, des formations ou la formulation de propositions à l’échelle locale et nationale (voir encadré).

Christine Leconte

Christine Leconte. ©Jgp

Un potentiel à exploiter

D’autant que la région présente un important potentiel en la matière, avec 5 000 exploitations – majoritairement céréalières donc productrices de paille –, du chanvre sur plus de 2 000 ha et du bois sur un quart du territoire. « Aujourd’hui, les agriculteurs sont très à l’écoute des attentes de la société civile », a rapporté Elise Simon-Le Marchand, cheffe de service économie-filières à la chambre d’agriculture. Et donc prêts à répondre aux enjeux de transition écologique et de circuits courts.

Au niveau du chanvre par exemple, « l’amont est bien organisé », relève Elise Simon-Le Marchand. Il s’agit maintenant de faire le lien avec les multiples débouchés de cette plante : construction, industrie, cosmétique ou alimentation, et de « maximiser la rentabilité de cette production afin d’investir tous ces marchés concomitamment ». Il est également nécessaire de « bien calibrer l’évolution de la production en fonction des commandes de l’aval » et « c’est là que le bât blesse et que nous allons travailler pour casser les idées reçues et booster la demande », signale la responsable de la chambre d’agriculture.

Chantiers plus courts et plus propres

Afin de souligner les qualités de ces solutions, Christine Leconte a indiqué qu’un appartement de 100 m2 en bois équivaut à une économie de 17 ans de chauffage au gaz ou à l’empreinte carbone qu’un Français a cumulée sur 34 ans. Outre leurs qualités propres, ces matériaux présentent de nombreux autres avantages, notamment le fait qu’ils sont réutilisables alors que 75 % des déchets en Ile-de-France viennent des chantiers et des infrastructures. Les possibilités de préconstruction conduisent aussi à des chantiers plus propres et plus courts.

La paille, par exemple, nécessite très peu de transformation entre le produit brut et celui utilisé, « mais il faut respecter les règles professionnelles pour éviter le pourrissement, etc. », a rappelé Christine Leconte, qui souligne ainsi le besoin de formation pour accompagner le développement des filières qui présentent un potentiel d’emplois notable dans la période à venir. Elle insiste également sur la nécessité de disposer d’usines de transformation du bois dans la région, pour éviter de devoir l’expédier à l’étranger dans ce but, comme aujourd’hui.

« Impulser une dynamique collective »

« Pour nous aménageurs, le fait de prescrire et d’aller vers une production en matériaux biosourcés va nous pousser à changer nos modes de travail, signale Frédéric Cauvin, directeur de projets de Grand Paris aménagement. Nous allons être amenés à prescrire de manière plus intelligente, mieux ciblée pour avoir un impact environnemental réel ». L’aménageur a aujourd’hui développé quelques opérations avec des matériaux biosourcés, mais seulement avec des promoteurs spécialisés, convaincus.

Il apparaît donc nécessaire aujourd’hui de développer la culture en la matière pour que tous les acteurs s’y intéressent. « Pour nous, l’enjeu est de protéger l’environnement, mais aussi de se positionner au sein de notre écosystème, promoteurs et maîtres d’œuvre, pour impulser une dynamique collective », remarque Frédéric Cauvin. L’usage de ces matériaux est en effet « encore un peu inimaginable » pour certains acteurs qui ont l’habitude du béton ou du parpaing, déplore la présidente de l’ordre des architectes.

Elus « frileux »

Les élus doivent aussi s’acculturer à ce sujet. Déjà convaincu, Christian Leclerc, maire de Champlan (Essonne), estime qu’il y a en Ile-de-France un « facteur conjoncturel favorable » du fait du nombre de logements à construire ou rénover. « Nous avons la capacité, comme élus de terrain, de modifier notre empreinte énergétique sur des bâtiments publics ou sur des projets de logements à venir, observe-t-il. En général, les élus sont très frileux sur le bois, mais c’est à nous de montrer l’exemple ».




Au-delà des opérations en matériaux biosourcés sur sa commune, Christian Leclerc porte un projet d’écopôle visant à « réunir les meilleures pratiques de conception et de construction », « un laboratoire d’idées des meilleures façons de répondre à cette crise climatique ». « Il faut mettre les industriels au même endroit pour qu’ils apprennent ensemble la manière de mettre en œuvre ces matériaux », remarque l’élu.

Dans tous les cas, le changement « doit se faire progressivement, par étapes », considère Frédéric Cauvin, afin de « ne pas être trop violent ». Il suggère ainsi de réaliser des opérations avec un panachage de matériaux, afin de « montrer la diversité en termes de construction ». Pour Christine Leconte, « le mix de matériaux va favoriser une nouvelle architecture, de nouveaux usages, à inventer », avec un « potentiel gigantesque ».

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