Rénovation énergétique : l’inlassable combat de Grand Paris Grand Est

Depuis 2019, le Parcours de rénovation énergétique performante (PREP) vise à transformer la manière dont les habitants de Grand Paris Grand Est abordent la question de la rénovation énergétique de leurs logements. Mené sous l’impulsion conjointe de Rolin Cranoly, maire (LR) de Gagny et vice-président de Grand Paris Grand Est (GPGE) et Xavier Lemoine, maire (DVD) de Montfermeil et président de GPGE, le dispositif a pour but d’offrir aux foyers les plus modestes un accès simplifié et sécurisé aux aides pour améliorer l’efficacité énergétique de leur habitat. Et à éviter la dégradation de l’habitat pavillonnaire devenu parfois le dernier refuge des marchands de sommeil.

Le Prep (Parcours de rénovation énergétique performante) prend racine dans les années 2010, une période marquée par la dégradation du tissu pavillonnaire dans de nombreuses communes de la périphérie parisienne. A Montfermeil (Seine-Saint-Denis), le mal-logement connaît un transfert géographique progressif. « Le programme de rénovation urbaine mené grâce à l’Anru [Agence nationale pour la rénovation urbaine] dans des cités telles que les Bosquets a abouti à conduire les populations en difficulté vers le centre-ville historique de Montfermeil. Puis les opérations de rénovation entreprises avec l’Association nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah) dans le centre-ville, ont déplacé le problème vers les zones pavillonnaires », décrit Xavier Lemoine, maire de Montfermeil. « Des pavillons anciens devenus au fil du temps et du sous-investissement pour leur entretien de véritables passoires énergétiques », poursuit l’élu.

Xavier Lemoine, président de Grand Paris Grand Est, maire de Montfermeil. © Jgp

Des pavillons anciens sont devenus au fil du temps et du sous-investissement pour leur entretien de véritables passoires énergétiques. © Jgp

Au mitan des années 2010, les pouvoirs publics y constatent une explosion du nombre de logements insalubres. Des habitants, souvent dans des situations précaires, se retrouvent contraints de louer leur garage ou leur sous-sol pour se solvabiliser face à des charges de chauffage qui explosent, se transformant en marchands de sommeil plus ou moins volontaires.

Réduire les factures d’énergie des ménages

Xavier Lemoine, qui se rend chaque été à l’université d’été d’E5T (pour « énergies, efficacité énergétique, économie, environnement et territoires ») organisée sur ces questions par le président de la Fondation espérance banlieues Eric Mestrallet à La Rochelle, y acquiert la conviction que l’accompagnement à la rénovation énergétique de ces pavillons constitue la bonne porte d’entrée pour traiter ce problème.

« Avec l’aide de la Caisse des dépôts et consignations, de la préfecture de Région et de la métropole du Grand Paris, le projet Prep est conçu pour intervenir spécifiquement dans ces zones dégradées, où les travaux de rénovation thermique semblaient un défi insurmontable pour les foyers modestes, compte tenu du montant élevé des coûts de travaux », indique Florence Presson, actuellement coordinatrice de ce programme à Grand Paris Grand Est (*). Le but : réduire les factures d’énergie des ménages tout en leur offrant un accompagnement de A à Z, de la sensibilisation aux aides financières, jusqu’à la réalisation des travaux et l’accompagnement à l’usage du logement rénové.

Trois tiers de confiance

Le principe fondateur du Prep repose sur la notion de « tiers de confiance ». Premier tiers de confiance, celui qu’incarne le maire de Montfermeil, dont la proximité avec les habitants rassure ces derniers et qui connaît par cœur le tissu pavillonnaire de sa commune. L’élu joue en l’occurrence un rôle-clé en tant que prescripteur. « Les habitants font davantage confiance à leur maire qu’à des entreprises qui se présentent sans garantie », explique Xavier Lemoine. Une campagne de sensibilisation et d’information des habitants est organisée. Elle passe par des visites de terrains, l’organisation de conférence-débats et de webinaires.

