Les Ardoines à Vitry-sur-Seine – Réinventer la ville mixte et productive

Une exposition à la Maison de l’architecture montre en images, maquettes et interviews d’acteurs le fabuleux défi des Ardoines : réinventer la ville mixte et productive.

« Nombreux sont ceux qui nous disent qu’il est impossible de bâtir une ville mixte aux Ardoines, de parvenir à faire cohabiter sur ces 300 hectares, qui sont tout sauf une page blanche, logements, activités, industries, commerces et services publics et privés. Mais l’on souhaite pour réussir inventer et utiliser toutes sortes de chemin. Et ce n’est pas parce qu’il n’existe pas réellement de modèle que nous allons renoncer », faisait valoir Jacques Touchefeu, directeur général de l’Etablissement public d’aménagement Orly Rungis-Seine Amont (EPA Orsa). Des propos tenus mercredi 7 octobre 2015, lors d’une « table ouverte » qui réunissait, dans la chapelle des Récollets, tous les acteurs concernés par un des projets les plus ambitieux du Grand Paris, contenu dans le titre de l’exposition qui se tient jusqu’au 31 octobre à la maison de l’architecture, avec force maquettes, vidéos panoramiques et témoignages enregistrés des différentes parties prenantes :  « Les Ardoines à Vitry-sur-Seine – Réinventer la ville mixte et productive ».

Touche

« Ce n’est pas parce qu’il n’existe pas réellement de modèle que nous allons renoncer », faisait valoir Jacques Touchefeu, directeur général de l’Etablissement public Orly Rungis-Seine Amont, lors de la table ouverte organisée le 7 octobre 2015 à la maison de l’architecture par l’EPA Orsa.

« Demain, en bord de Seine et aux portes de Paris, le territoire des Ardoines, à Vitry-sur-Seine, va connaître un développement croissant, à l’issue d’une opération d’aménagement parmi les plus importantes en France. Logements, équipements publics, bureaux, locaux d’activités… desservis par de nouveaux moyens de transport, vont progressivement faire naître une ville mixte et productive, amenée à devenir un nouveau pôle urbain d’envergure métropolitaine », indique la présentation de cet événement. « Nous devons, pour réussir ce pari de la mixité, explorer des voies spécifiques, peut-être non reproductibles », a poursuivi le DG de l’EPA Orsa.

300 ha à 3 km de Paris

Dominique Givois, directeur de l’aménagement de l’EPA Orsa, a planté le décor en ouverture des débats. Les Ardoines, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), c’est 300 hectares enserrés entre la Seine et les voies ferrées, 400 entreprises (EDF, RTE, Air Liquide), 9 000 emplois, dans une zone inondable qui accueillera demain le Tzen 5, en 2020, et la ligne 15 du Grand Paris express, en 2022, le tout étant situé à 3 km de Paris. Le secteur sera prochainement doté d’un franchissement des voies ferrées, conçu et réalisé par Richez & associés. Situé dans la ZAC des Ardoines, il créera une liaison urbaine de plus de 600 mètres linéaires jusqu’au fleuve.

Ardoines

« Nous souhaitons procéder à une mutation progressive, afin que les Ardoines conservent leur identité », a résumé Dominique Givois. Pour cela, deux Zac donc, créées à partir d’un premier plan guide général du projet des Ardoines mis au point avec l’agence Seura entre 2008 et 2011 : Seine Gare Vitry, d’une part, et Gare Ardoines, de l’autre. « Il s’agit aussi de bâtir une ville résiliente », a souligné Dominique Givois, mot clé de la soirée, compte tenu de la prégnance du risque d’inondation (le quartier est inscrit au plan de prévention du risque inondation). «Il s’agit de faire des Ardoines un quartier de ville à l’image de la rue du Faubourg Saint-Antoine, c’est-à-dire un quartier où l’on vit, où l’on travaille, où l’on dort », a poursuivi le directeur de l’aménagement, donnant, pour ceux qui ont traversé récemment le périmètre concerné, l’ampleur de la tâche.

