J.-B. Menguy (Paris) : « L’alimentation doit être déclarée grande cause nationale 2020 »

Conseiller de Paris délégué auprès du maire du 15e à l’éducation, à l’enseignement supérieur, aux familles, à la caisse des écoles et à l’alimentation durable, Jean-Baptiste Menguy, également chargé de l’argumentaire et de la communication de l’équipe de campagne de Pierre-Yves Bournazel, explique pourquoi il estime que l’alimentation doit être déclarée grande cause nationale 2020.

Vous faites le constat d’une ambivalence de l’alimentation à la française ?

Mon constat part de mon expérience d’élu chargé de l’alimentation et des cantines dans le 15° arrondissement à Paris. Désormais, pas une journée ne se passe sans qu’il ne soit question dans l’actualité d’alimentation, de sécurité alimentaire, du bio, du végétarien, etc. La France est un fleuron en matière de gastronomie. Et l’année prochaine, nous allons à la fois fêter les 35 ans des Restos du cœur et les 10 ans de l’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco du « repas gastronomique des Français ».

Jean-Baptiste Menguy, conseiller de Paris délégué auprès du maire du 15e à l’éducation, à l’enseignement supérieur, aux familles, à la caisse des écoles et à l’alimentation durable. © Jgp

Autrement dit, l’alimentation des Français présente deux visages : une alimentation haut de gamme d’une part, une alimentation encore difficile d’accès pour certaines personnes, et qui demeure un vrai discriminant social et sociétal d’autre part, avec une abondance de biens dans les supermarchés et encore des gens qui, pour se nourrir, fouillent les poubelles de ces mêmes supermarchés.

C’est dans les cantines des écoles que les deux phénomènes se réunissent. On nous demande de faire toujours plus de qualité, avec le bio, le végétarien et, comme c’est l’école de la République, nous sommes également confrontés à tous les phénomènes sociaux, sociétaux, culturels et cultuels.

C’est ce qui vous pousse à proposer que l’alimentation soit une grande cause nationale en 2020 ?

C’est à partir de ce constat, de cette expérience, que j’ai voulu envoyer un message grand public pour cette année 2020, qui va être une année de multiples anniversaires, et celle du « Paris food forum » en juin, ce grand raout de l’alimentation et de la gastronomie voulu par Emmanuel Macron. Nous avons besoin, me semble-t-il, d’envoyer un signal, un message fort : un des vecteurs possibles est de déclarer l’alimentation « grande cause nationale 2020 », ce qui viendrait parachever les différentes prises d’initiatives au niveau local et national. Il s’agirait aussi de lancer de nouveaux projets labellisés « grande cause nationale ».

Quelles sont vos propositions concrètes en la matière ?

L’éducation à l’alimentation me tient particulièrement à cœur. C’est un sujet qui réunit un grand nombre d’acteurs, pour lequel plusieurs ministères sont compétents, avec au plan local, des actions menées sur le temps scolaire, périscolaire, dans les cantines, sans néanmoins qu’il existe de grands projets coordonnés. Il ne s’agit pas d’imposer une uniformisation de ce qu’il se fait sur le territoire français par le haut, mais de renforcer et de multiplier les axes d’éducation en associant davantage les communes. C’est moins vrai pour les collèges, avec des départements souvent en pointe sur ces questions. Cela concerne davantage les communes, en particulier les plus petites, mais aussi certaines villes périurbaines, qui doivent bénéficier d’un effet commun, notamment à travers les cantines scolaires. L’éducation à l’alimentation est encore trop éparse. Elle a besoin d’un peu d’organisation et de convergence des initiatives.

Vous souhaitez également que la prolifération des supermarchés soit régulée ?

Il existe, en effet, une vraie interrogation quant au rôle des supermarchés. Lorsque l’on voit, dans les zones urbaines denses, dans Paris intramuros notamment, le nombre de supermarchés qui ouvrent, alors que la population baisse, cela témoigne d’un énorme problème de régulation de cette activité, avec une surabondance d’aliments par rapport aux besoins. On ne régule pas assez cette prolifération. Il ne s’agit pas de tomber dans de l’interventionnisme économique, mais de s’interroger sur ces implantations. Cela pose question dans des villes qui se veulent résilientes.

On pourrait tout à fait également imaginer une loi Toubon des supermarchés, qui devraient tendre vers une certaine quantité d’aliments produits à proximité. La loi Toubon concerne la chanson française diffusée à la radio, on pourrait imaginer la même chose pour les produits issus de circuits courts. Certaines choses se font. Mais il faut aller plus loin.

Vos propositions concernent aussi la restauration ?

Avec deux éléments : d’abord, il faut voir que la restauration est également le point de rencontre entre une alimentation gastronomique et sociale. Aller au restaurant, c’est une démarche volontaire de découverte de l’alimentation, à condition toutefois d’en avoir les moyens.

« Parallèlement, les familles modestes, qui allaient peu au restaurant y vont encore moins », estime Jean-Baptiste Menguy. © Jgp

On voit se développer par ailleurs l’uberisation de la restauration, avec des acteurs tels que Deliveroo, Uber Eats, etc.  A tel point que des restaurants existent dénués de salle pour les clients. Tout cela détruit du lien social et doit également être mieux régulé, comme doivent l’être le free-floating ou les l’activité des VTC.

Parallèlement, les familles modestes, qui allaient peu au restaurant y vont encore moins. Dans certains pays, il existe une approche de la famille, même dans des chaînes de restauration rapide, qui considèrent qu’il faut être « kid friendly », ce qui passe par des initiatives assez simples : si des familles ne peuvent faire garder leurs enfants, elles sont assurées de trouver tout ce dont elles ont besoin comme une table à langer, des chaises hautes, et même, comme c’est le cas à Londres, des menus enfants gratuits. Cela faciliterait des sorties en famille, vecteurs de liens sociaux, et un rapport à l’alimentation qui ne soit plus dépendant uniquement de l’aspect monétaire et social mais où chacun peut se concentrer sur la qualité de ce qu’il mange.

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