J.-F. Martins : « Les Jeux constitueront une formidable vitrine pour Paris et la France »

Alors que le Comité international olympique a, le 13 septembre 2017, désigné Paris comme ville hôte des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, Jean-François Martins, adjoint à la maire de Paris au sport et au tourisme, présente la candidature et les effets attendus par l’accueil de cet événement.

Pourquoi avoir relancé une nouvelle candidature aux JO ?

Nous avons choisi d’engager Paris après un long travail de réflexion. C’était une décision importante qui nous engageait dans un projet d’envergure et de long terme. L’idée de repartir sur une nouvelle candidature devait se faire à plusieurs conditions : des Jeux écologiques, utiles et sobres. Chacun le sait, la maire de Paris s’y est employée, notamment en freinant au début les ardeurs de celles et ceux qui voulaient être candidats, sans même se poser la question du pourquoi. Notre mission, c’est d’abord de rendre service aux habitants. Bien entendu, les Jeux c’est avant tout de l’envie et de la passion. Il y a quelque chose d’émotionnel. Il fallait y ajouter la raison et le sérieux. C’est ce qui a été fait en objectivant l’intérêt pour Paris, la faisabilité technique et financière ainsi que la réalité de nos chances à obtenir l’attribution.

Vue de Paris 2024 © Paris 2024 – Luxigon – DPA

En dernier lieu, nous avons été sensibles à la réponse que le CIO a apportée à nos exigences de sobriété et d’utilité en adoptant l’agenda 2020 en décembre 2014. Les Jeux sont désormais conçus pour accompagner et accélérer les plans de développement des villes et donc pour répondre aux besoins des habitants. Au-delà de ces exigences, c’est la force d’impulsion qu’un tel projet donne à toute la société qui a emporté notre décision. Organiser les Jeux olympiques et paralympiques est certainement le projet le plus enthousiasmant du monde : il nous propulse vers l’avenir et nous rassemble autour d’une démarche positive et optimiste.

Quels changements ont été opérés par rapport aux précédentes tentatives ?

Je tiens tout d’abord à souligner la qualité des précédentes candidatures. L’expérience que nous avons acquise a été une force et la victoire de Paris 2024 sera aussi la leur. En 2005, l’attribution en faveur de Londres pour les Jeux de 2012 s’est jouée à trois voix près. Nos prédécesseurs ont échoué mais ils n’avaient pas tout faux. Quant aux principaux changements, on les retrouve dans les hommes et les femmes qui portent la candidature. Le CIO, c’est un organe de sportifs, d’athlètes, de dirigeants de fédérations internationales et, si on veut gagner les JO, il faut être capable de parler la même langue que les gens du CIO. La place prise par Tony Estanguet, Bernard Lapasset ou encore Emmanuelle Assmann a crédibilisé la candidature. Les élus n’ont évidemment pas disparu mais ils sont restés groupés et se sont mis au service de la candidature contribuant à son sérieux, surtout au cours d’une année marquée par les échéances électorales.

Jean-François Martins

« Notre objectif était de montrer que la Ville a une idée forte de l’héritage des JO et de son utilité pour les habitants », estime Jean-François Martins, ici au côté d’Anne Hidalgo. © Mairie de Paris

Derrière les sportifs et les élus, les entreprises, les ONG, le monde associatif, les syndicats et toute la société ont fait le choix de s’associer comme rarement par le passé. Leur implication est le fait d’une méthode de concertation qui a permis d’éprouver et de consolider le projet. Dans cette même logique d’enrichissement, nous avons également souhaité une candidature ouverte à l’international, comme l’a illustré le slogan en anglais « Made for sharing », qui a suscité des critiques en France mais qui, à l’extérieur, a été salué. On nous a dit : « Les Français s’ouvrent et se donnent les moyens de parler au monde ». Au-delà de ce choix symbolique, nous avons diversifié notre expertise avec la présence de nombreux lobbyistes et communicants anglais, américains, italiens. La compétition pour l’attribution des Jeux revêt un aspect très pragmatique : il faut convaincre 114 personnes. S’il y a pu avoir une pudeur par le passé, celle-ci n’existe plus.

Quels sont les traits marquants de cette candidature ?

Je reviens sur l’engagement citoyen : 77 % des Français sont favorables aux Jeux, ainsi que 82 % des jeunes de moins de 25 ans et même 88 % de la jeunesse francilienne. Ce soutien global n’a été rendu possible que grâce à un processus de concertation inédit : 9 mois, 110 réunions, 5 000 participants et 34 000 contributeurs en ligne. Le comité de candidatures a également signé une « charte sociale » avec les cinq principaux syndicats et un partenariat avec le WWF en s’engageant à s’aligner sur l’accord de Paris pour le climat.

Trocadero la Seine de nuit ©Paris 2024-Populous-Luxigon

Notre objectif était de montrer que la Ville a une idée forte de l’héritage des JO et de son utilité pour les habitants. Dès le début, nous avons positionné la candidature comme un outil de transformation de nos territoires, pour le sport mais aussi pour la santé, l’éducation, le logement ou encore la lutte contre la pollution. À Paris, lors des Journées olympiques des 23 et 24 juin derniers, plus d’un million de personnes sont venues participer à cette grande fête et ont pu pratiquer 33 disciplines au cœur de Paris. Dans le même temps, une dizaine de personnes seulement manifestaient contre les Jeux. Tout le long de cette candidature, nous n’avons jamais ignoré le regard contrasté qui pouvait s’exprimer sur l’olympisme.

Nous n’avons eu de cesse que d’associer, de convaincre et de construire un projet crédible, rationnel mais aussi porteur d’espoirs. Le succès populaire de cette manifestation avec une mobilisation massive en faveur des Jeux a été le reflet de cette aventure.

