À la plénière des Assises du Grand Paris, Florence Mourey, directrice adjointe clients territoires de GRDF en Île-de-France, a défendu la place du gaz – devenu gaz vert – dans le mix énergétique francilien de demain. Une énergie déjà locale et circulaire, dont la mutation doit permettre de concilier décarbonation et facture maîtrisée.
Dans un débat sur le mix énergétique décarboné où l’on oublie parfois le gaz, Florence Mourey a commencé son keynote, sur la scène des Assises du Grand Paris, le 27 novembre dernier, par rappeler un ordre de grandeur : « Aujourd’hui, le gaz représente 35 % de la consommation d’énergie en Île-de-France. » Impossible, donc, de raisonner en effaçant d’un trait cette part du paysage énergétique francilien. « L’enjeu n’est pas de se débarrasser du gaz, mais d’en consommer moins, d’en consommer mieux et surtout de le verdir », résume-t-elle. À l’échelle nationale, environ 5 % du gaz acheminé dans les réseaux est déjà renouvelable. Un premier jalon avant un point de passage fixé à 20 % de gaz vert en 2030, puis un mix 100 % renouvelable à l’horizon 2050, avec, entre-temps, une baisse des volumes consommés grâce à la rénovation énergétique et à la sobriété.
Une énergie locale et circulaire
L’Île-de-France a joué un rôle pionnier dans cette montée en puissance du biométhane. « C’est une énergie locale, produite à partir de nos déchets : résidus agricoles, biodéchets, boues de stations d’épuration », rappelle Florence Mourey. La région produit déjà 1,3 TWh de gaz vert, soit 8 % de la production nationale, sur un territoire pourtant peu doté en foncier agricole. Les grands opérateurs publics s’y engagent : le Siaap (Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne) pour les boues d’épuration, le Syctom, l’agence métropolitaine des déchets, pour les biodéchets, ou encore une future unité à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), qui traitera près de 50 000 tonnes de déchets alimentaires par an.
Cette ressource trouve des débouchés multiples : chauffage, cuisson, mais aussi mobilité. Île-de-France mobilités et ses opérateurs, dont la RATP, ont fait le choix d’un parc majoritairement biogaz : « À l’horizon 2029, 70 % des bus rouleront au biogaz. On est pleinement dans l’économie circulaire : les déchets du territoire alimentent les transports du territoire », insiste la représentante de GRDF.
De nouvelles filières de gaz vert en préparation
Pour atteindre 100 % de gaz renouvelable, GRDF table sur un tiers de méthanisation « classique » – telle qu’elle existe déjà – et sur de nouvelles filières en émergence, destinées à valoriser des déchets encore peu exploités. Pyrogazéification, nouveaux procédés de traitement des résidus non recyclables : « Nous sommes une petite région, mais fortement productrice de déchets. Nous avons besoin de solutions et il y aura une prime aux premiers projets », explique Florence Mourey. Elle dit voir, « dans les radars », de nombreux dossiers prêts à sortir en Île-de-France.
Au-delà des volumes et des technologies, la question du coût reste centrale pour les collectivités comme pour les ménages. « Sur l’eau, le président du Siaap rappelait la nécessité de contenir la facture. C’est exactement la même préoccupation pour l’énergie », note Florence Mourey.
De ce point de vue, le gaz dispose d’un avantage structurel : « Le réseau est là. Il appartient aux collectivités et n’a pas besoin d’être transformé en profondeur pour accueillir le gaz vert. On se contente de raccorder les unités de méthanisation et de pousser le gaz vers les zones de consommation. »
GRDF estime à 9 milliards d’euros au maximum les investissements nécessaires d’ici à 2050 pour adapter ce réseau, contre « environ 200 milliards pour l’électrification des usages et le renforcement du réseau électrique ». « Le gaz vert restera une énergie compétitive, en particulier pour les habitants du logement social, ajoute-t-elle. Nous travaillons beaucoup avec Action logement pour proposer des solutions disponibles à court terme et compatibles avec la transition. »
