A. Missoffe : « Le Grand Paris, c’est l’atelier des possibles »

Le directeur général de Paris-Ile de France Capitale Economique, Alexandre Missoffe, détaille les objectifs que se fixe l’association pour hisser le Grand Paris à la première place des métropoles les plus attractives. Un défi qui repose autant sur les réponses apportées aux enjeux du quotidien du Grand Paris que sur la promotion de son écosystème d’innovation unique au monde.

Rappelez-nous la vocation de Paris-Ile de France Capitale Economique ?

La mission de Paris-Ile de France Capitale Economique est de porter le rayonnement et l’attractivité du Grand Paris à l’international. Ce faisant, nous investissons beaucoup de domaines, car il ne faut surtout pas opposer « attractivité internationale » d’une part et « vie quotidienne des Grands-Parisiens » d’autre part. Les deux sont indissociablement liés et ce sont les mêmes enjeux qui vont concerner les décideurs économiques étrangers et les habitants du Grand Paris. L’époque est révolue où l’on considérait que la promotion du territoire devait s’adresser aux seuls chefs d’entreprise, qui ne seraient intéressés que par le coût de l’immobilier tertiaire, le niveau de la fiscalité, la réglementation et les charges.

Aujourd’hui, le chef d’entreprise qui envisage de déplacer son activité va échanger avec ses collaborateurs avant de choisir une implantation. Si, dans le cadre du Brexit par exemple, ses traders vedettes ou ses designers stars disent : « Je considère que telle ou telle destination est sale, polluée, trop dense, que l’on y vit mal et que les loyers y sont trop élevés, qu’il manque d’espaces verts et d’équipements sportifs », il va évidemment prendre cela en considération dans un arbitrage entre Paris, Francfort, Barcelone ou Amsterdam, par exemple. Autrement dit : soyons attractifs pour nous-mêmes, et nous le serons naturellement pour les autres !

Alexandre Missoffe. © Jgp

Vous allez saisir l’opportunité des élections municipales pour faire passer une série de messages ?

Il nous paraît essentiel en effet que, dans ce moment particulier de débats que sont les élections municipales, les candidats expriment la perspective des enjeux métropolitains dans leurs discours. Il y aurait une forme de dédain à considérer qu’il y a des sujets trop techniques pour être abordés dans une campagne, et que les électeurs n’y peuvent rien comprendre. Dans les enquêtes d’opinion, parmi les premières préoccupations figurent la qualité de l’air, la végétalisation, les transports en commun, le coût du logement, la circulation… or, une grande partie de la réponse à chacun de ces enjeux sera nécessairement supra-municipale. Traiter la question du Grand Paris, c’est s’attaquer aux questions du quotidien. Paris-Ile de France Capitale Economique souhaite ainsi continuer, comme elle l’a toujours fait, à proposer un cadre dans lequel on pose les vrais enjeux sur la table. A ce titre, nous avons identifié une série de chantiers, certains déjà bien avancés d’autres en démarrage, qui nous paraissent essentiels pour faire du Grand Paris un environnement attractif. Car faire la promotion du Grand Paris, ce n’est pas seulement répéter à qui veut bien l’entendre que nous sommes bons. C’est chercher à être meilleurs. Inlassablement.

Quels sont ces chantiers ?

Je citerai par exemple celui sur « la transformation de bureaux en logements ». Parce que le logement se classe au premier rang des enjeux d’attractivité, mais aussi pour montrer aux autres métropoles mondiales que le Grand Paris est une référence en termes d’innovation et d’agilité. L’innovation n’est pas l’apanage de la tech et du big data, ce sont aussi les innovations d’usage qui rendent la ville plus agile. C’est à la ville de s’adapter à l’homme et non pas l’inverse, comme on en a parfois l’impression. Les délégations que nous accueillons de tous les pays de monde sont très sensibles à la compréhension de ces mécanismes, y compris dans la dimension d’ingénierie de projet dont « Inventons la métropole du Grand Paris » est un très bel exemple. Le Grand Paris doit être le laboratoire urbain des enjeux auxquels toutes les métropoles du monde font face.

Vous insistez aussi sur l’importance du sport comme élément d’attractivité ?

Le sport et la pratique sportive se classent en tête parmi les critères d’appréciation de la qualité de vie. Le sport porte à la fois l’image du bien-être, de la santé, de l’effort. Mais c’est aussi les valeurs de l’esprit d’équipe, du collectif, du partage, de la fête et de la célébration. Pour une ville, devenir LA référence mondiale sur le sport peut être un enjeu de marque déterminant. Les entreprises privées qui investissent des milliards chaque année pour associer leur image à celle du sport l’ont bien compris. Parmi les métropoles, ce créneau reste à conquérir, tant aucune capitale mondiale ne peut prétendre aujourd’hui être une référence incontestée sur ce sujet.