Quelle place spécifique occupe la Seine-Saint-Denis dans cette candidature ?

Elle est primordiale car c’est le département qui accueillera la majorité des épreuves mais aussi parce qu’il accueillera les athlètes et les médias dans des villages qui auront vocation à devenir des quartiers de ville. Elle est primordiale surtout car la Seine-Saint-Denis est un territoire dont l’identité a été partiellement forgée par les inégalités sociales. Outre la reconversion des villages olympique et des médias, la Seine-Saint-Denis bénéficiera d’infrastructures sportives rénovées et d’un centre aquatique, dans un département où un enfant sur deux en classe de 6e ne sait pas nager, mais aussi d’aménagements qui amélioreront le confort et le quotidien des habitants, ainsi que leurs déplacements (échangeurs routiers, passerelles piétonnes, murs antibruit, enfouissement de lignes à haute tension, pistes cyclables…).

Stade de France

Vue du Stade de France et du futur stade nautique. © Paris2024/Populous/Luxigon

A cela s’ajoute la certitude de livrer le métro du Grand Paris express pour 2024. Cette candidature constitue ainsi un véritable projet de territoire, qui lie Paris et la Seine-Saint-Denis, deux départements parmi les plus jeunes et cosmopolites de France, qui grâce aux Jeux olympiques et paralympiques se projettent dans un avenir commun.

Comment a été opéré le choix des sites ?

Nous avons analysé les sites en croisant une série de critères : qualité de l’expérience des athlètes et des spectateurs, héritage pour les habitants, sobriété budgétaire et impact environnemental. Enfin, un travail de concertation important avec tous les élus locaux nous a permis de mesurer l’acceptabilité sociale et de choisir ainsi les meilleurs sites pour notre projet. 38 sites ont été retenus dont 9 en dehors de la région Ile-de-France. Principalement, les stades de football et la marina de Marseille pour la voile. Au final, 80 % des athlètes se trouvent à moins de 10 km de leur site de compétition depuis le Village olympique. Un réseau de transports propres, rénovés et étoffés permettra aux spectateurs et à toute la famille olympique d’accéder aux infrastructures.

Concrètement, afin de minimiser les coûts, 95 % de nos équipements existent déjà ou seront aménagés de manière temporaire là où leur construction ne répond pas à un besoin à long terme. Une des forces de notre dossier, c’est de bénéficier déjà d’équipements de haut niveau tels que Roland-Garros, le Stade de France, le parc des Princes, Jean-Bouin, Bercy et de lieux prestigieux que nous pouvons aménager temporairement (Grand Palais, Champ de Mars, Trocadéro, Invalides, etc.) et, bien entendu, la Seine que nous voulons rouvrir à la baignade.

Paris 2024

Plan des sites retenus pour Paris 2024. © Paris 2024

Les seuls équipements réellement nouveaux seront le centre aquatique, en Seine-Saint-Denis et une aréna de 7 000 à 8 000 places à Paris dont la création était déjà prévue dans le programme de mandature d’Anne Hidalgo. Nous sommes dans l’exigence qui nous guide depuis le début : une candidature sobre et utile.

Quelles retombées sont attendues pour cet événement ?

Le Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES), spécialisé dans l’analyse économique des grands événements sportifs, estime que les retombées des Jeux 2024 pour Paris et sa région se chiffreront à 10,7 milliards d’euros et 250 000 emplois créés. Cette évaluation a été confirmée par des cabinets indépendants. Organiser les Jeux olympiques et paralympiques à Paris, c’est donc permettre à nos entreprises de se développer, de monter en compétence et de conquérir de nouveaux marchés.

Seine-celebration-night-©Paris-2024-Luxigon

Par ailleurs, réunissant plus de 4 milliards de téléspectateurs, les Jeux constitueront aussi une formidable vitrine pour Paris et pour la France. Ce sont des effets d’images à long terme certainement difficiles à mesurer mais bien réels pour l’économie des villes et pour la vitalité du tourisme. Les exemples de Barcelone en 1992 ou de Londres en 2012 marquent encore les esprits. De manière plus rapprochée, l’Euro 2016 a redonné de l’élan à la destination Paris dans un contexte marqué par les drames qui ont frappé notre ville et notre pays. Au-delà de ces chiffres, les Jeux permettront, avant toute chose, d’accélérer la transformation de Paris et du Grand Paris, et de donner un élan à tout le pays.

Qu’est-il prévu pour l’héritage de ces Jeux et notamment pour l’avenir des sites ?

Il ne faut pas focaliser l’héritage uniquement sur la partie équipement. Nous voulons un héritage durable à la fois en matière d’infrastructures qui vont faciliter l’usage de la ville au quotidien, mais aussi en matière de progrès sociaux et sociétaux qui vont améliorer les conditions de vie des habitants. Nous devons donner vie à un projet qui est le Grand Paris et répondre à l’aspiration d’une génération qui veut s’exprimer et s’impliquer.

Après Lima, une structure dédiée sera créée pour construire cet héritage que je qualifie de social et sociétal. Là encore, il sera décisif d’impliquer la société dans son ensemble si nous voulons toucher juste et concentrer les moyens pour disposer de réels effets de levier. Une fois les Jeux passés, les sites existants reprendront leur vocation habituelle, tandis que les sites temporaires seront démontés et pourront être réemployés, là où ils seront utiles.

Au-delà des sites de compétition, il faut rappeler qu’un important programme de rénovation est prévu pour rénover les équipements sportifs de proximité qui seront mobilisés pour les entraînements des athlètes. Après les Jeux, tous seront remis au service des habitants.

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