Mobilités : la bataille du mix énergétique à l’horizon 2050

À la plénière des Assises du Grand Paris, les acteurs de l’énergie, des transports et de la logistique ont confronté leurs trajectoires pour décarboner la mobilité francilienne. Entre essor du camion électrique, montée en puissance des infrastructures, transition des bus et émergence des carburants durables, une conviction s’impose : le chemin vers 2050 sera moins un basculement qu’une orchestration fine d’un mix énergétique multiple.

« Abreuver, nourrir, desservir sept millions d’habitants, cela suppose une logistique vertueuse, planifiée et partagée », a posé Jean-Michel Genestier, conseiller métropolitain délégué à la logistique, en ouverture de cette table ronde des Assises du Grand Paris dédiée à la décarbonation des mobilités. La Métropole s’appuie en l’espèce sur un Pacte logistique réunissant plus de 80 acteurs pour organiser le report modal et accompagner la transition énergétique, en particulier dans la perspective d’une ZFE temporairement repoussée. « Les choses sont prêtes. Si une décision politique revient, nous avons le maillage et l’organisation pour accompagner les professionnels », a indiqué le maire (DVD) du Raincy (Seine-Saint-Denis) à ce sujet.

L’étude d’avitaillement conduite par la Métropole modélise les besoins en recharge des sites logistiques de l’A1 à Rungis, afin d’anticiper la bascule vers l’électrique, le GNV et, peut-être, l’hydrogène, a-t-il été par ailleurs indiqué.

Poids lourds : l’irruption du camion électrique

Laurent Tricot, directeur régional Île-de-France de TotalEnergies, a souligné l’essor rapide du camion électrique. Chiffres à l’appui. Certes, moins de 2 % du parc est aujourd’hui électrique, mais les ventes doublent chaque année : 500 en 2023, 600 en 2024, environ 1 000 en 2025. Et les nouveaux modèles affichent désormais « 500 à 700 km d’autonomie ».

De g. à dr. : Jean-Michel Genestier (MGP), Laurent Tricot (TotalEnergies), Frédéric Courault (Enedis) et François Warnier de Wailly (RATP) © David Arous

Jean-Michel Genestier. © David Arous

Moments de convivialité durant les pauses. © Jgp

Pour accompagner cette accélération, TotalEnergies développe des dépôts semi-privés, ouverts à l’ensemble des logisticiens. « On vient d’inaugurer à Gonesse (Val d’Oise) le premier dépôt de ce type, ouvert 24 h sur 24. L’enjeu, c’est de créer des hubs accessibles à tous », a indiqué Laurent Tricot. L’adaptation du réseau de stations S24 suit le même mouvement, avec une première station électrique poids lourds inaugurée au Plessis-Pâté (Essonne). Cette montée en puissance suppose un réseau électrique dimensionné. Frédéric Courault, directeur délégué coordination et grands projets d’Enedis, le rappelle : « On n’est pas du tout sur les mêmes puissances. Les stations pour poids lourds sont extrêmement gloutonnes en énergie », a-t-il souligné. Les sommes en jeu sont astronomiques. Enedis investit la bagatelle de 96 milliards d’euros d’ici 2040, dont 7,5 milliards pour le raccordement des bornes. Résultat : l’Île-de-France est en avance. « Nous comptons 31 849 points de recharge publics fin octobre 2025 : au-dessus du scénario prévisionnel établi avec la Région », a rappelé Frédéric Courault.

L’électrification des véhicules légers en marche

Côté véhicules légers, la dynamique progresse également : « 567 000 véhicules électriques ou hybrides rechargeables circulent aujourd’hui en Île-de-France. Nous sommes au milieu des courbes prévues », a indiqué Frédéric Courault. La vraie bataille porte désormais sur l’habitat collectif : « Seulement 6 % des parkings de copropriété sont équipés. Pour un territoire où 80 % des logements sont collectifs, c’est le défi majeur », a ajouté l’énergéticien.

En matière de véhicules légers, Laurent Tricot a précisé le défi à venir : « Aujourd’hui, 5 % du parc français est électrique. En 2030, il faudrait que ces véhicules représentent 66 % des ventes annuelles. Pour l’instant, on est à 20 % »., a-t-il énuméré. TotalEnergies a toutefois « massivement transformé » son réseau : 5 000 points de recharge en Île-de-France, 51 stations rapides converties, et Belib – « le réseau urbain le plus utilisé de France » – en pleine croissance.

Jean-Michel Genestier a également évoqué le réseau Metropolis, orchestré par la MGP. « Nous visons 5 000 bornes. Aujourd’hui, 950 points de charge sont en service, pour plus de 100 millions de kilomètres parcourus par les usagers », a résumé l’élu.

L’enjeu est politique autant que technique : fédérer 130 maires autour d’un déploiement homogène. « La métropole est la métropole des maires. La dynamique dépend de leur volonté. Nous sommes là pour les accompagner », a indiqué l’édile.

Bus : le pari tenu de la RATP

En matière de réduction de son empreinte, la RATP affiche un bilan solide. « On a fait le job », a résumé François Warnier de Wailly, directeur du programme Bus2025. Sous l’impulsion de Valérie Pécresse, présidente d’IDF Mobilités, le groupe a mené un programme d’1,4 milliard d’euros pour convertir ses dépôts et sa flotte, désormais moitié électrique, moitié biogaz.

Laurent Tricot. © David Arous

Frédéric Courault © David Arous

François Warnier de Wailly. © David Arous

« Fin 2025, nous avons réduit de 50 % nos émissions de gaz à effet de serre liées au bus », a souligné le représentant de la Régie. Et La transition ne se limite pas à la motorisation. Elle transforme la ville. L’ex-dépôt Ornano, dans le 18ᵉ arrondissement, est, par exemple, devenu un quartier mêlant logements bois et halle photovoltaïque. « Le bus est devenu un objet écologique et urbain. On recrée de la ville, du quartier, de l’emploi », a fait valoir François Warnier de Wailly.  Reste un angle mort, celui de la vitesse commerciale, affaiblie par les nouvelles configurations de l’espace public. « Le bus est devenu propre, mais pas encore plus rapide. Retrouver de la vitesse, c’est retrouver l’attractivité », a estimé le directeur du programme Bus 2025.

Parce que le transport ne se limite pas à la route, TotalEnergies ouvre aussi la voie des carburants durables. « L’avion hydrogène, il volera peut-être, mais pas à l’échelle industrielle avant longtemps », a constaté Laurent Tricot La solution passe par l’incorporation de carburant aérien durable (SAF), produit à partir de graisses et d’huiles alimentaires recyclées. Deux bioraffineries sont en construction (Grandpuits (Seine-et-Marne) : 230 000 tonnes de SAF, 160 000 tonnes en Normandie) « Dès 2028, la France pourra incorporer 10 % de SAF dans le jet, au-delà de l’objectif européen de 6 % en 2030», s’est félicité Laurent Tricot.

Sur le même sujet

Top