Battu aux élections municipales de mars 2026 sur la liste de Hocine Tmimi (DVG) à Vitry-sur-Seine, face au maire sortant Pierre Bell-Lloch (PCF), réélu, Michel Leprêtre quittera le 14 avril prochain la présidence de l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, qu’il a dirigé pendant une décennie. Dans une lettre adressée aux agents de l’EPT, il dresse le bilan d’une gouvernance qu’il estime avoir profondément transformée et rend hommage au service public intercommunal.
« Vive le service public intercommunal ! », conclut Michel Leprêtre, dans la lettre qu’il vient d’adresser aux agents du Territoire de Grand Orly Seine Bièvre, le plus étendu des établissements publics territoriaux du Grand Paris, réunissant 18 communes du Val-de-Marne et six de l’Essonne. L’élu figurait en 25e position sur la liste du divers gauche Hocine Tmimi, à laquelle les résultats aux dernières municipales ne conféreront que neuf sièges au conseil municipal. Le maire sortant Pierre Bell-Lloch (PCF), a été réélu.
« En une décennie de gouvernance du Grand Orly Seine Bièvre, nous avons ensemble construit un outil intercommunal solide, efficace et reconnu, écrit le président sortant du Territoire. Cette réussite, souligne-t-il, se traduit dans l’ensemble des politiques publiques portées par l’établissement : culture, sport, développement économique, eau et assainissement, gestion des déchets, urbanisme, habitat, politique de la ville, voiries, mobilités, numérique ».
Sur le plan opérationnel, Michel Leprêtre met en avant plusieurs chantiers structurants menés à bien au cours de la période récente : la « révolution des déchets », l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), l’adoption d’une charte financière, fiscale, sociale et écologique, l’élaboration d’un Plan pluriannuel d’investissements et d’un Plan climat-air-énergie territorial (PCAET). Autant de documents-cadres qui engagent l’établissement dans la durée et témoignent, selon lui, d’une montée en compétences progressive de l’intercommunalité.
Équipements et grands projets de territoire
Le président sortant souligne également le développement d’un réseau d’équipements qu’il qualifie d’« ambitieux » : médiathèques, piscines, conservatoires, musées, missions locales. Ces réalisations ont, « renforcé la capacité à agir de manière transversale pour répondre aux grands défis de notre temps, notamment en matière de sobriété énergétique et d’adaptation au changement climatique ».
Michel Leprêtre évoque aussi l’accompagnement de projets d’envergure à l’échelle du Territoire : la baignade en Seine, l’arrivée et le développement des transports en commun – ligne 14, T12, câble 1, prolongation du T7 – et, précise-t-il, « j’espère, de nouvelles avancées encore avec la ligne 10 ou en matière d’alimentation ».
« Au fil des années, nous avons fait la démonstration de l’utilité de notre intercommunalité », écrit-il en caractères gras. Et d’ajouter : « L’intérêt croissant des maires et les prises de parole des groupes politiques lors de l’élection des conseillers et conseillères territoriaux en témoignent. Je ne peux que m’en féliciter. »
« Nous pouvons en être fiers », déclare Michel Leprêtre, qui remercie les agents pour leur engagement quotidien « au service des 24 villes et des habitants de notre Territoire » et conclut en leur leur souhaitant « le meilleur dans la poursuite de vos missions et dans vos évolutions professionnelles ».
L’élection du nouveau président de Gosb aura lieu le 14 avril prochain. L’issue du scrutin demeure incertaine. Le basculement de Fresnes et du Kremlin-Bicêtre de gauche à droite aux récentes élections n’entrainera pas forcément un changement de majorité au sein d’un Territoire où, selon les derniers décomptes, la gauche détiendrait 52 sièges contre 50 pour la droite.

Michel Leprêtre lors d’une visite fluviale du Territoire, organisée le 3 septembre 2025, avec Imène Souid, maire d’Orly, Étienne Stoskopf, préfet du Val-de-Marne, et Serge castel, délégué interministériel au développement de la vallée de la Seine. © Jgp

Michel Leprêtre avec Gérard Cosme (Est Ensemble), durant la crise sanitaire de 2020, dans l’entrepôt de stockage des quelque 3 millions de masques acquis par un groupement de commandes rassemblant neuf EPT et une dizaine de communes auprès de Chantelle, un des leaders mondiaux de la lingerie, fleuron de Grand-Orly Seine Bièvre. © Jgp
Michel Leprêtre : Ascensionniste
« Monté à Paris » à l’âge de 14 ans, Michel Leprêtre est un représentant de la classe ouvrière comme il ne s’en fait plus. Le président du T12 a gravi les échelons au rythme des « bagarres » sociales. Retrouvrez le portrait que Grégoire Mérot consacrait en 2016 à Michel Leprêtre dans Le journal du Grand Paris.
