Emmanuel Grégoire a lancé, vendredi 20 novembre 2020, une vaste démarche d’élaboration par la Ville d’un manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne. Il s’agit notamment de coordonner, par un référentiel interne, rédigé au terme d’un grand débat lancé ce jour, les interventions annoncées pour transformer Paris tout en préservant le patrimoine qui en fait la richesse, la beauté et la renommée. L’occasion, aussi, de reposer le débat sur la hauteur.
Atteindre l’équilibre, entre la préservation de la richesse patrimoniale de la ville, son adaptation aux défis du temps et l’innovation que ceux-ci requièrent. C’est la feuille de route qu’a tracée Emmanuel Grégoire en lançant, vendredi 20 novembre, la démarche d’élaboration d’un manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne. Le 1er adjoint de la maire de Paris, en charge de l’urbanisme, de l’architecture, du Grand Paris et des relations avec les arrondissements, a d’abord brossé un rappel historique en forme de name-dropping, d’Henri IV à Georges Pompidou ou Jacques Chirac, en passant par Napoléon (I et III), le baron Haussmann, citant également Adolphe Alphand pour les parcs et jardins ou Hector Guimard pour les entrées des stations de métro. L’élu a également rappelé quelques-unes des polémiques qui marquèrent l’histoire urbanistique de la Capitale, de la tour Eiffel à la pyramide du Louvre en passant par le centre Georges Pompidou, la fontaine Stravinsky ou les colonnes de Buren. « Comme pour l’esthétique des bâtiments, les Parisiennes et les Parisiens sont attachés aux mobiliers urbains de leur ville, ajoute Emmanuel Grégoire : colonnes Morris, bancs Alphand, fontaines Wallace. On se souvient en 2006 de la polémique soulevée par la décision de Bertrand Delanoë de supprimer 223 colonnes Morris pour désencombrer l’espace public ».
« Le respect de la grammaire haussmannienne, dans laquelle nous nous inscrivons, ne doit pas être un frein à l’innovation », a-t-il souligné. Les nouveaux usages de l’espace public (trottinettes, pistes cyclables), la végétalisation et la décrue de la part modale dévolue à l’automobile, compte tenu de l’urgence climatique, de même que l’aspiration des Parisiens à une plus grande qualité de vie, renforcée par la pandémie, ont été cités au rang des raisons de la mobilisation de la ville pour la transformer. Cela tout en veillant, justement, à coordonner son action en la matière afin de préserver la beauté de la Capitale.
Un imaginaire bouleversé
« Finies les skylines de béton et de verre, finie la pierre seule, bienvenue aux matériaux biosourcés…, indique Emmanuel Grégoire. Loin d’impacter seulement le mobilier urbain, c’est tout notre imaginaire lié à la ville qui est en train d’être bouleversé. Le changement climatique va aussi transformer les bâtiments : la stratégie zéro carbone va redessiner l’architecture des villes avec de nouveaux matériaux par exemple, qui imposeront de nouvelles couleurs ».
« Compte tenu de la densité de la ville, nous devons, en matière de végétalisation, mener une politique opportuniste, c’est-à-dire utilisant chaque possibilité », a résumé l’élu. Il a cité les forêts urbaines, actuellement à l’étude, comme autant de défis techniques et financiers.
Emmanuel Grégoire a souligné au passage la diversité des signatures qui distinguent les quartiers de Paris les uns des autres. Il a mentionné également les multiples délégations de la ville qui seront impliquées dans cette démarche et qu’il s’agit précisément de coordonner, grâce à un référentiel interne que la ville va rédiger. La réflexion engagée intégrera aussi l’urbanisme de genre, afin notamment d’éviter les effets d’évictions de certains aménagements dont sont victimes des femmes (absence d’éclairage, passages déserts, etc.).

L’émergence des nouvelles mobilités constitue une des raisons de la nécessité de transformer de nouveau Paris. © Jgp
Une réflexion sur l’esthétique métropolitaine
Le premier adjoint à la maire de Paris a annoncé que, sous la férule de son directeur de l’urbanisme Stéphane Lecler, la Ville allait officialiser la conception déjà en vigueur du permis de construire comme l’acte final d’un projet et non pas son point de départ. Paris souhaite, en l’occurrence, être associée très en amont aux projets immobiliers par leurs concepteurs, face à un code des marchés publics dont l’application bride les possibilités de dialogue.
Cette réflexion sur l’esthétique de Paris sera métropolitaine et Patrick Ollier, le président de la Métropole, invité à y prendre part. « Pourquoi ne pas imaginer un objet qui porterait la signature du Grand Paris, dans l’espace public des communes de son périmètre ? », a interrogé Emmanuel Grégoire.
A un concours d’urbaniste organisé pour rédiger ce manifeste pour une nouvelle esthétique de Paris, la mairie a préféré un large processus d’élaboration (voir calendrier ci-dessous), assorti d’une série de concours et d’appels à idées auprès de designers, architectes, « sur des objets totémiques de l’espace public, qui permettront d’installer une nouvelle grammaire, basée sur les usages des Parisiens ». Anne Hidalgo elle-même présentera prochainement la liste de ces appels à projets.
« À travers la consultation de grands architectes mais aussi des enfants, des Parisiens et des Grands-Parisiens, nous ferons émerger des lignes de convergences. Nous sommes bien évidemment prêts à porter la contradiction avec nos détracteurs, c’est pourquoi nous organiserons des débats avec eux pour examiner ensemble ce sujet majeur », a également indiqué Emmanuel Grégoire. Par ailleurs, un travail d’inventaire de l’ensemble du mobilier urbain existant sur l’espace public, dans toutes les directions internes de la Ville ainsi qu’auprès des partenaires externes qui en sont responsables, sera mené « afin d’engager le désencombrement du paysage urbain ».
