J. Touchefeu : « Les Ardoines, à Vitry-sur-Seine : un territoire change d’époque »

L’Établissement public d’aménagement Orly Rungis-Seine Amont (EPA Orsa) poursuit son action. À Villeneuve-Saint-Georges, Chevilly-Larue, Orly, Rungis et, bien sûr, aux Ardoines à Vitry-sur-Seine, son projet emblématique. Jacques Touchefeu, son DG, décrit le nouveau visage que prendront les Ardoines à l’heure du Grand Paris express.

Quelle est la vocation de l’EPA Orsa ?

Depuis notre création, le logement figure au cœur de notre projet. À la création de l’OIN, en 2007, nos objectifs s’élevaient à 3 000 logements par an sur l’ensemble du territoire. A l’époque, on en construisait 1 700. Il s’agissait donc bien de changer de braquet. En sachant que les élus ont souhaité également que l’on vise un objectif de création de 1 000 emplois par an, pour conserver un taux d’emploi équilibré (il est de 1,1 emploi par actif résident). On pourrait dire que, d’une certaine manière, nous sommes une opération d’intérêt national « multisites », au sens moderne du terme. Rappelons que notre périmètre s’étend sur 12 communes*, qui représentent 375 000 habitants, soit un tiers de la population et 40 % des emplois du Val-de-Marne. Avec un statut particulier concernant l’attribution des permis de construire et les autorisations d’aménagement, au nom de l’État, mais – il faut le préciser – dans le cadre des règles d’urbanisme qui demeurent entre les mains des élus. Fondamentalement, une OIN « multisites », c’est un système de gouvernance partagée entre l’État et les collectivités locales.

Les OIN demeurent-elles, selon vous, un outil pertinent ? 

Jacques Touchefeu

Jacques Touchefeu. © JP

Selon moi, le modèle moderne de l’OIN allie les quatre niveaux de puissance publique (État, région, département et commune) pour fédérer les moyens, faire converger les forces en vue de la transformation d’un territoire qui ne peut évoluer par l’impulsion d’un seul niveau de puissance publique. C’est le cas de notre territoire, du fait de sa complexité, de sa fragmentation, et ça peut l’être ailleurs. Le territoire de l’EPA Orsa possède nombre d’atouts. Je pense à la Seine ou à l’aéroport d’Orly, par exemple. Mais il comporte aussi beaucoup de coupures, de segmentations, par les voies ferrées – on a deux réseaux (Paris-Lyon et Paris-Orléans) –, par la Seine, et par des autoroutes le traversant de toutes parts… Nous accueillons par ailleurs le pôle d’Orly, des grandes entités industrielles, ainsi que deux grands services métropolitains, Eau de Paris qui alimente Paris, et le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sédif), l’extérieur de Paris. Tout cela constitue de vraies dynamiques économiques pour la métropole, mais représente autant d’entraves à une porosité, à une bonne circulation, qui nuisent à la qualité de vie. Compte tenu de cette richesse et de ce morcellement, il était nécessaire que les acteurs conjuguent leurs forces. C’est le principe de cette OIN, que j’ai participé à constituer et qui est donc aussi, au-delà de sa fonction d’aménager et de construire, une OIN de gouvernance et de fédération des quatre niveaux de puissance publique.

Les Ardoines constituent un de vos secteurs clés d’intervention ?

Oui, par leurs enjeux et leur potentiel : sur 300 hectares, on y dénombre 400 établissements et plus de 9 000 emplois, ainsi qu’un foncier mutable important après que des opérateurs de l’État, notamment EDF ou la SNCF, en ont réorganisé certaines grandes fonctions industrielles. Ce territoire accueille un tissu d’activités très diversifiées constitué de grandes entreprises, telles que Sanofi, Air Liquide, EDF, ou la SNCF par exemple, mais aussi de nombreuses PME/PMI.

L’enjeu majeur du projet est d’y conduire une métamorphose progressive qui permette de préserver l’activité, tout en y développant plus de 7 000 logements, des bureaux, des commerces et des équipements.

Se développe également, aux Ardoines, un double franchissement des voies ferrées et de la Seine. Il fait partie des sujets posés dès l’origine de l’OIN, dont la complexité justifie que les quatre niveaux de puissance publique y travaillent conjointement. Richez et associés aura la charge de la maîtrise d’œuvre. Avec le franchissement des voies ferrées, c’est tout un quartier urbain qui naîtra de part et d’autre. S’y ajoute l’arrivée d’un bus T Zen à haut niveau de service, qui reliera la Bibliothèque François Mitterrand à Choisy. L’ensemble : T Zen, franchissement, élargissement des quais, est programmé pour 2020, et la construction de la gare pour 2022. Dans cette partie de Vitry, nous allons changer complètement d’époque en matière de transports, ce qui justifie les projets de logements mais aussi du tertiaire autour de la future gare des Ardoines du Grand Paris express (NDR : confiée à Valode et Pistre).