Nous pensons que le Grand Paris peut conquérir aussi cette position-là et devenir la métropole « sport friendly » par excellence. Nos premiers travaux montrent que, par rapport à nos principaux compétiteurs européens, la pratique sportive dans le Grand Paris est plus développée qu’ailleurs. Si l’on prend l’exemple du golf, l’offre du Grand Paris est 17 fois supérieure à celle de Francfort, et cela se vérifie, à des degrés variables, pour beaucoup de disciplines. A travers les Jeux olympiques de 2024 et à l’heure du Brexit, le Grand Paris a une chance exceptionnelle de construire une image sur le sport, pas seulement au plus haut niveau mais sur la pratique sportive généralisée dans la ville.

Vous entendez aussi valoriser davantage l’artisanat d’art et l’industrie ?

Lorsque l’on parle d’innovation, on a tendance à ne penser qu’aux chercheurs et à Saclay. L’innovation, pourtant, est au moins aussi présente parmi ceux qui appliquent des procédés que chez ceux qui développent des processus. Mais c’est surtout dans le dialogue fertile entre ces deux mondes qu’elle s’épanouit, et c’est cela qui est un atout unique pour le Grand Paris. Lorsque des artisans d’art comme Steven Leprizé développent un procédé de bois « gonflable », ils ouvrent de nouveaux champs à l’industrie de la construction. Pareil pour les maquettistes qui ne font pas qu’exécuter les commandes des architectes, mais qui sont dans un dialogue fertile avec eux. Pareil pour le bronzier, le céramiste ou le tanneur qui vont attirer, sur notre territoire, des compétences du monde entier qui ont besoin de cette proximité d’échange avec des savoir-faire uniques. Parce que les artisans « connaissent » – presque au sens charnel – les matériaux qu’ils travaillent, ils sont pour les industriels bien plus que des sous-traitants, des accélérateurs d’innovation.

L’avion Solar impulse de Bertrand Piccard est une belle allégorie de ce phénomène : Il repose sur de la recherche scientifique bien sûr, et l’optimisation des 11 628 cellules photovoltaïques, mais aussi sur d’innombrables tests de tous les matériaux possibles pour optimiser le ratio envergure/masse et la résistance à des écarts extrêmes de température. Pour faire Solar Impulse, il faut des laboratoires mais il faut aussi des ateliers.

Or avec ses ateliers, ses instituts, ses artisans, ses écoles – parmi lesquelles Ferrandi ou Boulle, et sans même mentionner toutes celles de la mode – le Grand Paris est, de très très très loin, la première métropole mondiale de l’intelligence de la main ! Partant de là, nous voulons sortir d’une vision exclusivement patrimoniale de l’artisanat pour le revendiquer aussi comme un accélérateur d’innovation, et donc comme un critère de décision dans la localisation d’activités. Il y a déjà de magnifiques histoires à valoriser sur des découvertes nées de la rencontre entre une céramiste et l’industrie spatiale, entre un tapissier et un géant mondial des matériaux de construction, entre une couturière et une entreprise de santé, entre un ébéniste et un fabricant de voitures. Aucune de ces histoires n’aurait pu exister ailleurs que dans le Grand Paris, car nulle part ailleurs on ne retrouve tant de talents divers. C’est un critère différenciant et potentiellement décisif pour décider une entreprise étrangère à choisir la destination Grand Paris.

C’est tout cela qui fait force de l’écosystème grandparisien selon vous ?

Très largement, oui. Des grandes métropoles dynamiques, en Asie, au Moyen-Orient ou ailleurs peuvent investir dix fois plus que nous dans des réseaux de transport incroyablement performants et futuristes ; elles peuvent dépenser des montants astronomiques pour élever des buildings spectaculaires et des tours qui défient la gravité ; elles peuvent construire le plus grand incubateur, le plus grand laboratoire, la plus grande université. Mais, comme le disait une publicité célèbre pour une carte de crédit, « il y a certaines choses que l’argent n’achète pas » et, par une belle ironie, ce sont justement ces choses qui n’ont pas de prix qui ont le plus de valeur.

