De retour de la COP30 à Belém, l’économiste et prêtre jésuite Gaël Giraud a offert, devant la plénière des Assises du Grand Paris, un diagnostic nuancé : le réchauffement s’aggrave et le seuil des +2 °C sera probablement franchi, mais la décélération des émissions et l’essor des renouvelables ouvrent encore une fenêtre d’action, à condition de changer de modèle territorial et alimentaire.
« Il n’est pas vrai qu’il ne se passe rien », a martelé l’économiste, prêtre jésuite, normalien, sur la scène de la plénière des Assises du Grand Paris, le 27 novembre dernier. De 2015 à 2025, les émissions mondiales de gaz à effet de serre n’ont augmenté « que » de 10 %, contre 18 % durant la décennie précédente. La hausse se poursuit – autour de +1,1 % en 2025 – mais elle ralentit. Même la Chine, rappelle-t-il, voit ses émissions « stagner depuis deux ans », grâce à un déploiement massif du solaire et de l’éolien.
Pour autant, la nécessité d’accélérer les transitions est bien réelle. Après une année 2024 à +1,5 °C, « nous n’avons pas encore franchi définitivement le seuil de 1,5 °C », explique Gaël Giraud : certaines années resteront légèrement en dessous, d’autres au-dessus, avant un dépassement irréversible. En revanche, l’économiste ne croit plus à un monde qui resterait sous les +2 °C : « La question n’est plus de savoir si nous franchirons ce seuil, mais quand », résume-t-il.
Dans ce paysage contrasté, la bonne nouvelle vient des renouvelables. En 2024, « 92 % des nouvelles capacités électriques installées dans le monde » sont d’origine renouvelable. La Chine, note-t-il, est en passe de devenir « leader mondial sur presque toutes les énergies renouvelables et sur le nucléaire », avec un plan climat prévoyant un pic d’émissions en 2031 et la neutralité carbone en 2060. « La différence, c’est que lorsqu’ils promettent, ils font », glisse-t-il.
Le secteur agricole reste « un véritable problème », remarque-t-il également, alors même qu’« environ un tiers de la production agricole n’est pas consommée ». Lutte contre le gaspillage, changement de régime alimentaire « moins carné », réorganisation des filières : autant de leviers « à notre portée ».
Gaël Giraud prêche pour une approche systémique et une prudence redoublée vis-à-vis des « fausses solutions » de géo-ingénierie telles que la pulvérisation de soufre dans l’atmosphère ou autres techniques jugées « extrêmement dangereuses ».
L’intelligence artificielle, par ailleurs, est qualifiée de « véritable tragédie écologique ». Les data centers, qui consomment « énormément d’énergie et d’eau », poussent certains pays à relancer des centrales nucléaires, sans pour autant rendre « nos esprits plus intelligents », estime le jésuite.
Un coût inférieur à celui de l’inaction
L’économiste a rappelé également les conclusions du rapport Road to Zero, réalisé avec l’Institut Rousseau pour le Parlement européen : la décarbonation nette de l’Union européenne à l’horizon 2050 est « techniquement faisable » et coûterait « 2,3 % du PIB européen par an », bien moins que l’inaction. La trajectoire repose sur la rénovation massive du bâti, la mobilité bas-carbone et une refonte de l’aménagement du territoire.
Sur la scène des Assises du Grand Paris, Gaël Giraud a dessiné un scénario de transition passant par « des petites villes denses reliées par le train », un réseau ferroviaire secondaire réhabilité, des déplacements urbains largement assurés par les transports collectifs, et une « poly-agriculture » autour des villes, acheminant les productions vers des commerces de centre-ville proches des gares. Autant de choix qui, selon lui, convergent avec les tendances mises en lumière par le baromètre du Grand Paris : montée en puissance des transports en commun, baisse progressive des consommations, expérimentation de nouveaux modèles. « On sait ce qu’il faut faire, insiste Gaël Giraud. La vraie question n’est plus technique ou économique, elle est politique et culturelle. »
