Pierre-Yves Bournazel : « Paris a besoin d’un nouveau souffle, je suis celui qui l’incarnera »

Conseiller de Paris depuis 2008, il estime – à 47 ans – que son tour est venu de devenir maire de la Capitale. Le 3 juin, Pierre-Yves Bournazel (Horizons) lancera officiellement sa campagne au théâtre du Trianon, en présence d’Edouard Philippe. Homme de droite et admirateur de l’ancien édile PS Bertrand Delanoë, il nous dévoile plusieurs propositions de son programme : « brigades de police municipale spécialisées », « 1 000 rues végétales », immatriculation des « fatbikes », création d’un « fonds commun métropolitain » pour construire des logements dans le Grand Paris, etc.

Après vous être incliné dans une primaire face à Nathalie Kosciusko-Morizet en 2014, puis effacé devant Benjamin Griveaux en 2020, êtes-vous candidat à la mairie de Paris en 2026 ?

Le moment venu, je ferai part de mes intentions aux Parisiennes et aux Parisiens. En 2026, j’entends être, non pas une troisième voix, mais la voix qui compte à Paris, celle d’un changement positif, progressiste, fondé sur une légitimité, une maturité, un parcours sincère et authentique. Mon ambition est d’apporter des solutions concrètes, créatives, opérationnelles. Paris a besoin d’un nouveau souffle. Je suis celui qui l’incarnera.

Pourquoi pensez-vous être un bon candidat ?

Je suis préparé et déterminé. Pour moi, Paris n’est pas un marchepied, c’est une vocation, une passion, un engagement total. Depuis 17 ans, patiemment et fidèlement, j’ai construit les fondations. Je suis un élu de proximité, qui pratique une opposition constructive. Je suis capable de dire que des choses vont dans la bonne direction – il faut être sectaire pour ne pas le voir – mais que l’exécution n’est pas toujours la bonne.

Pierre-Yves Bournazel (Horizons), candidat à la mairie de Paris en 2026. © Jgp

D’autres, comme Rachida Dati ou Francis Szpiner, sont déjà en lice à droite…

Les Parisiennes et les Parisiens ne voudront pas d’un choix fermé entre une majorité à bout de souffle et une opposition caricaturale, frontale, qui ne cherche qu’à détruire.

Pourraient-ils être empêchés par la justice ?

Je ne compte pas là-dessus pour gagner. J’entends convaincre les Parisiens et les Parisiennes avec mes idées. Je veux aussi régénérer la vie démocratique, faire en sorte que les gens ne se détournent plus de la politique. Comme dirait Bertrand Delanoë, Paris doit avoir un temps d’avance sur la question de l’éthique.

Rachida Dati n’est-elle pas la candidate naturelle de la droite ?

Les candidats de l’alternance ne se ressemblent pas. Pour ma part, aucune puissance, ni financière, ni économique, ni politique ne pèse sur ma conscience. Aucune de ces forces ne me fera dire le contraire de ce que je pense bon pour l’avenir de notre ville. Je suis un homme libre, indépendant d’esprit. Pour moi, 2026 n’est pas une revanche ou une vengeance.

Dans un sondage Ifop paru dans le Figaro fin mars, Rachida Dati est créditée de 35 % des intentions de vote ; vous de 31 %…

Si on devait se fier à l’instantané d’un sondage, Bertrand Delanoë n’aurait jamais pu être candidat en 2001 face à Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang, puis Philippe Seguin. Jamais Emmanuel Macron n’aurait pu se présenter à la présidence de la République en 2017. Pas plus que Jacques Chirac en 1995, face à Edouard Balladur. A Paris, où les habitants ont l’âme frondeuse, c’est encore plus vrai. Cette ville est un cimetière de favoris. Tous ont été battus dans les urnes : Michel d’Ornano, le candidat de Giscard, en 1977 ; Pierre Joxe, le candidat de Mitterrand, en 1989 ; Philippe Seguin, le candidat de Chirac, en 2001 ; Nathalie Kosciusko-Morizet, la candidate de Sarkozy, en 2014 ; Benjamin Griveaux, le candidat de Macron, en 2020. C’est systématique.

Vous avez lancé une campagne de don pour « franchir une nouvelle étape décisive ». Laquelle ?

C’est l’étape qui nous permettra de faire connaître notre projet et d’enclencher la dynamique. Nous organisons une grande soirée, le 3 juin, au Trianon [18e arrondissement].

Edouard Philippe sera là ?