Vous avez souhaité que ce quartier de la gare soit repérable grâce à un immeuble-signal ? 

Oui, c’est la raison pour laquelle nous avons préféré prévoir au-dessus de la future gare une résidence hôtelière, susceptible d’accueillir des chercheurs, des étudiants, des actifs nomades, que du tertiaire. Afin que ce bâtiment-signal puisse atteindre 50 mètres de haut. Du tertiaire aurait été toisé à 28 mètres, eu égard à la réglementation en vigueur pour les immeubles de grande hauteur (IGH). 28 mètres n’est pas un signal suffisant pour un pôle multimodal de l’importance des Ardoines.

Pouvez-vous nous dire ce qu’est le « partenariat Amont » ? 

Nous allons implanter des démonstrateurs économiques d’activités dans les deux ZAC, celle de Gare des Ardoines (secteur Descartes) et celle de Seine Gare Vitry (secteur Seine-Cavell). Je m’explique : globalement, nous souhaitons accueillir les différentes fonctions qui font la ville (équipements, logements, bureaux, etc.), tout en assurant le maintien d’une vocation d’activités productives sur ce territoire. Tout l’enjeu de ces démonstrateurs est d’imaginer des solutions pour parvenir à bâtir une ville mixte et dense, où activité industrielle et logements puissent vivre en voisinage.

Dans cet objectif, nous avons signé, en 2013, un protocole avec six promoteurs**, trois pour les locaux d’activités et trois pour le logement.

Nous avons baptisé cette opération « le partenariat Amont ». Nous travaillons avec eux pour concevoir et produire de nouveaux systèmes de voisinage entre logement et activité, que ce voisinage soit horizontal ou vertical, dans un modèle de fonctionnement urbain et de montage économique non balisé qu’il s’agit d’inventer ensemble entre aménageur, constructeurs, investisseurs et utilisateurs.

Dans un second temps, nous attribuerons à chacun des parcelles donnant lieu à promesses de vente. Puis viendra le temps des ateliers d’architecture, puis des premiers permis de construire, dès 2016.

Les Ardoines ont vocation à spécialiser leurs activités ? 

Non, des entreprises de différente nature y sont implantées, et cela nous convient parfaitement. On y trouve, par exemple, un ébéniste d’art, un imprimeur, pas mal d’activités du bâtiment également. Les entreprises du bâtiment ont parfaitement compris qu’il existe un marché, en partie centrale des Ardoines, qui va être énorme.

Une sélection va s’opérer dans le sens d’une concentration de la valeur ajoutée. Les activités occupant de vastes espaces pour peu de valeur ajoutée n’ont sans doute pas vocation à rester à terme. C’est le cas de certains grands entrepôts de stockage logistique, qui n’ont plus vocation à être là.

Quels arguments d’attractivité possède ce territoire ? 

Le lieu possède une double attractivité, basée sur la richesse de ses  transports en commun et une situation exceptionnelle, en bord de Seine. Il est également très bien desservi par le réseau autoroutier (A86), et très proche de Paris. Nous sommes à 3 km du périphérique, et à un peu plus de cinq minutes en RER depuis la Bibliothèque François Mitterrand. Et maintenant que des premiers chantiers ont démarré, la métamorphose des Ardoines est enclenchée. Un collège va ainsi être livré en 2017 et d’autres travaux – construction du franchissement, gare des Ardoines, logements – vont bientôt s’engager.

L’installation en première phase de ces espaces publics structurants et des premiers projets de construction, en continuité des quartiers constitués de Vitry, préparent le développement en seconde phase du pôle métropolitain autour de la gare des Ardoines.

Quels sont vos autres chantiers ? 

Nous sommes, par exemple, en train de monter un quartier de 250 logements à Rungis. Nous étudions aussi comment relier la ville d’Orly à la Seine. Nous œuvrons par ailleurs en vue de la requalification urbaine et sociale du centre-ville de Villeneuve-Saint-Georges, qui était dans une situation de déprise, alors qu’il s’agit d’un lieu magnifique en belvédère sur la Seine. Nous poursuivons également les travaux de l’écoquartier des Portes d’Orly, à Chevilly-Larue, où les premières livraisons auront lieu en 2016.

Nous travaillons depuis trois ans avec EDF aux Ardoines. Sur les 37 hectares qu’ils occupaient jusqu’à présent, ils vont en restituer 17 pour l’aménagement urbain. Nous avons convenu qu’ils fabriqueront leur nouveau site dans un paysage et une mise en scène qui permettent et favorisent les constructions de logements tout autour et en continuité. Notre but, là encore, c’est de mêler activité et urbanité. C’est-à-dire comment, petit à petit, à travers leurs investissements, les entreprises  fabriquent de la ville « aimable », surtout dans les franges de leur emprise. L’idée centrale, c’est de faire en sorte que les grands investissements industriels soient pensés en lien avec la ville qui les entoure.

* Alsei, Brémond, Eiffage Immobilier, Nexity, Sogaris et  Spirit

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