Le calendrier
Janvier 2021
- Lancement des « mini-concours » auprès de designers et architectes sur des objets totémiques de l’espace public ;
- Lancement de la consultation espace public, conduite par Jacques Baudrier, dans 17 quartiers, issus de chaque arrondissement, avec une réunion spécifique dédiée à l’“esthétique” qui sera ouverte à l’ensemble des habitants de l’arrondissement ;
- Lancement d’une boite à idée sur idées « Paris ouverte à tous » ;
- Organisation de promenades avec les services de la Ville pour réfléchir au désencombrement du mobilier urbain ;
- Rencontres et travail informel avec la sphère des urbanistes, architectes, designers et paysagistes.
Printemps 2021
- Ouverture au public d’une exposition au Pavillon de l’Arsenal sur les mouvements urbanistiques et le mobilier urbain à Paris depuis plusieurs siècles, avec la publication d’un catalogue d’exposition et la mise en place d’une boite à idées ;
- Organisation d’une consultation des enfants à l’école élémentaire (6-11 ans) dans le cadre de trois ateliers périscolaires afin d’avoir leur vision de « la ville à hauteur d’enfants » par le CAUE, avec des promenades urbaines et restitution lors d’ateliers de photomontages ; organisation de ballades urbaines spécifiques avec des interlocuteurs externes pour les Parisiens.
Juin 2021
- Restitution des groupes de travail des élus de l’exécutif
- Référentiel des bonnes pratiques internes : Jacques Baudrier et Colombe Brossel ; Rénovation urbaine et quartiers populaires : Karen Taieb et Anne-Claire Boux ;
- Nouveaux enjeux de végétalisation et de mobilité : Christophe Najdovski et David Belliard ;
- Culture et mémoire : Carine Rolland et Laurence Patrice ;
- Accessibilité de l’espace public : Jacques Galvany ;
- Genre dans l’espace public : Hélène Bidard ;
- Un groupe transversal budget et ressources humaines : Antoine Guillou et Paul Simondon.
Fin 2021
Rendu public du manifeste et de ses déclinaisons normatives et internes.
« Pour mettre en place ce manifeste, Paris va lancer plusieurs mécanismes de participation locale auxquels tous les Parisiens seront invités à participer, indique la Ville. Des publics cibles spécifiques seront également intégrés par le biais d’autres dispositifs : les enfants, les agents de la Ville, les créatifs (architectes, designers, paysagistes et urbanistes, etc.) et les écoles. « Cette consultation permettra de définir ensemble de nouvelles règles esthétiques au sein d’un document intitulé “Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne” », soulignent également les services de la Capitale.
La mairie annonce également que trois « livrables » accompagneront la démarche :
– une somme de contributions scientifiques sur l’esthétique parisienne pour laquelle seront sollicités de nombreux universitaires et professionnels et qui donnera lieu à une exposition au Pavillon de l’Arsenal ;
– l’intégration normative dans le plan local d’urbanisme bioclimatique, révisé en 2023. « Cette intégration au PLU permettra d’affiner l’harmonisation, la hauteur, les matières qui feront les bâtiments de demain », indique la ville.
– un référentiel d’actions pour l’administration parisienne sur le design urbain et le mobilier urbain.
« La prévention française, et particulièrement parisienne, contre la hauteur des tours est, à mes yeux, tout à fait rétrograde. On ne peut pas se figer dans le passé. Paris n’est pas une ville morte, ce n’est pas un musée à entretenir. », écrit le 1er adjoint à la maire de Paris, citant Georges Pompidou. « C’est la crise économique de la fin des années 1970 qui met un coup d’arrêt aux constructions en hauteur, notamment avec l’annulation symbolique de la construction de la tour Apogée place d’Italie qui devait culminer à 180 mètres, poursuit-il. À partir de 1967 s’ouvre une ère « d’inspiration néo-haussmannienne », comme la qualifie François Chaslin dans un passionnant article sur les « hauteurs de Paris ». Ce débat sur la hauteur doit être reposé aujourd’hui à l’aune de différents éléments : l’empreinte environnementale du bâti, la fonctionnalité, l’esthétique architecturale, l’arbitrage entre horizontalité et préservation de la pleine terre. En parallèle, s’est développé dans les années 1960 un urbanisme très protecteur, issu des lois Malraux et de la création des programmes de sauvegarde et de mise en valeur. »
« Les mobiliers urbains de demain pourraient être multifonctionnels afin de rationaliser l’utilisation de l’espace et offrir aux Parisiennes et aux Parisiens de nouveaux services publics, indique également Emmanuel Grégoire dans sa note. On peut imaginer par exemple des poubelles végétalisées, des bancs-chargeurs, des mobiliers protecteurs. Ils pourraient aussi être temporaires, modulaires, saisonniers et capables de se déplacer de façon autonome. Nous pensons également à des mobiliers qui viendraient accompagner la végétalisation et le rafraîchissement de l’espace public : ombres, fontaines, pieds d’arbre, brumisateurs, afin de multiplier les îlots de fraîcheur urbains. Les places de stationnement et tous les espaces rendus par la diminution de l’usage de la voiture peuvent offrir également de nouvelles opportunités, à l’image de ces nouvelles terrasses temporaires apparues avec le déconfinement. Nous devons également apporter un soin particulier à l’éclairage public, qui sécurise tout en embellissant. La gradation de l’éclairage en fonction des espaces, les choix appropriés de spectre et de densité lumineuse, la modulation horaire et la détection de présence peuvent participer à la restauration de la biodiversité et à la lutte contre la pollution lumineuse ».
Téléchargez la note d’Emmanuel Grégoire sur une nouvelle esthétique parisienne, publiée par le Fondation Jean Jaurès.

