P-A Gailly : « Une ardente nécessité de réveiller la métropole »

Pierre-Antoine Gailly, président de la chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France, déplore qu’une absence de vision claire de la métropole, au plus haut niveau de l’Etat, risque de compromettre ou de ralentir la nécessaire dynamisation de la région capitale.

Quel regard portez-vous sur la gestation complexe de la métropole du Grand Paris ?

Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire est que l’on n’y voit pas clair. Rares sont les entreprises et leurs représentants présents au sein du comité des partenaires économiques de la mission de préfiguration de la métropole. Notre certitude est qu’il existe un besoin de clarification énorme. Or à la vue de ce qui se dessine actuellement, nous risquons d’aboutir à un système issu d’un consensus mou, très éloigné de l’objectif attendu par la CCI et par ses membres. Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, savent parfaitement que si le Grand Paris vacille, elles ne vont pas bien elles-mêmes. Chacun reconnaît donc qu’il existe aujourd’hui une ardente nécessité de réveiller la métropole. Il y a eu un formidable enthousiasme lors de la présentation du tracé du Grand Paris express, qui est un chantier ambitieux. Bien plus qu’un simple projet de transport, c’est l’ensemble de l’aménagement du territoire, qu’il s’agisse de logement, ou de développement économique, qui est en jeu. Mais nous savions dès le départ qu’il faudrait aussi s’attaquer à la gouvernance.

Que reprochez-vous à la solution qui se dessine ?

Tout d’abord, il nous semble qu’il ne faut pas ajouter un étage au millefeuille territorial mais bien au contraire clarifier les compétences des différents échelons. Par ailleurs, le financement de la métropole doit également être clarifié, car nous n’avons pas compris précisément, jusqu’alors, combien tout cela allait coûter.

Fort heureusement, les moyens de financement de la Société du Grand Paris sont sauvegardés. C’est nécessaire pour qu’elle puisse mener à bien ses projets, le Premier ministre l’a dit clairement le 13 octobre. Mais pour ce qui est de la MGP, nous nous acheminons hélas vers le plus petit dénominateur commun… La France ne se réformera pas sans prise de position ferme, sans autorité comme cela a pu se passer pour la métropole lyonnaise ou lors de l’élaboration du dernier SDRIF. En région parisienne, nous en sommes encore à définir un nouvel objet institutionnel… C’est le concours Lépine ! Il manque une vision claire du projet, au plus haut niveau de l’Etat, sans laquelle aucune réforme d’envergure n’est possible… La récente fusion des différentes chambres de commerce de la région n’a été rendue possible que par une très forte détermination. Aujourd’hui,  notre budget a été voté à l’unanimité.

Quel est pour vous le bon périmètre du Grand Paris ?

Pierre-Antoine Gailly, Président de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris ©CCIP

Pierre-Antoine Gailly, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris ©CCIP

En 2012, nous avons écrit aux candidats à la présidentielle que nous souhaitions que le périmètre retenu soit celui de la région. Sans cela, vous risquez de créer une sorte d’Hinterland, de seconde zone… Faire coïncider le périmètre de la future métropole avec les frontières régionales nous apparaît comme la seule solution qui évite la création d’une « institution » de plus, et qui puisse fonctionner à fiscalité et administration constante. Il y a eu, au fil du temps, trois périmètres : celui de la région, le Grand Paris de 2010 qui intégrait notamment les aéroports, puis, celui de la loi Maptam. Il faudrait clairement distribuer les compétences entre les différents niveaux existants, pour éviter les doublons. Aujourd’hui, on nous dit que la compétence du développement économique sera exercée à la fois par la région et la métropole… Comment cela va s’organiser ? Comment les Contrats de développement territoriaux (CDT) vont-ils s’articuler avec les futurs territoires ? Comment tout cela va-t-il concourir à rétablir de la croissance pour nos entreprises ? Dans une logique de compétitivité mondiale, il faut un système simple, lisible et efficace. Au lieu de cela, tous les projets vont être gelés en attendant que ces débats aboutissent. Notre enquête de conjoncture annuelle reflète une situation médiocre. Dans le bâtiment, la construction de logement pâtit gravement de la loi Alur.  Un espoir demeure avec le métro du Grand Paris. Mais il faut attendre encore un certain temps avant que les premiers tunnels soient percés.

Etes-vous prêt à une augmentation du versement transport pour financer la mise en place d’un pass unique régional ?