Pour l’EPA, il ne s’agit donc pas de faire table rase de l’existant, mais d’accompagner sa transformation en s’appuyant sur les dynamiques actuelles, en écoutant les besoins des entreprises et des riverains. « Nous devons naturellement fabriquer des modèles économiques qui permettent de cohabiter avec une offre de logements », a souligné Dominique Givois, reconnaissant bien volontiers « qu’il eût été plus facile de tout raser et de ne prévoir que du logement ». Face à cette ambition, l’aménageur a inventé le partenariat amont (voir ci-dessous), dont plusieurs des membres étaient présents lors de cette table ouverte.

Il s’agit de faire des Ardoines un quartier de ville à l’image de la rue du Faubourg Saint-Antoine, c’est-à-dire un quartier où l’on vit, où l’on travaille, où l’on dort.

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Les Ardoines, après-demain. © EPA Orsa

Capitalisme foncier

Jean-Marc Bichat, (Agence germe & Jam) un des architectes du projet, a souligné que, selon lui, cette mixité n’était possible que grâce au zonage urbain : « Si l’on dézonait au sein de la métropole, le capitalisme foncier provoquerait la fuite des locaux d’activité », estime-t-il. L’urbanisation des Ardoines est rendue plus complexe par le fait que les rez-de-chaussée n’y sont pas habitables à cause du risque d’inondation, a rappelé l’architecte.

L’urbaniste François Leclercq a souligné la nécessité de prévoir l’évolutivité, la réversibilité des programmes, compte tenu de l’impossibilité de prédire aujourd’hui l’évolution de leurs usages futurs. Il a soumis l’idée d’imposer des permis de construire doubles, rendant obligatoire la présence de logements dans tous projets tertiaires, et vice-versa.

Favier

Christian Favier, président de l’EPA Orsa, lors de l’inauguration de l’exposition, le 7 octobre 2015.

Caroline Grandjean, directrice générale de Sogaris, a rappelé la volonté très affirmée de Vitry de conserver aux Ardoines une ville productive. Elle a décrit les méfaits du desserrement fort des zones logistiques constaté dans la région depuis 30 ans, et son  impact sur l’approvisionnement de la capitale, renforçant la présence des poids lourds à mesure que les entrepôts s’en éloignent.

C’est pourquoi Sogaris travaille à présent à des installations logistiques consistant en de « petits objets urbains », répondant aux impératifs de réduction du bilan carbone et à l’explosion du commerce électronique. La transformation de parking en entrepôts de marchandises s’inscrit dans cet objectif.

Prudence et ambition

« Nous n’avons pas envie d’être prudents, mais ambitieux, en inventant la ville du XXI° siècle », a lancé Michel Leprêtre. Le président de la communauté d’agglomération Seine-Amont (Casa), pour lequel cette ambition doit être portée par la puissance publique au plus haut niveau a déploré au passage la sous-utilisation de la Seine dans le domaine des transports.

Nous n’avons pas envie d’être prudents, mais ambitieux, en inventant la ville du XXI° siècle, a lancé Michel Leprêtre.

Bernard Brémond, (Groupe Brémond), s’est félicité de participer à un projet innovant, « dans un monde de  l’immobilier et de la promotion, en pleine mutation lui aussi ». « Il va falloir créer de l’envie », a insisté le promoteur, fidèle de ce secteur. Les différents professionnels présents, à l’instar d’Olivier Frard, directeur du développement foncier-logement de Sogeprom, ont salué les nouvelles méthodes de commercialisation des charges foncières en œuvre et le travail partenarial, en équipe, qu’elles permettent, sortant de la seule logique de surenchère financière entre promoteurs.

Les nombreux aléas du projet, juridique, politique, mais aussi liés à des sols occupés depuis un siècle par des activités potentiellement polluantes, ont été soulignés par les différents intervenants. « Les projets d’aménagement sont de loin les plus complexes qu’ont à traiter les notaires, loin devant les autres de par la diversité des parties prenantes et des enjeux », a résumé Michèle Rouret (Etude Cheuvreux). Avant que Pierre Bousquet, directeur aménagement d’Icade emprunte à André Gide la morale de la soirée, qui sied au défi des Ardoines : « l’art naît de contraintes, vit de luttes et meurt de liberté. »

Ecran

Les Ardoines à Vitry sur Seine – Réinventer la ville mixte et productive – Maison de l’architecture. Entrée libre. Jusqu’au 31 octobre.

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