Gennevilliers monte au créneau pour défendre le logement social

Sofia Manseri, présidente de Gennevilliers Habitat, et Patrice Leclerc, maire (FDG) de la commune, alertent sur « l’affaiblissement des capacités financières » du parc social. En visite de terrain, le 27 août, ils ont dénoncé la baisse drastique des aides et le désengagement des institutions, alors que la moitié des habitants vit en HLM.

La preuve par l’exemple. Sofia Manseri, présidente de Gennevilliers Habitat et conseillère municipale, et Patrice Leclerc, maire (FDG) de Gennevilliers, avaient convié la presse mercredi 27 août au siège du bailleur social afin de démontrer l’utilité du logement social. La commune populaire des Hauts-de-Seine en serait, selon eux, une parfaite illustration. L’occasion d’une promenade urbaine présentant les récentes réhabilitations et les futures livraisons de logements rénovés, dans une ville où la moitié des habitants (25 000 sur 50 000) en bénéficient.

Les deux élus ont notamment souhaité tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à la dégradation des conditions de vie des habitants. « Nos locataires nous reprochent parfois de ne plus faire correctement notre travail, mais nous ne disposons plus des moyens nécessaires pour le faire comme nous le souhaiterions », a déclaré Sofia Manseri.

Patrice Leclerc, maire (FDG) de Gennevilliers. © Jgp

Sofia Manseri, présidente de Gennevilliers Habitat, dans le quartier Croizat-Cachin. © Jgp

« La priorité des priorités »

Rappelant que le logement devrait être « la priorité des priorités » du gouvernement, ils ont dénoncé la baisse drastique des financements du secteur. Gennevilliers Habitat, qui gère 75 % du parc social de la commune, critique ainsi l’effondrement des aides à la pierre : de 800 millions d’euros au début de la précédente décennie, elles sont tombées à 80 millions d’euros aujourd’hui au niveau national.

Pour Gennevilliers Habitat, le prélèvement opéré au titre de la réduction du loyer de solidarité (RLS) a représenté près de 12 millions d’euros au cours des six dernières années. « Cette ponction atteint 1,2 milliard d’euros à l’échelle nationale, et elle ne diminuera que de 200 millions », a poursuivi le maire.

« L’irresponsabilité » de l’exécutif régional

Alors que deux millions de demandeurs attendent un logement social en France (et 7 000 à Gennevilliers), Patrice Leclerc a fustigé « l’irresponsabilité » de l’exécutif régional et du Département des Hauts-de-Seine, qui ont tous deux cessé de soutenir la construction de logements sociaux dans sa ville, la commune dépassant largement le seuil de 30 %. « C’est le manque de logements sociaux qui alimente la prospérité des marchands de sommeil et contribue à l’envolée des prix du parc privé », a-t-il ajouté.

Enfin, l’élu a indiqué que le Plan métropolitain de l’habitat et de l’hébergement (PMHH), destiné à décliner territorialement les objectifs fixés par le schéma régional de l’habitat et de l’hébergement (SRHH), ne serait pas adopté de si tôt. « Les élus de droite n’en veulent pas », a-t-il affirmé. Patrice Leclerc a précisé qu’il ne souhaitait pas, en tout état de cause, que l’adoption d’un tel plan entraîne le transfert des financements municipaux destinés au logement social vers la Métropole.

« L’affaiblissement des capacités financières »

Lors de sa balade urbaine, Sofia Manseri a présenté plusieurs immeubles des années 1950-1960, situés rues Ambroise-Croizat et Marcel-Cachin, qui doivent être réhabilités en 2027. « Ces 90 logements sont des débuts de passoires thermiques », a-t-elle expliqué, déplorant que le coût des rénovations ait doublé en cinq ans et que « l’affaiblissement des capacités financières » du bailleur social ait retardé le projet de deux ans.

Non loin de là, le quartier du Fossé-de-l’Aumône « vient de passer en QPV [quartier prioritaire de la politique de la ville], car pas de QPV, pas de financement », résume la présidente de Gennevilliers Habitat. « Et sans financement, on ne peut pas réhabiliter ces habitations de cinq étages sans ascenseur, les moins chères de la ville, où vivent les populations les plus précaires. »

Les quatre tours restantes du quartier des Agnettes à Gennevilliers. © Jgp

Coût des travaux : 60 000 euros par logement

Dans le quartier des Agnettes, où le chantier de la future gare du Grand Paris Express – censée être mise en service en 2030 – bat son plein, une des cinq tours a été démolie. Les quatre restantes, qui abritent chacune une centaine de logements, sont en cours de « réhabilitation complète », avec les habitants à l’intérieur. Deux seront bientôt achevées, deux débuteront en 2026. Construites dans les années 1960 et dotées d’une architecture de qualité, elles sont devenues des « passoires énergétiques », dixit Sofia Manseri.

Création de balcons et de duplex dans les derniers étages, isolation thermique extérieure, nouvelles menuiseries, rénovation des ascenseurs, des colonnes, des pièces humides… Le coût des travaux s’élève à 60 000 euros par logement, soit 6 millions d’euros par tour. Les chantiers sont en grande partie financés par l’ANRU. À eux seuls, la ville de Gennevilliers et le bailleur social en seraient financièrement bien incapables.

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