Le Grand Paris a le record français des inégalités de revenus, indique l’Apur

« La diversité sociale des territoires au sein de la métropole est largement héritée du passé, analyse l’Apur dans une note sur les disparités de revenus. Elle est le fruit de choix économiques mais reflète aussi les politiques de logements menées notamment dans les années 1960 et 1970, avec la construction des grands ensembles. Elle est également le reflet de l’évolution du marché de l’immobilier ces dernières années ».

« Dans la métropole du Grand Paris, la moitié des ménages déclarent en 2016, un revenu mensuel par unité de consommation inférieur à 1 934 euros. Ce revenu médian est supérieur de plus 12 % à celui de l’ensemble des Français mais de forts contrastes s’observent aux extrémités de la distribution », indique l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), dans une note intitulée « Evolution des revenus dans la métropole du Grand Paris, accentuation ou réduction des écarts », publiée en septembre 2020.

L’étude porte sur une période longue, de 2001 à 2016, « afin de mesurer de réelles dynamiques de réduction ou d’accroissement des écarts », indique l’Apur. Elle constate que les 10 % des ménages les plus pauvres vivent dans la MGP avec un revenu inférieur à 505 euros/unité de consommation/mois (1er décile). Ce premier décile est inférieur de – 18 % à celui observé en France métropolitaine. Inversement, les 10 % des ménages les plus aisés vivent avec un revenu supérieur à 4 868 euros/UC/mois (9e décile), supérieur de 40 % à celui des ménages du 9° décile en France.

Ainsi, « la métropole du Grand Paris est la métropole où les inégalités sont les plus marquées notamment du fait de la concentration de populations disposant de très hauts niveaux de revenus », poursuivent les auteurs de cette note. Le seuil de revenu déclaré au-dessus duquel se trouvent les 10 % les plus aisés est 9,6 fois supérieur à celui au-dessous duquel figurent les 10 % les plus modestes. Dans les autres métropoles, ce rapport interdécile varie de 5,6 pour la métropole de Brest à 9 pour les métropoles de Strasbourg, du Grand Nancy, de Lille et de Montpellier.

Des territoires très homogènes

Certains territoires de la métropole apparaissent très homogènes, tels que GPSO et Paris Ouest La Défense où la quasi-totalité des communes qui les composent comptent parmi les plus aisées de la métropole, indique également l’Apur. Inversement, Plaine Commune, Paris Terres d’Envol et dans une moindre mesure Est Ensemble concentrent des communes dans lesquelles les habitants disposent de faibles revenus. « Même si la majorité des arrondissements et communes sont globalement aisés à Paris, Vallée Sud-Grand Paris et Paris Est Marne&Bois, le revenu médian observé dans plusieurs communes ou arrondissements est proche du revenu médian régional voir d’un niveau inférieur comme dans les 19e et 20e arrondissements à Paris, Bagneux dans le territoire Vallée Sud-Grand Paris, et Villiers-sur-Marne et Champigny-sur-Marne à Paris Est Marne&Bois. À Boucle Nord de Seine (T5) et Grand Paris Grand Est (T9), le revenu médian est inférieur au niveau régional dans la majorité des communes mais certaines se distinguent par des niveaux de revenus proches du revenu médian régional, voire un revenu médian supérieur, comme par exemple à Bois-Colombes, Le Raincy ou encore Gournay-sur-Marne. Grand-Orly Seine Bièvre (T12) est le territoire qui compte le plus grand nombre de communes ayant un revenu médian proche de celui observé à l’échelle régionale », observe l’Apur.

Enfin, le T11 – Grand Paris Sud Est Avenir apparaît comme un territoire particulièrement mixte composé de communes très diverses du point de vue du niveau de revenus de leurs habitants. À Bonneuil-sur-Marne, le revenu médian des habitants est très faible (1er quintile) alors qu’à Marolles-en-Brie, il est très élevé (5e quintile).

Le reflet de l’évolution du marché de l’immobilier

« La diversité sociale des territoires au sein de la métropole est largement héritée du passé. Elle est le fruit de choix économiques (implantation des anciennes zones industrielles, de l’habitat ouvrier et effets des délocalisations…), analyse l’Apur, mais reflète aussi les politiques de logements menées notamment dans les années 1960 et 1970, avec la construction des grands ensembles. Elle est également le reflet de l’évolution du marché de l’immobilier ces dernières années. L’envolée des prix dans certains territoires a réduit la marge de choix résidentiels pour de nombreux ménages. »

Depuis 2012, les ménages qui résident dans la métropole du Grand Paris ont vu leurs revenus progresser de + 2 %, soit un rythme comparable à celui des ménages franciliens dans leur ensemble mais deux fois moins rapide que celui des Français en moyenne sur la période, est-il également rapporté. Et les écarts de revenu continuent de se creuser pour un peu plus de la moitié des communes de la métropole (83 communes sur un total de 150 communes, soit 56 %). « Même si dans la période, les communes aisées ont pour la plupart développé une offre de logements sociaux sous l’effet de la loi SRU 3, selon les données RPLS, les deux-tiers de ces logements relèvent de financement PLS ou PLI, qui accueillent des ménages dont les niveaux de revenu sont intermédiaires. Par ailleurs, c’est aussi dans ces territoires que l’accession à la propriété s’est le plus développée », indique l’Apur.

Des trajectoires de rééquilibrage dans quelques communes

Seul un petit nombre de communes présentent « des trajectoires de rééquilibrage » : il s’agit de communes, souvent limitrophes de Paris comme par exemple Clichy, Saint-Ouen, Les Lilas et Malakoff ou un peu plus éloignées comme Nanterre, Argenteuil et Colombes. « Souvent, ces trajectoires se relient à des projets d’aménagement importants, une amélioration de l’environnement urbain et une bonne desserte en transports en commun, alors même qu’un fort différentiel de prix immobiliers se maintient avec Paris », indiquent les auteurs de l’étude.

« Ces exemples montrent que la construction et les choix des types de logements nouvellement offerts sont des leviers de transformation sociale dont l’impact est d’autant plus important que le poids de la construction est significatif au sein du parc de logements existant », est-il analysé.

À Paris, le revenu des ménages a fortement augmenté dans les arrondissements les plus modestes en 2001 (10e, 18e, 19e, 20e), est-il également observé. De jeunes cadres sans enfant sont venus s’installer, attirés par des niveaux de loyers plus accessibles. Dans ces communes ou arrondissements, le revenu des habitants reste toutefois inférieur ou égal au revenu médian régional. Inversement dans cinq communes plutôt favorisées mais plus éloignées, le revenu médian des ménages a évolué moins rapidement qu’au niveau régional entre 2001 et 2016, notamment à Ville d’Avray, Coubron, Le Raincy ou encore Fontenay-aux-Roses.

Sur le territoire de la MGP, les inégalités de revenus entre quartiers (IRIS) s’accentuent plus encore qu’entre communes. Le revenu des ménages a en effet progressé de manière plus importante qu’à l’échelle régionale dans de nombreux quartiers qui comptaient parmi les plus aisés en 2001, explique l’Apur.

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