Deux questions de nature différente se posent en la matière : faut-il ou non un tarif unique pour l’Ile-de-France et, le cas échéant, qui paie la facture ? A la première question, il paraît curieux pour un chef d’entreprise d’exiger du consommateur le même tarif pour des services très dissemblables, en l’occurrence pour des distances parcourues très différentes. Donc nous sommes plutôt réservés quant au bien-fondé d’une telle égalisation du prix du transport en Ile-de-France. A la seconde question, qui consiste à savoir qui paierait cette mesure, je répondrai simplement que nous sommes déjà la région où les entreprises paient le plus pour les transports en commun. Nous avons donc dit très clairement à la région qu’il n’était pas question d’alourdir la charge. Sauf à démontrer que cela générerait une amélioration de l’offre…  Il faudra, par ailleurs, vérifier que le réseau, dans son état actuel, sera bien en capacité de supporter l’augmentation du nombre de voyageurs que le tarif unique entraînerait. Si le pass unique était mis en place, il faudrait que l’usager participe aussi à son financement. Pour revenir à la hausse du versement transport, qui relève de la loi, il y a un débat en cours avec le gouvernement.

Vous étiez également hostile à la hausse de la taxe de séjour ?

D’un côté on souhaite renforcer l’attractivité internationale de la métropole parisienne, de l’autre on propose d’alourdir le coût des nuits d’hôtel. Où est la cohérence ? Ajoutons qu’il faudrait, lorsque l’on lève une taxe, veiller à ce qu’il existe un lien avec son objet. Or je ne vois pas de lien direct entre les nuits d’hôtel et les transports.

Le projet de loi de finances pour 2015 prévoit de prélever 500 millions d’euros sur les CCI, comment réagissez-vous alors que la CCI Paris Ile-de-France va être la plus touchée, avec une participation de plus de 83 millions d’euros ?

Lors de la consultation préalable à l’annonce de cette mesure, nous avons formulé des propositions, à hauteur de 300 millions d’euros. La différence entre 300 et 500 millions ? C’est qu’à ce niveau, des chambres risquent purement et simplement de disparaître.  Nous avons déjà reçu un préavis de grève de la CGT et la CFDT, qui s’opposent  à la fermeture d’un de nos CFA. Le gouvernement a refusé de nous entendre lorsque nous l’avons sensibilisé à cet aspect. Mais pour les entreprises, les jeunes et les apprentis, ce prélèvement va conduire à une baisse des services proposés par les CCI.  Je rappelle qu’il y a déjà eu 500 postes supprimés à la CCI Paris Ile-de-France lors de la fusion.

Ce prélèvement s’accompagne d’une baisse du taux de la taxe additionnelle à la CVAE, quel effet sur votre budget ?

Selon les estimations, cette baisse devrait réduire la ressource des CCI de 213 millions d’euros, et la CCI Paris Ile-de-France serait concernée à hauteur de 53 millions. Les baisses de ressources et le prélèvement cumulés depuis trois ans atteignent un milliard d’euros. On frise le détournement d’argent public, puisque cet argent appartient en réalité aux entreprises…

Quels effets auront cette baisse sur l’offre de la CCI Paris Ile-de-France ?

Parmi nos quatre grands métiers, le plus important numériquement est la formation dont nous sommes fiers de la grande qualité, que nous souhaitons maintenir. Les chiffres sont éloquents :  85 % de diplômés, 85 % de personnes placées dans les six mois et seulement 6 % de “décrocheurs” chez les apprentis, quand la  moyenne nationale est de 21 %. Si nous avons moins d’argent, nous formerons moins de jeunes, afin de conserver le même niveau de qualité. En ce qui concerne notre activité d’étude économique, nous effectuons un travail de suivi régulier, notamment pour signaler aux entreprises qu’un marché va s’ouvrir. Là encore, avec la réduction de nos moyens, nous ne pourrons pas maintenir tout ce que nous produisons. Nous avons déjà noué des partenariats, d’ailleurs très fructueux, et certaines de nos études seront  corédigées. C’est, par exemple, le cas avec l’Institut Montaigne. Enfin pour nos missions d’appui aux entreprises, nous sommes encore présents dans les huit départements franciliens. Nous avons un devoir de présence, mais nous allons sans doute devoir facturer davantage nos prestations, mettre en place une sorte de ticket modérateur, afin de permettre la pérennité de nos services. Tout le monde va devoir contribuer à la baisse forcée.

Vous êtes partenaire d’ExpoFrance 2025, que pensez-vous de ce projet ?

C’est un très beau projet. L’idée est d’avoir un système concentrique réparti plutôt qu’un grand pavillon, c’est très malin et économique. Il sera important d’avoir achevé le Grand Paris express à cette échéance. Donc si l’on peut ainsi inciter tous les gouvernements à se montrer sérieux à ce sujet, c’est doublement malin.

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