Or l’écosystème du Grand Paris est une chose qui ne peut ni s’acheter, ni se copier. L’écosystème du Grand Paris, c’est une pratique de fertilisation croisée entre tant de facteurs que la formule s’en est perdue, et qu’il ne nous en reste que le fruit.
Le regret que nous avons, c’est de ne pas tirer davantage de bénéfices de cette situation, de ne pas tout à fait exploiter notre chance à plein. L’exigence que nous devons avoir – et c’est le rôle du projet du Grand Paris et des nouveaux réseaux de transport – c’est de rapprocher les acteurs, d’ouvrir la métropole en partage et d’intensifier tous les dialogues.

Là résident l’atout singulier du Grand Paris et son rayonnement particulier. Si tous les spécialistes des villes viennent découvrir et étudier le Grand Paris, c’est parce qu’ils savent qu’ici, par tâtonnements collectifs, nous sommes en train d’inventer la ville de demain.

Selon vous le Grand Paris doit affirmer une première place d’ensemblier ?

Nous avons effectué un test sur le rang de Paris parmi les critères de la ville durable, sur les moteurs de recherche Internet. Pour chacun des critères, Paris n’est pas mauvais mais il n’est pas non plus premier. Or nous sommes dans un monde du Winner takes it all, où il faut être identifié pour son excellence. Nous l’avons dit précédemment, le Grand Paris peut légitimement prétendre s’imposer en quelques années comme LA référence mondiale parmi les métropoles, pour le sport ou pour l’artisanat, ou par sa position de place juridique, ou pour l’innovation sociale, les équipements scientifiques…

Mais plus utilement peut-être encore, le Grand Paris peut faire de sa dispersion une force et, là où d’autres sont premiers en ceci ou en cela, nous serions reconnus pour l’animation systémique de l’ensemble de ces dimensions.

Paris-Ile de France Capitale Economique cherche également à s’inspirer des bonnes pratiques mises en œuvre à l’étranger ?

Il est toujours stimulant d’être aiguillonné par la compétition internationale. Je suis ravi d’accueillir des délégations toujours plus nombreuses, qui viennent challenger les routines dans lesquelles s’assoupissent ceux qui se croient trop tôt arrivés.
Nous sommes là pour favoriser les échanges entre les grands projets métropolitains, qui sont souvent confrontés aux mêmes défis. Lorsque l’on dialogue avec le Grand Moscou, le Grand Toronto ou la Greater Bay Area, bâtir des territoires plus efficaces, les mettre en réseau, maîtriser le coût du logement, déployer une stratégie d’attractivité par la qualité de vie constituent des sujets partagés.

Nous profitons du dynamisme du projet du Grand Paris pour affirmer l’image et la réputation de la métropole de l’innovation. Nous mesurons tout cela avec des objectifs chiffrés, analysés chaque année, visant à faire du Grand Paris la première destination au monde pour le nombre d’investissements étrangers. Depuis trois ans, nous ne cessons de progresser dans ces mesures et la première place est désormais à portée ! Mais pour que le succès soit durable, nous voulons également que Paris soit la première métropole au monde en termes de ressenti des habitants pour sa qualité de vie, en matière de mobilité, de logement, d’espace vert, de pratique culturelle ou sportive et d’équilibres sociaux. De notre attractivité, les citoyens du Grand Paris sont les ambassadeurs autant que les révélateurs.

Sur le même sujet

Top

Centre de préférences de confidentialité

    Cookies strictement nécessaires

    Ces cookies sont indispensables au bon fonctionnement du site web et ne peuvent pas être désactivés de nos systèmes. Ils ne sont généralement qu'activés en réponse à des actions que vous effectuez et qui correspondent à une demande de services, comme la configuration de vos préférences de confidentialité, la connexion ou le remplissage de formulaires. Vous pouvez configurer votre navigateur pour bloquer ou être alerté de l'utilisation de ces cookies. Cependant, si cette catégorie de cookies - qui ne stocke aucune donnée personnelle - est bloquée, certaines parties du site ne pourront pas fonctionner.

    PHP - Cookie de session, gdpr[allowed_cookies], gdpr[consent_types]

    Advertising

    Cookies de performance

    Ces cookies nous permettent de déterminer le nombre de visites et les sources du trafic sur notre site web, afin d'en mesurer et d’en améliorer les performances. Ils nous aident également à identifier les pages les plus / moins visitées et à évaluer comment les visiteurs naviguent sur le site. Toutes les informations, collectées par ces cookies, sont agrégées et donc anonymisées. Si vous n'acceptez pas cette catégorie de cookies, nous ne pourrons pas savoir quand vous avez réalisé votre visite sur notre site web.

    _ga, _gat, _gid

    Other