P. Ollier : « Une métropole syndicat mixte serait le retour à l’inefficacité organisée »

Le président de la métropole décrit le bilan de son action. Appels à projets urbains innovants, lutte contre la pollution de l’air, prévention des inondations, réintroduction de la nature et de l’agriculture en ville, etc. Patrick Ollier estime, par ailleurs, que la transformation de la MGP en syndicat mixte signerait « le retour à l’inefficacité organisée ».

Quel bilan tirez-vous de l’action de la métropole, trois ans après sa création ?

La métropole du Grand Paris est une intercommunalité qui rassemble 131 villes et 7,2 millions d’habitants. Je rappelle qu’elle a été créée le 1er janvier 2016, soit il y a un peu plus de trois ans, ce qui n’est pas le cas des communes et des départements qui existent depuis plusieurs centaines d’années. Mais en trois ans, la métropole du Grand Paris a su démontrer sa place, son utilité et son efficacité. Nous sommes parvenus, par différentes initiatives, à la rendre lisible et crédible aux yeux de ceux qui en ont la responsabilité, et notamment des maires, qui savent aujourd’hui ce que leur apporte la métropole. Je ne peux entrer dans les détails de tout ce que l’on a entrepris et réalisé en trois ans. Mais que l’on regarde les deux concours d’ “Inventons la métropole du Grand Paris”, 75 communes couvertes par des projets urbanistiques et architecturaux extraordinaires pour 77 projets, près de 10 milliards d’euros d’investissements privés, dont personne ne parle et qui viennent financer ces constructions.

Patrick Ollier. © Jgp

C’est aussi près de 2,6 millions de m2 à construire, avec des logements, sociaux pour un grand nombre d’entre eux, des commerces, des activités économiques, autour des gares du Grand Paris. C’est aussi le plus grand concours d’architecture et d’urbanisme d’Europe et, encore une fois, personne n’en parle. Au moins que l’on regarde ce que l’on fait !

La métropole s’est mobilisée pour la qualité de l’air ?

C’est en effet une de ses compétences. Nous avons voté notre plan climat air énergie métropolitain (PCAEM) en novembre dernier et mis en place, depuis le 1er juillet dernier, une zone à faibles émissions visant à restreindre progressivement les véhicules pastille CritAir’5 et non classés, les plus polluants dans cette zone intra-A86, qui représente 5,61 millions d’habitants. Citons encore la lutte contre les inondations. Nous travaillons sur la rénovation d’une centaine de kilomètres de digues, finançons les travaux sur le bassin pilote de La Bassée. Je pourrais évoquer également la réouverture de la Bièvre, dans le Val-de-Marne, que la métro- pole finance en partie, ou la vanne-écluse de Joinville dont la rénovation limitera les inondations.

Vous intervenez également dans les domaines de l’aménagement et du développement économique ?

Nous avons pris en charge plusieurs ZAC métropolitaines, Saint-Ouen, La Plaine Saulnier, Villeneuve-la-Garenne. Nous avons lancé le fonds d’investissement métropolitain (FIM) et distribué, dans ce cadre, plusieurs dizaines de millions d’euros pour des projets porteurs dans le cadre des compétences de la métropole. Nous avons adopté le schéma métropolitain d’aménagement numérique (Sman) en juin dernier, qui va lui aussi permettre d’apporter un soutien financier aux communes qui s’engagent dans la dématérialisation et la digitalisation de leurs moyens de fonctionnement.

Que répondez-vous aux détracteurs de la métropole ?

Il existe certainement une part de jalousie, la peur de perdre son pouvoir. Bien souvent, on n’aime pas que des nouvelles structures se créent à côté de ce qui existe, et on se construit contre. Mais la bonne formule, c’est d’unir toutes les bonnes volontés sur le périmètre de la métropole, c’est de faire en sorte d’être utile au public, d’avoir une vision stratégique, de créer l’attractivité et le rayonnement nécessaires à cette zone, qui est la première métropole d’Europe avec Londres.

Pourquoi critiquer le fait d’avoir créé cette métropole, alors que chacun a tout intérêt à faire rayonner son périmètre et vu que l’attractivité de la métropole contribue à celle de Paris, à celle de la région Ile-de-France et de la France. Nous avons su créer un esprit métropolitain, une coopération intelligente entre la droite et la gauche, dans le cadre de la gouvernance partagée, en parvenant à dépasser les clivages politiques. 95 % de nos délibérations sont votées à l’unanimité par nos 209 conseillers. Les maires savent très bien ce qu’ils doivent à la métropole, les financements pour lesquels nous les aidons et les initiatives que nous prenons. Nous avons su créer un esprit métropolitain, une coopération intelligente entre la droite et la gauche, dans le cadre de la gouvernance partagée.

Nous avons organisé cet été la transhumance de la métropole du Grand Paris, une trentaine de moutons qui ont sillonné le Grand Paris lors de 12 étapes. Nous allons réintégrer la nature et l’agriculture en ville. Nous ne pouvons pas imaginer le développement d’une zone dense continue de 7,2 millions d’habitants sans la rouvrir à la nature, et sans faire en sorte qu’elle soit partagée avec ceux qui y habitent, dans des conditions parfois un peu difficiles. J’aimerais que les détracteurs de la métropole s’intéressent à ce que nous faisons, avant de dire qu’ils ne sont pas d’accord simplement parce qu’on leur prend un peu de pouvoir.

Quel regard portez-vous sur la proposition consistant à transformer la métropole en syndicat mixte ?

Ce serait le retour à l’inefficacité organisée. C’est aussi simple que cela. Avec un syndicat mixte, il n’y a ni projet ni organisation commune, seulement des gens qui discutent entre eux pour essayer d’organiser des choses sans en exercer réellement la compétence. Je peux comprendre que certains veuillent faire cela. Mais dans ce cas-là, adieu la solidarité dans le périmètre métropolitain, adieu le rééquilibrage territorial dans l’aire métropolitaine, qui ne peut avoir lieu qu’avec une autorité de commandement qui est celle de la métropole, sur son périmètre. Ce qui est la finalité de la métropole, la réussite du vivre-ensemble sur le périmètre le plus dense, avec 7,2 millions d’habitants, serait annihilée par l’incapacité d’un syndicat mixte à mettre en œuvre des politiques concertées. En réalité, ceux qui veulent détruire la métropole essaient ainsi de trouver de bonnes raisons de continuer à exister, en inventant ce genre de schmilblick organisationnel.

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