Florence Presson, coordinatrice de la Prep. © Jgp

La Ville sélectionne par ailleurs des artisans locaux, formés et coordonnés, qu’elle peut recommander aux foyers qui s’engagent dans le parcours de rénovation. C’est le deuxième tiers de confiance. Avec l’aide de la Drieets (**) et de la Chambre de métiers de Seine-Saint-Denis, qui mettent à disposition de Grand Paris Grand Est une personne dédiée, grâce au soutien également de la Capeb Grand Paris (***), Montfermeil puis Grand Paris Grand Est ont ainsi mis en place un réseau d’artisans spécialisés, formés aux méthodes de rénovation performante du bâti. « On ne peut pas se substituer à la liberté de choix des gens qui vont faire les travaux, mais ils savent qu’ils peuvent disposer d’un certain nombre d’équipes qui ont été formés à la méthode de Dorémi », détaille Xavier Lemoine. « Il ne suffit pas d’isoler les murs ou de changer les fenêtres. Il faut que chaque intervention se superpose intelligemment aux autres avec une coordination et implication forte des artisans pour obtenir un résultat efficace », précise Florence Presson. Objectif : une réduction drastique de la facture énergétique, avec des gains pouvant atteindre jusqu’à 60 %.

53 communes du Grand Paris engagés dans le dispositif

Enfin, le troisième tiers de confiance est financier. La complexité des dispositifs d’aide, comme les crédits d’impôt, les subventions de l’Anah, les certificats d’économie d’énergie (CEE) ou encore le programme « MaPrimeRénov' », nécessite une expertise que l’équipe du Prep met à disposition des habitants. « Le financement est un levier essentiel. Nous avons réussi à fédérer des acteurs privés et publics pour permettre aux familles d’accéder à des solutions financières viables », explique Xavier Lemoine. Eric Mestrallet et Florence Presson, promoteurs du Prep, rencontrent et travaillent avec les banques, La Nef, La Banque postale et les ministères concernés pour développer le dispositif.

Parallèlement, la métropole du Grand Paris signe avec l’Etat le programme Sare (service d’accompagnement à la rénovation énergétique) et relaye le Prep avec les agences locales de l’énergie et du climat (Alec) auprès de ses communes membres. Le dispositif Facilaréno, mené par l’association Negawatt, favorise la montée en compétence des artisans locaux.

Eric Mestrallet, président de la Fondation espérance banlieues. © DR

Progressivement, né à Montfermeil, le programme est repris à partir de 2021 par Grand Paris Grand Est. Et s’élargit encore : 53 communes du Grand Paris s’engagent dans la démarche. « Le principal défi reste aujourd’hui la fluidification des démarches administratives, le temps de traitement des dossiers et surtout la stabilité des aides actuelles avec le maintien, voire l’augmentation du budget d’Etat lié aux enjeux de la transition énergétique », souligne Florence Presson.

Uniformiser le dispositif

Depuis l’automne dernier, Grand Paris Grand Est va plus loin encore, avec le dispositif Regain. L’initiative, lancée le 17 septembre 2024 dans le cadre de l’appel à projets Oreno de l’Ademe, permet de tester un dispositif dispensant les ménages de tout reste à charge pour assurer la rénovation énergétique de leur logement, financée grâce aux économies générées.

« Aujourd’hui, le processus doit être uniformisé à l’échelle de la métropole du Grand Paris pour que chacun, quel que soit son lieu de résidence, puisse accéder aux mêmes opportunités », insiste Eric Mestrallet. « Nous avons montré que le modèle est viable et qu’il peut avoir un impact majeur sur la qualité de vie des habitants. Nous voulons désormais le déployer de manière plus large, notamment via des dispositifs comme le programme « Territoire zéro exclusion Énergétique », qui facilite l’accès à la rénovation pour les ménages très modestes », explique Xavier Lemoine. Nous avons besoin de la mobilisation de tous les acteurs, des collectivités locales aux ministères, pour faire de la rénovation énergétique une priorité publique. Si l’on n’y prête garde, le pavillonnaire sera le futur lieu nécessitant le déploiement des crédits de la politique de la ville », conclut Eric Mestrallet.

(*) Florence Presson est également adjointe au maire de Sceaux (Hauts-de-Seine) aux transitions et à l’économie circulaire et solidaire

(**) Drieets : Direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités

(***) Capeb : Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment

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