A l’occasion de plusieurs conférences organisées pendant le salon de l’immobilier d’entreprise, la construction hors-site a été mise en avant par les professionnels. Chantier propre, réduction des nuisances, gain de temps, diminution de l’empreinte carbone et des coûts de production… Ce mode constructif contribuerait à rendre vertueux l’acte de construire.
Si la construction hors-site n’est pas en soi une nouveauté, elle pourrait devenir la règle, du moins une opportunité pour donner un nouvel élan à un secteur en panne. De l’avis de nombreux professionnels intervenant à divers échanges lors du Simi, la préfabrication en atelier de modules que l’on assemble ensuite sur les chantiers présente de nombreux atouts et serait même vertueuse. Chantier propre, réduction des nuisances pour les riverains, gain de temps, diminution de l’empreinte carbone et des coûts de production… « Ce mode opératoire permet d’aller plus vite tout en offrant une qualité augmentée », a témoigné Raphaël Catonnet, directeur général d’Europolia, la SPLA de Toulouse métropole.

Au Simi, Fadia Karam (Espaces ferroviaires), Vincent Ferat (Keys Reim) et Raphaël Catonnet (Europolia) ont vanté les avantages du hors-site. ©Jgp
Même les investisseurs y trouvent un intérêt à l’instar de Keys Reim qui porte le projet « 1pulsion » (13 000 m2) développé à Toulouse par Espaces ferroviaires avec GA Smart building et Leclercq associés. « Le gain de temps à la production (18 mois pour 1pulsion) contribue à accélérer la livraison et donc à réduire le temps de portage », a de son côté souligné Vincent Ferat. Le président de Keys Reim a également vanté les aspects sociaux du hors-site. « Par ses caractéristiques et la préparation plus vertueuse des chantiers, ce mode opératoire fait gagner des points en matière de RSE (responsabilité sociale des entreprise) et d’ESG (environnemental, social et gouvernance) », a-t-il cité.
« Gagner la révolution du hors-site »
Stéphane de Faÿ y voit surtout un moyen pour réduire les coûts de construction dont la hausse ne proviendrait pas, selon lui, de la guerre en Ukraine, « c’est un mensonge », a asséné le directeur général de Grand Paris aménagement (GPA), convaincu que le hors-site est la seule réponse qui puisse concilier tous les enjeux auxquels doit faire face le bâtiment et même « inventer de manière soutenable les réhabilitations ». Et il n’est a priori pas le seul puisque beaucoup d’opérateurs privés souhaitent signer la charte pour développer ce mode constructif, initiée en octobre par GPA avec 3F et la Société du Grand Paris. Une centaine d’adhérents devrait avoir rejoint la démarche en février dont des écoles, notamment celle des Ponts.

« Tout va se jouer dans les trois ans pour passer de moins de 1 % de productions en hors-site aujourd’hui à 15 % voire 25 % en 2030 ». Luc Bellot, vice-président de Mayers buildtech. ©DR
Les architectes seraient également conquis après l’avoir testé. « Mais, a toutefois prévenu Fagia Karam, directrice générale d’Espaces ferroviaires, nous gagnerons la révolution du hors-site si on va plus loin dans l’esthétisme de manière à réduire les réticences ». Car ce procédé souvent apparenté à un assemblage de containers de type Algeco n’a pas encore gagné ses lettres de noblesse.
« Nous savons faire de l’architecture quand nous faisons du modulaire », a fait valoir au Simi Luc Bellot, vice-président de Mayers buildtech, filiale du groupe Réalités couplant trois activités : conception, exécution et fabrication hors-site/sur-site. Pour garantir à la fois la qualité de la construction et la réduction tant de l’empreinte carbone que des délais et des coûts, « nous travaillons dès l’amont avec l’architecte », a ajouté Luc Bellot prévenant qu’en matière de construction hors-site, « tout allait se jouer dans les trois ans pour passer de moins de 1 % des productions aujourd’hui à 15 % voire 25 % en 2030 ».
Synapses : démonstrateur de la construction modulaire en bois
Après un premier site à Rennes, Mayers buildtech envisage de se doter d’une deuxième usine qui pourrait être implantée dans l’est parisien pour se rapprocher des utilisateurs. Parmi ceux-ci pourraient figurer GA Smart building, lauréat en septembre avec l’architecte Alfonso Femia du concours Empreintes de Paris La Défense avec le projet « Synapses ». « Nous avons choisi ce projet entre autres parce qu’il fait appel au hors-site, ce qui porte le délai de réalisation à 17 mois contre le double en construction classique », a expliqué Pierre-Yves Guice, directeur général de Paris La Défense.

Stéphan de Faÿ, le directeur général de Grand Paris aménagement, lors de la création de l’Association des acteurs français du hors-site. © Jgp
Un atout essentiel pour intervenir dans un territoire aussi contraint que celui du quartier d’affaires. Le constructeur table ainsi sur une réduction de moitié du nombre de camions et de près des trois quarts des heures de travail sur le site. « Notre ambition est de faire de « Synapses » un démonstrateur en étant le premier projet modulaire en bois », a annoncé au Simi Sophie Meynet, directrice générale immobilier résidentiel de GA Smart building. Cette résidence pour étudiants de 220 logements sera exemplaire également par son taux de réemploi de matériaux qui atteindra 30 %. « En rationalisant la construction, le hors-site facilite l’intégration du réemploi », a d’ailleurs souligné Stéphane de Faÿ ajoutant également que le procédé pouvait aussi apporter une réponse aux difficultés de recruter des entreprises du bâtiment en améliorant les conditions de travail.