P. Leclerc / M. Leprêtre : « La métropole du Grand Paris doit devenir un syndicat mixte, au service des territoires »

Dans un contexte où, à l’approche des municipales, les hypothèses de réforme de la métropole du Grand Paris refont surface, Patrice Leclerc, maire (FDG) de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) et président du groupe Front de gauche à la Métropole, et Michel Leprêtre, président (PCF) de Grand-Orly Seine Bièvre (Val-de-Marne), exposent leur vision d’une métropole déconcentrée, reposant sur des coopérations volontaires. Ils défendent une transformation de l’institution en syndicat mixte, compétent sur quelques enjeux structurants.

Pourquoi rappeler aujourd’hui vos positions sur l’avenir de la Métropole ?

Patrice Leclerc – Ce qui est nouveau, c’est que tout le monde reparle de la Métropole. Les municipales approchent, et les formations politiques s’en emparent. Il y a des débats sur la transformation des établissements publics territoriaux [EPT] en EPCI [établissements publics de coopération intercommunale], sur la création de pôles métropolitains… Alors que nous portions seuls l’idée d’un syndicat mixte à la place de la MGP [métropole du Grand Paris], cette hypothèse est aujourd’hui prise au sérieux par plusieurs forces politiques. Nous avons voulu remettre notre proposition sur la table, à un moment où une réforme pourrait ressurgir. Une fenêtre de tir à l’automne ? Je n’y crois pas forcément. Mais mieux vaut être prêts.

Michel Leprêtre – Je partage ce constat. Le flou autour des compétences de la MGP a produit de la confusion et des blocages. Depuis dix ans, les objectifs initiaux – logement, rééquilibrage est/ouest – sont restés lettre morte. Il est temps de clarifier les missions de chaque niveau d’action publique et de bâtir une organisation plus lisible, plus efficace et plus solidaire.

Vous plaidez pour la transformation de la Métropole en syndicat mixte. Que recouvre cette proposition ?

P.L. – Nous voulons un outil de coopération, qui remplace en quelque sorte ce qu’était le Forum métropolitain. Un lieu d’échange entre élus, institutions, collectivités, qui permette d’élaborer des stratégies partagées sur des sujets majeurs. C’est la logique du syndicat mixte : une structure à laquelle adhèrent librement communes, départements, Région, syndicats intercommunaux. Deux compétences nous paraissent évidentes : l’eau – via la Gemapi (*) – et l’air, notamment dans le contexte de la ZFE [zone à faibles émissions].

M.L. – Il faut sortir du mythe d’une métropole intégrée et recentralisée. L’échelon intercommunal peut être très efficace, à condition de respecter les communes. Dans mon territoire, Grand-Orly Seine Bièvre, nous gérons par exemple neuf piscines, des médiathèques, l’assainissement, des équipements structurants. La mise en commun est efficace, mais elle doit rester au service du bloc communal.

Michel Leprêtre et Patrice Leclerc. © Jgp

Mais n’est-ce pas renoncer à une métropole plus redistributrice, capable de corriger les inégalités fiscales entre l’ouest et l’est ?

P.L. – Oui, nous faisons le deuil d’une métropole recentralisée qui redistribuerait massivement. D’abord parce qu’elle ne le fait déjà que très peu. Ensuite, parce que cela supposerait des transferts de compétences et de ressources massifs, qui ne sont ni souhaités ni réalistes. La correction des inégalités territoriales relève d’une réforme de la fiscalité locale, et de l’engagement de l’Etat. Il faut donner davantage aux communes en fonction de leurs besoins sociaux.

M.L. – Le rééquilibrage est/ouest ne se décrète pas en changeant les institutions. Ce sont les politiques publiques qui comptent. Une collectivité surpuissante ne réglera rien si elle applique les mêmes logiques d’inaction que certaines mairies. Le vrai levier, c’est la volonté politique, et l’Etat doit jouer son rôle dans la solidarité nationale.

Pourquoi souhaitez-vous transformer les EPT en EPCI ?

P.L. – Cela permettrait aux territoires d’avoir leur propre fiscalité, de sortir d’une forme d’asphyxie financière. Mais à une condition : que l’EPCI soit un échelon de coopération, et non le bras armé d’une métropole centralisée.

M.L. – L’EPCI doit être un outil au service du bloc communal. Aujourd’hui, les territoires assument des compétences importantes : renouvellement urbain, équipements structurants, infrastructures. Mais ils manquent de moyens. La transformation en EPCI pourrait permettre d’y remédier, à condition de clarifier les missions et de garantir l’autonomie communale.

Et sur le logement ? Est-ce une compétence pertinente à l’échelle métropolitaine ?

P.L. – Non. Quand la droite est majoritaire à la MGP, elle bloque toute politique ambitieuse en matière de logement social. Le préfet peut déjà se substituer aux maires pour construire, mais il ne le fait pas. C’est donc à l’Etat d’imposer l’application de la loi SRU, pas à la Métropole d’essayer de contourner les blocages politiques locaux.

M.L. – Ce n’est pas une question d’échelle institutionnelle. C’est une question de volonté. La région Ile-de-France, par exemple, a supprimé ses crédits logement. La preuve que ce n’est pas l’institution qui fait la politique, mais les majorités qui y siègent. Tromper les citoyens en leur faisant croire qu’un changement institutionnel règlera la crise du logement, c’est irresponsable.

Faut-il remettre en cause le rôle des départements dans ce nouveau paysage ?

P.L. – Non. Les départements ont une réelle proximité avec les citoyens. Ils sont efficaces sur leurs compétences actuelles. Le millefeuille administratif ne devient un problème que lorsqu’il y a des chevauchements de responsabilités. Clarifions les compétences et le problème disparaît.

M.L. – Je confirme. Le Val-de-Marne, par exemple, a longtemps montré son efficacité en matière de solidarité, d’équipement, d’éducation. Le problème n’est pas le nombre de niveaux, mais le manque de coordination et de moyens.

Que pensez-vous des propositions de métropolisation des programmes municipaux, portées par certains élus parisiens ?

P.L. – Je refuse cette logique. Je ne veux pas que Gennevilliers devienne un arrondissement de Paris. Le pluralisme municipal est une richesse, même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec les politiques menées ailleurs. Qu’il y ait des convergences thématiques sur la pollution, les mobilités douces, très bien. Mais pas question de centraliser les décisions.

M.L. – Les politiques communales produisent des effets très concrets. Quand une ville bloque le logement social, cela a des répercussions sur tout le territoire. Ce n’est pas en effaçant les communes qu’on réglera cela. Il faut travailler à des politiques partagées, mais en respectant les choix locaux.

Que vous semble-t-il essentiel, pour résumer, dans ce débat ?

P.L. – Nous voulons une métropole de coopération, pas de domination. Et des moyens nouveaux, pourquoi pas via une taxe sur le tourisme ou sur les poids lourds, pour financer les politiques métropolitaines utiles : la qualité de l’air, la lutte contre les inondations, la transition écologique.

M.L. – La pauvreté progresse, les besoins s’accroissent. Nous devons bâtir des outils de solidarité à la bonne échelle, sans perdre de temps dans des réformes technocratiques. Ce qu’il faut, ce sont des politiques efficaces et solidaires. Et pour cela, les communes et les territoires doivent rester au cœur du jeu.

(*) Gemapi : Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations

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