Il sera là, bien sûr. Mais il ne sera pas le seul. Lors de mes vœux, le 31 janvier dernier, il y avait des personnalités politiques comme Jean-Michel Blanquer [ancien ministre de l’Education], Agnès Buzyn [ancienne ministre de la Santé et candidate à la mairie de Paris en 2020], Nicole Notat [ancienne secrétaire générale de la CFDT], Florence Berthout [maire du 5e arrondissement], ou encore la chanteuse Fabienne Thibeault ou l’écrivaine Christine Angot… et tant d’associatifs parisiens engagés au quotidien pour notre qualité de vie.

Pierre-Yves Bournazel, déjà en campagne, place Jules Joffrin. © Jgp

Quelle méthode revendiquez-vous ?

Avec les 367 citoyens experts qui m’accompagnent et nos 11 groupes de travail, nous réfléchissons à l’avenir de Paris et du Grand Paris. Notre projet compte déjà 160 propositions. Nous avons élaboré un document dénommé « Et vous, maire de Paris, quelle serait votre priorité ? », qui recense – via un QR code – plus de 3 000 contributions spontanées. Je suis aussi allé à Londres, Berlin, Rome, Madrid, pour m’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs ; en juin, j’irai à Stockholm.

Bertrand Delanoë – qui vous a soutenu aux dernières législatives face à Aymeric Caron (LFI) – vous encourage-t-il ?

J’ai de l’estime pour Bertrand Delanoë, mais je ne me permettrai pas de parler à sa place. Il m’inspire parce qu’il a été dans l’opposition pendant 24 ans, qu’il aimait Paris avec abnégation. Il a fait la démonstration que ce qui compte, ce ne sont pas les sondages ou la notoriété, mais la vision et le projet, l’engagement et la légitimité. En plus, il a été un très bon maire de Paris. Avec lui, le tramway des Maréchaux a été une réussite ; de même que Paris Plage, Nuit Blanche, le 104, la Gaîté Lyrique… Avec lui, Autolib’, ça marchait ; les couloirs de bus aussi. Il a apaisé Paris, en a pris soin, était attentif à sa beauté, à son patrimoine, à son espace public.

Pour vous, Bertrand Delanoë a été un bon maire ; pas Anne Hidalgo ?

Je ne fais pas du Hidalgo bashing, mais je constate que ses liens avec les citoyens se sont distendus. Ils ont le sentiment de ne plus être entendus. Abandonner les comptes rendus de mandat annuels dans les arrondissements a été une faute majeure ; je les réinstaurerai. Par ailleurs, je conteste la trajectoire financière et l’endettement de Paris, la politique menée sur la propreté, la tranquillité, le bruit, les choix esthétiques hasardeux, etc. Cela ne m’empêche pas de respecter Mme Hidalgo ; on me l’a même reproché.

Que garderez-vous de son bilan ?

Contrairement à d’autres, je ne veux pas casser tout ce qui a été fait. Quand Mme Hidalgo crée l’éveil musical dans les écoles, c’est une belle idée ; on va le poursuivre. De même, je ne démolirai ni l’aménagement des voies sur berges ni les pistes cyclables… même si on peut faire différemment pour protéger les piétons. Cela passe par des feux aux bons endroits, le civisme, des sanctions. La police municipale sera dotée de brigades spécialisées. On peut aussi imaginer l’immatriculation des « fatbikes », pour verbaliser les contrevenants, par la vidéo.

Faut-il accélérer ou freiner la réduction de la place de la voiture dans Paris ?

La lutte contre la pollution et le réchauffement climatique sont des impératifs écologiques. Outre le vélo, il faut plus de bus et une meilleure qualité de service des métros, dont la régularité s’est dégradée ces dernières années. Quant aux aménagements de l’espace public, ils doivent intégrer la question esthétique. Pourquoi faudrait-il que les travaux soient moches ? Au cœur de ma stratégie, il y aura l’idée de faire du beau et du vert. Comme me le répète souvent Fabrice Luchini, citant Roland Barthes : « Je n’aime une ville que quand elle est habitable. »

Approuvez-vous la politique de végétalisation ?

Pour une ville plus écologique, je souhaite créer non pas 500 mais 1 000 rues végétales en six ans. Dès mon élection, je demanderai une étude pour la végétalisation des boulevards des Maréchaux, et la création d’oasis sur toutes les placettes de Paris. Je ferai de la petite ceinture le premier poumon vert de Paris, avec une vraie continuité, où les Parisiennes et des Parisiens pourrons se promener, se poser, y cultiver des potagers, faire du sport.

Pierre-Yves Bournazel. © Jgp

La propreté et la sécurité restent des sujets prioritaires pour vous ?

