Assises du Grand Paris – De l’art de concilier souveraineté et transition énergétique (1/3)

Et si la transition énergétique constituait une chance pour la région Capitale ? Certes, verdir la production énergétique sur un territoire contraint n’est pas une mince affaire. Mais cela peut être, aussi, l’occasion pour l’Ile-de-France de regagner un peu de sa souveraineté. A condition, toutefois, d’arriver à dompter les trop volatils prix de l’énergie. Tel était le sujet de la première table ronde de la 3e matinée des Assises du Grand Paris, consacrée à l’énergie.

« Nous devons aller plus vite, plus haut, plus fort, ensemble ! » Eric Cesari n’a pas hésité à manier la métaphore olympique en ouvrant la troisième matinée des Assises du Grand Paris, qui se tenait, mardi 30 avril 2024, à la Maison des travaux publics (Paris 8e arr.). Car pour « créer un Grand Paris plus propre, plus vert et plus respectueux de l’environnement », l’heure n’est plus à l’attentisme, a rappelé le vice-président de la Métropole.

La première table-ronde réunissait, de gauche à droite : Pierre-Yves Dulac, directeur régional délégué d’Engie Ile-de-France, Florence Mourey, directrice adjointe de GRDF Ile-de-France, Sébastien Quenet, directeur de cabinet à EDF Ile-de-France, Nicolas Goldberg, associé chez Colombus consulting, et était animée par Jacques Paquier, directeur de la rédaction du Journal du Grand Paris. © Anh de France.

En matière d’énergie, la région Capitale affiche en effet un bilan bien médiocre. « Elle consomme, grosso modo, un tiers de pétrole, un tiers de gaz et un tiers d’électricité, les hydrocarbures étant à l’origine de 90 % de ses émissions de gaz à effet de serre », a rappelé Sébastien Quenet, directeur de cabinet à EDF Ile-de-France. Pour l’améliorer, « il faut diviser par deux les consommations d’ici à 2050 et remplacer les hydrocarbures par des énergies décarbonées, notamment l’électricité », a-t-il poursuivi.

Au micro, Nicolas Goldberg, associé chez Columbus consulting. © Anh de France.

« Diminuer, c’est souvent changer d’énergie »

La tâche n’a rien d’une mission impossible, a-t-il rassuré : « lorsqu’on remplace un véhicule thermique par un véhicule électrique, on ne se contente pas de changer sa source d’énergie. On divise aussi par trois sa consommation énergétique ! Et il en va de même, ou à peu près, lorsqu’on installe une pompe à chaleur dans une entreprise. Autrement dit, diminuer, c’est souvent changer d’énergie ».

Sébastien Quenet, directeur de cabinet d’EDF Ile-de-France. © Anh de France.

Mais si l’électricité fait figure de grande gagnante dans l’équation énergétique du futur, reste à savoir à quel prix elle sera accessible ! Fin 2025 en effet, l’Arenh, acronyme signifiant accès régulé à l’électricité nucléaire historique, mécanisme mis en place lors de l’ouverture des marchés à la concurrence, disparaîtra. Celui-ci devait permettre aux fournisseurs d’électricité alternatifs d’acheter en gros à EDF, à un tarif déterminé par le régulateur – actuellement 42 euros du MWh -, de l’électricité d’origine nucléaire. Et ce, afin que l’ex-monopoliste ne soit pas le seul opérateur à pouvoir bénéficier des coûts relativement compétitifs des kwh procurés par le parc actuel, dont la construction est amortie depuis longtemps.

Pierre-Yves Dulac. © Anh de France.

Las : ce mécanisme prendra fin au 31 décembre 2025 et sera remplacé par un « prix de référence » sensiblement supérieur (environ 70 euros du MWh). « Mais l’Europe autorise désormais de conclure avec son fournisseur d’énergie des contrats longs de cinq ans – ce qui n’était pas le cas auparavant », a souligné Nicolas Goldberg, associé chez Colombus consulting. Cela devrait permettre d’obtenir des tarifs plus intéressants et, surtout, plus prévisibles. « Qu’il n’y ait plus de nucléaire régulé incite en outre tout le monde à gérer son risque », a conclu le consultant. Et cette gestion du risque peut favoriser les investissements dans les énergies renouvelables, « dont les coûts se rapprochent de ceux du nucléaire ancien ».

Le photovoltaïque en développement

Le photovoltaïque est l’une d’elles et progresse très rapidement, y compris en Ile-de-France. Des gisements existent sur les toitures individuelles des particuliers et des entreprises. « Mais il faut aussi développer l’autoconsommation collective, qui permet de partager avec les utilisateurs du voisinage une production d’électricité locale », a rappelé Pierre-Yves Dulac, directeur régional délégué d’Engie Ile-de-France. Encore faudrait-il, pour ce faire, alléger les freins réglementaires et géographiques (le partage étant limité à un rayon de 2 km). Créer des fermes photovoltaïques en Ile-de-France est en revanche plus compliqué : « pour être rentables, elles nécessitent au moins 20 ha de superficie, or le foncier est rare et cher en Ile-de-France », a poursuivi le représentant d’Engie, qui a construit et exploite la ferme solaire de Marcoussis (Essonne).

Florence Mourey, directrice adjointe de GRDF Ile-de-France. © Anh de France.

Tous les usages énergétiques ne pourront pas, toutefois, se convertir à l’électricité. D’où l’importance de développer les énergies renouvelables pour remplacer autant que possible le gaz naturel et le pétrole. En matière de chaleur, l’Ile-de-France a la chance de disposer d’un important gisement géothermique qui permet de construire des réseaux de chaleur très largement décarbonés. Ils sont du reste en plein développement, les nouvelles technologies de forage permettant notamment d’exploiter de manière intéressante la nappe aquifère du Dogger, y compris dans l’ouest parisien où elle est pourtant un peu moins chaude qu’à l’est.

Enfin, « le gaz restera une énergie incontournable pour certains usages », a souligné Florence Mourey. D’où l’intérêt de développer des gaz « verts », issus notamment de la méthanisation. « L’Ile-de-France en produit déjà 1 TWh par an », s’est félicitée la directrice adjointe de GRDF Ile-de-France. Et cela devrait augmenter : la méthanisation agricole n’est pas sujette aux contraintes d’espaces et la  méthanisation des biodéchets devrait se développer, tout comme celle des boues d’épuration. « Avec la méthanisation, on économise deux fois des hydrocarbures : une fois en produisant du gaz vert et une deuxième fois en utilisant comme fertilisant le digestat, sous-produit du processus », a conclu Florence Mourey.

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