Pour J.-C. Fromantin, « la métropolisation est une impasse »

Dans « Travailler là où nous voulons vivre, vers une géographie du progrès », le maire de Neuilly-sur-Seine alerte sur les dangers de l’hyperconcentration urbaine et plaide pour un aménagement du territoire renouvelé.

« Qui ne doute pas de l’issue du monde actuel ? », s’interroge Jean-Christophe Fromantin dans l’introduction de son essai, « Travailler là où nous voulons vivre, vers une géographie du progrès ». « Qui n’est pas interpellé par la perspective d’entasser 90 % des habitants du monde dans quelques mégalopoles au risque de laisser en friche tout ce que la nature nous a légué ? Qui n’espère pas transformer ces innovations en progrès pour améliorer sa vie », se demande également le maire de Neuilly-sur-Seine, évoquant l’intelligence artificielle.

Jean-Christophe Fromantin défendant la candidature de la France à l’Expo U de 2025, à l’hôtel de Lassay. © Jgp

L’ancien président d’ExpoFrance 2025 affirme sa conception du progrès « qui va bien au-delà de l’innovation, puisqu’elle concerne les valeurs fondamentales auxquelles nous sommes attachés ». « Cette approche du progrès, je l’ai explorée, approfondie et partagée très concrètement pendant les sept années de construction et de promotion de la candidature de la France pour une Exposition universelle », poursuit-il.

Un tweet du JDD

L’auteur raconte comment l’idée de porter l’Exposition universelle de 2025 en France s’est notamment forgée en 2010, en visitant l’expo de Shanghai et en constatant l’enthousiasme des Chinois. Il retrace l’histoire de la candidature avortée de la France, qui aurait pu se dérouler sur les 120 ha d’un site situé à Saclay, avec un globe géant, dessiné par Jacques Ferrier, inspiré des travaux du géographe Elisée Reclus, qui avait imaginé une semblable sphère pour l’Expo U de 1900 à Paris.

« Le dossier de candidature de la France intégrait toutes les nouveautés annonciatrices de l’avenir : un globe connecté, des pavillons modulaires, une expérience nouvelle pour les visiteurs, une mise en réseau des territoires, etc. », narre l’ancien député, qui confie être « tombé des nues » en apprenant par un tweet du Journal du dimanche que le Premier ministre renonçait à la candidature de la France. Aujourd’hui, « les raisons de cet abandon restent pour moi mystérieuses », confie l’élu qui évoque le report de la ligne 18, le modèle économique de l’Exposition universelle ou les dépassements budgétaires prévisibles des JO parmi les explications possibles.

Le globe dessiné par Jacques Ferrier sur le site de Saclay. © DR

« Toutes ces raisons témoignent, d’une certaine manière, des scories du vieux monde, écrit-il. Un vieux monde centralisé ; méfiant ; hésitant ; incapable de programmer sérieusement un projet d’infrastructure d’une telle envergure ; dirigé par certains élus et hauts fonctionnaires figés dans des postures institutionnelles, voire personnelles ; excité par les paillettes médiatiques des JO et prompt à faire payer les Français sans leur demander leur avis ; incapable d’assumer une décision autrement qu’en passant par un média ; méprisant vis-à-vis d’une initiative privée ; et surtout réticent à l’esprit d’audace. »

Au passage, le regret qu’Edouard Philippe n’ait pas pris la peine de décrocher son téléphone pour lui annoncer de vive voix le renoncement français.

Les paradoxes de la métropolisation

« Poser la question de l’universalité », ce qu’il n’a donc pas pu faire à travers l’Expo U, Jean-Christophe Fromantin entend l’effectuer dans cet ouvrage, L’auteur y souligne nos nombreux paradoxes. « Nous déplorons un phénomène migratoire sans précédent mais nous développons des politiques économiques qui, par leur impact sur l’environnement, empêchent la prospérité de nombreux territoires », dénonce-t-il. Pour l’ancien député, « la première impasse est politique et témoigne de l’absence de projet de la part de ceux qui nous gouvernent ». La deuxième est « sociogéographique », considère-t-il : « L’option qui se dessine de ne voir notre avenir que dans un processus de métropolisation conduit inévitablement à l’abandon de nombreux territoires qui participent à l’équilibre du monde ».

« Plusieurs raisons m’amènent à voir dans cette métropolisation une impasse », poursuit-il. L’auteur redoute que l’on ne puisse plus donner « la possibilité à chaque être humain d’exercer ses talents là où il vit », la planète évoluant, hors du territoire des métropoles, vers une immense friche. Le maire de Neuilly fustige aussi l’uniformisation des métropoles, aboutissant à un monde « indifférencié, stéréotypé, dont la compétition s’exercera sur les seuls vecteurs d’efficacité, de rapidité et de compétition ».

Enfin, Jean-Christophe Fromantin redoute que la métropolisation conduise à ne plus se soucier du désenclavement des territoires isolés par des aspérités géographiques. « Nous avons longtemps pratiqué une politique volontariste pour faire de toute la France un territoire de développement, nous pratiquons aujourd’hui une politique de retrait pour optimiser les dépenses en concentrant les populations », estime-t-il également.

« Les bienfaits de la pluie »

Jean-Christophe Fromantin s’inquiète des effets de l’hyperconcentration urbaine sur le climat. Il déplore le nivellement culturel, fruit de la standardisation des économies. « Si nous cédons du terrain sur le champ de la culture, comme le dit très justement le pape, alors nous anéantirons progressivement notre potentiel de créativité et nous ouvrirons la porte à toutes les manipulations. »

Jean-Christophe Fromantin cite Albert Camus évoquant les bienfaits de la pluie, des orages et des nuages. © Marthe Lelievre

L’élu cite La mort heureuse, dans lequel Albert Camus évoque « les amandiers ou les pommiers en fleurs, le sang de la terre, le jaillissement des torrents, les bienfaits de la pluie, des orages et des nuages », pour rappeler à quel point « la nature est essentielle à notre bonheur ». Le conseiller métropolitain se demande, par conséquent, « quel usage nous allons faire de toutes les technologies qui s’offrent à nous pour ne pas prendre le risque de s’éloigner de la nature et, par conséquent, du bonheur ».

Un état qui, pour l’ancien entrepreneur, réside dans l’intimité de notre vie sentimentale, mais aussi – c’est le plus important selon lui – dans la faculté de pouvoir vivre là où on le souhaite. Le travail et la participation à un projet collectif sont également constitutifs du bonheur, estime-t-il. D’où la nécessité, poursuit l’élu, « de procéder à un rééquilibrage entre les territoires et les métropoles et entre les territoires eux-mêmes », cause centrale de ce livre.

« En proposant une géographie du progrès, conclut Jean-Christophe Fromantin, je rêve d’un monde qui permette à chacun de révéler ses talents et à chaque territoire de faire valoir ses caractéristiques. C’est à ces seules conditions que la confiance, la fraternité et le partage renaîtront. »

 

Travailler là où nous voulons vivre, vers une géographie du progrès, 203 pages, Ed. François Bourdin.

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