Bien sûr. Pour une ville plus propre, je propose de privatiser l’ensemble de la collecte des ordures ménagères, ce qui permettra de remettre les agents sur le terrain, et ainsi de doubler les équipes de balayage. J’envisage aussi d’améliorer et développer le tri des déchets. Quant à la tranquillité publique, mon idée est de créer des brigades de la police municipale spécialisées selon les problèmes dans les quartiers : lutte contre le bruit, contre les incivilités et la petite délinquance, etc.

En matière de finances publiques, comment faites-vous pour économiser 1 milliard d’euros sur la mandature ?

Je veux diminuer la dette sans augmenter les impôts, tout en gardant une marge de manœuvre pour accroitre l’investissement. Mon plan d’économie implique de réduire les dépenses de fonctionnement et de baisser le train de vie de l’Hôtel de ville. Dès le printemps 2026, je mettrai un terme aux voitures avec chauffeur pour l’ensemble des élus et des fonctionnaires de la Ville, soit environ 23 millions d’euros d’économies. J’arrêterai les jetons de présence pour les élus qui siègent dans les sociétés d’économie mixtes parisiennes. Je stopperai le journal papier A Paris. Au fil de la mandature, je ne remplacerai pas tous les hauts fonctionnaires qui partiront à la retraite. Je veux débureaucratiser l’administration parisienne, lui préférer les agents sur le terrain, à la propreté, la petite enfance, la police municipale… Surtout, il faut impérativement lutter contre l’absentéisme des fonctionnaires municipaux.

C’est-à-dire ?

L’absentéisme est un véritable fléau à Paris, qui coûte plusieurs centaines de millions d’euros chaque année. Je m’y attaquerai grâce au bien-être au travail : je veux que les agents publics puissent faire du sport avant de commencer le travail, à leur pause déjeuner ou après leur journée. Je créerai des lieux pour qu’ils se sentent mieux, développerai des soutiens sur le plan médical, psychologique ou social. Ils seront aussi prioritaires pour accéder aux logements de la Ville et bénéficieront d’une meilleure progression de carrière. Il y aura également des sanctions et, comme à Bordeaux, des contrôles administratifs sur les certificats médicaux.

Quelle est votre vision du Grand Paris ?

Ne pas placer le Grand Paris au cœur des priorités de la prochaine mandature serait une faute majeure. On a pris trop de retard. L’avenir de Paris se joue dans une communauté de destin avec sa métropole. Au-delà d’un idéal, c’est une nécessité pragmatique pour répondre aux grands défis de notre temps. Il est nécessaire de porter une loi pour renforcer les compétences de la Métropole, afin qu’elle soit plus intégrée et plus efficace sur la lutte contre le réchauffement climatique, l’attractivité économique, le tourisme et surtout le logement. Avec Daniel-Georges Courtois [conseiller de Paris du 15e et conseiller métropolitain], qui pilote le groupe de travail sur le Grand Paris, nous y travaillons.

Quelles sont vos solutions face à la crise du logement ?

C’est une priorité absolue, que nous devons penser à l’échelle du Grand Paris. Notre ville ne pourra pas répondre seule à la crise du logement. D’où ma proposition de créer un fonds commun métropolitain de l’habitat, qui nous permettrait, avec les communes qui le souhaitent, et les bailleurs, de financer ensemble la construction d’écoquartiers. La Ville pourra ainsi participer à la production de logements sociaux, intermédiaires ou privés, en dehors de son territoire.

Quid du logement social dans Paris ?

La préemption permanente d’immeubles ou de logements privés dans le diffus, pour en faire du logement social, ne doit plus être la règle. C’est beaucoup trop onéreux. En revanche, je suis favorable au rachat par la Ville des immeubles insalubres et des bureaux usagés pour les transformer en logements. Par ailleurs, je changerai la politique d’attribution des logements sociaux, pour les réserver à ceux qui en ont le plus besoin, notamment les familles, ainsi que ceux qui travaillent pour Paris : personnels soignants, enseignants, forces de l’ordre, ou salariés modestes du privé. Je souhaite encore que la Ville rachète les hôtels 1 étoile, pour y aménager de l’hébergement d’urgence, à destination des SDF, notamment les mamans qui vivent dans la rue avec leurs enfants. Je porte aussi l’idée d’un Airbnb de la solidarité, encadré par les associations et la mairie, qui permettra d’accueillir un jour, une semaine, un mois, des personnes en difficultés, dans une chambre de son appartement.

Pierre-Yves Bournazel. © Jgp

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