Invité des Assises du Grand Paris, le 27 novembre dernier, le paléoclimatologue Jean Jouzel est revenu de la COP30 de Belém avec un constat sévère : dix ans après l’accord de Paris, le monde s’éloigne de la trajectoire 1,5 °C. Si des progrès existent, les engagements des États restent très en deçà de ce qu’exigerait la neutralité carbone en 2050.
« On ne dira pas que Belém est un échec, mais ce n’est pas un succès », résume Jean Jouzel, sur la scène de la plénière de l’édition 2025 des Assises du Grand Paris. Pour comprendre ce « semi-échec », le climatologue invite à revenir au 12 décembre 2015, date de l’adoption d’un accord de Paris « intelligent, très bien construit » fixant pour la première fois des objectifs chiffrés : contenir le réchauffement « bien en deçà de 2 °C » et, si possible, autour de 1,5 °C.
Limiter le réchauffement implique d’arrêter la hausse de l’effet de serre, donc d’atteindre la neutralité carbone. Longtemps, l’accord a surtout mis l’accent sur la cible des 2 °C, associée à une neutralité dans la deuxième moitié du XXIᵉ siècle. Sous la pression des pays les plus vulnérables, la cible de 1,5 °C s’est imposée à Glasgow en 2021 : « Pour avoir une chance d’y revenir, la neutralité doit être atteinte vers 2050 », rappelle Jean Jouzel.
Le réchauffement se poursuit, notamment dans l’océan
Sur le papier, les annonces des États peuvent paraître encourageantes : la France et l’Union européenne ont inscrit cet objectif dans la loi, la Chine vise la neutralité en 2060, l’Inde et l’Arabie saoudite en 2070. Mais la réalité du climat va plus vite. « En 2023-2024, nous sommes déjà autour de +1,5 °C par rapport au XIXᵉ siècle, souligne le scientifique. Même si 2024 restait longtemps l’année la plus chaude, il ne faudrait pas en conclure que le réchauffement s’arrête : il se poursuit, notamment dans l’océan. »
Les émissions, elles, continuent de croître. Selon le Global carbon project, 38 milliards de tonnes de CO₂ devraient être émises en 2025 par la seule utilisation des combustibles fossiles, auxquelles s’ajoutent 5 à 6 milliards de tonnes liées à la déforestation et une douzaine de milliards en équivalent CO₂ pour les autres gaz à effet de serre. Soit environ 57 milliards de tonnes par an, dont 80 % imputables aux énergies fossiles.
La Chine représente 32 % de ces émissions, les États-Unis 13 %, l’Inde 8 %, l’Union européenne 6 %, la Russie 5 % et le Japon 2 %. « Ces six acteurs concentrent les deux tiers des rejets de CO₂ », rappelle Jean Jouzel, qui note au passage que l’Europe n’a pas été « un bon élève » en 2025, et que la France a réduit ses émissions de moins de 1 % entre 2024 et 2025, loin des –5 % par an nécessaires pour respecter la loi climat.
Agir vite
Dès 2015, l’accord de Paris reconnaissait que les contributions nationales (NDC) ne suffisaient pas : pour avoir une chance de rester sur une trajectoire 1,5 °C, il faudrait, en 2030, émettre 35 milliards de tonnes de CO₂ en moins que ce que promettent les engagements actuels. Les révisions de Glasgow puis de Belém n’ont pas comblé cet écart : « À horizon 2035, les mesures annoncées ne permettraient de réduire que 3 gigatonnes. Il en faudrait 17 pour rester sous 2 °C, 28 pour 1,5 °C. »
Face à ce décalage, le paléoclimatologue en appelle à un « sursaut » politique et social, citant les travaux de la Convention citoyenne pour le climat, « ambitieux, mais réalistes ». Et il prévient : « Si nous n’augmentons pas drastiquement nos efforts, nous compromettrons la capacité d’adaptation des jeunes d’aujourd’hui, notamment dans les régions les plus vulnérables comme l’Afrique ou les zones tropicales. »
En conclusion, Jean Jouzel revient au cœur des Assises du Grand Paris : la décarbonation des territoires. « La France n’atteindra pas la neutralité carbone sans un développement significatif des énergies renouvelables, aux côtés du nucléaire. À l’échelle planétaire, c’est encore plus vrai. ».