« Je suis monté à Paris à l’âge de 14 ans, entame Michel Leprêtre, car l’école et moi, on s’est fâchés. » Parti tout seul pour habiter chez sa tante, concierge à Paris, le fils d’ouvriers explique que le destin que lui promettait Boulogne-sur-Mer, entre pêche et sidérurgie, ne lui convenait pas. Le jeune garçon pave la voie à sa famille qui le rejoindra quelques années plus tard. Son père, qui faisait les « trois-huit » dans une usine sidérurgique, viendra les faire chez Citroën. « Il y avait, à l’époque, cette idée que monter à Paris c’était aller vers le mieux, et puis, quand on quittait un boulot le matin, on était sûr d’en retrouver un le soir même. » Les boulots, Michel Leprêtre les a collectionnés. Plongeur, vendeur de fruits et légumes, vendeur de journaux… pour arriver chez les vins Nicolas où il passera 15 ans de sa vie. Ce sera le premier pas vers les responsabilités politiques qu’il exerce aujourd’hui. Si ses parents « avaient des idées très claires », ils n’étaient pas militants, et ce n’est que plus tard qu’il héritera des cartes d’adhérent à la CGT et au PCF de son grand-père.
Mais c’est bien l’Histoire qui le façonnera. Il entre dans l’entreprise de spiritueux en octobre 1967. « C’était une entreprise de 1 200 salariés avec des syndicats forts et, tous les ans, il y avait de la bagarre », raconte-t-il avec bonheur. Et pour cause, la bagarre de Mai 68 éclate quelques mois après son arrivée. Il connaîtra les occupations d’usine, la lutte sociale, se forgera ses idéaux et rencontrera ses camarades, « j’étais dans ce bain-là, et c’est dans ce bain que j’ai puisé toute mon énergie ». Aujourd’hui président du T12, il regrette que cette capacité de mobilisation ne semble plus d’actualité, « on n’imagine pas aujourd’hui de tels succès revendicatifs ».
A partir de cette période, le jeune partisan gravit les échelons de la CGT. Il en deviendra ainsi permanent pendant 18 ans. Au niveau local, d’abord, puis départemental et enfin national. Déjà conseiller municipal (PCF) de Vitry-sur-Seine, il en deviendra maire-adjoint et se passionne alors pour les prérogatives qui sont les siennes : aménagement, urbanisme, habitat, emploi et développement économique. « Je crois avoir acquis une certaine expérience, mais aussi une certaine passion sur ces sujets car c’est par là que passe la vie que l’on peut offrir ou non à ses concitoyens. »
Imprégner son territoire
Et son travail est reconnu, comme le prouve son élection, confortable, à la tête du T12. « C’est un défi pour moi mais cela témoigne aussi d’une certaine confiance qui est actée de très bonne manière », explique le président. Un défi, comme tant d’autres passés, comme tant d’autres à venir aussi. Au premier rang desquels imprégner son territoire et la métropole de la vision qu’il veut porter. « Confiant n’est pas le mot, mobilisé, lucide sur le fait que c’est un pari et que c’est un pari qu’il est nécessaire de gagner »
Ce pari, c’est réussir à construire un projet qui réponde aux problématiques de nos populations : le manque cruel de logements, une qualité de vie urbaine à renouveler, les problématiques de l’emploi et de l’emploi intégré dans la ville… » Mais il se dit soutenu dans cette vision, et d’avoir gravi les échelons n’a rien enlevé à sa pugnacité. Cette ascension n’a rien enlevé non plus à ses idéaux, lui qui relit régulièrement Germinal, comme pour se rappeler ses origines. Une ascension, en certains points comparable à celle de Vidocq, un personnage qui le fascine même si Michel Leprêtre n’a rien d’un ancien forçat. Sauf peut-être celui de l’Internationale, lui qui est toujours debout et combatif.
■ Grégoire Mérot

