Le Forum métropolitain du Grand Paris fête ses 10 ans

Comment concilier efficacité et proximité, réimplanter des activités productives en centre urbain, faire de la métropole un endroit agréable à vivre ? Faut-il revoir sa gouvernance ? Pour ses dix ans, le Forum métropolitain a réuni, le 18 septembre 2019, maires et experts dans un stimulant exercice de remue-méninges.

« Comment concilier un dynamisme permettant de créer des richesses et faire en sorte que les populations les plus modestes ne soient pas chassées de la métropole ? » Président de Plaine Commune, Patrick Braouezec a résumé la préoccupation principale de l’action métropolitaine. « Depuis 20 ans, la croissance des métropoles est fulgurante. Mais le revers de cette médaille, c’est la montée des prix immobiliers, la ségrégation spatiale qui l’accompagne, une pression énorme dans les réseaux de transport », a noté Fouad Awada, directeur général de l’Institut Paris région.

Jean-Yves Le Bouillonnec, Jacques Paquier, Vincent Jeanbrun, Patrick Ollier et Michel Bisson. © Hugues-Marie Duclos

Vincent Jeanbrun, président du Forum métropolitain du Grand Paris, maire de l’Haÿ-les-Roses. © Jgp

Emilie Moreau (Apur), Martin Wolf (Institut Paris Région), Jacques JP Martin, Jean-Yves Le Bouillonnec, Jacques Paquier, Vincent Jeanbrun, Patrick Ollier, Michel Bisson et Sybille Vincendon.©Hugues-Marie Duclos

Ce dernier est allé étudier de multiples métropoles étrangères sans trouver un modèle de gouvernance qui réussirait particulièrement bien à concilier ces deux injonctions contradictoires. « Nous ne sommes pas si mauvais que cela », a estimé Catherine Barbé, directrice des partenariats stratégiques à la SGP : les élus franciliens sont éclairés par les deux instituts d’urbanisme, l’Apur et l’Institut Paris région, et l’avis des citoyens est souvent pris en considération. Maire de Malakoff, Jacqueline Belhomme trouve cependant la métropole « inachevée », et a témoigné de la difficulté de s’accorder avec ses collègues sur des sujets par essence métropolitains, comme la zone à faibles émissions.

« Ne nous enviez pas ! », a enjoint Moses Gates, vice-président de la Regional plan association du Greater New York. « Dans le Grand New York, nous comptons 793 municipalités et trois Etats différents ! Et comme le New Jersey n’a pas les mêmes règles en matière de foncier que New York, tous les nouveaux logements s’y construisent. Mais les tunnels ferroviaires qui permettent de le relier à New York sont rares et mal maintenus ! » Son association tente de combler ce vide.

Produire en Ile-de-France : le défi du foncier

« Je suis élu depuis 42 ans et j’ai le souvenir de lieux où se trouvaient des usines. Comment produire à nouveau dans la métropole ? », a interrogé Philippe Laurent, maire de Sceaux. Certes, « l’Ile-de-France compte encore 160 000 emplois liés à l’activité productive – dont 50 000 à Paris – et un tiers appartiennent aux métiers de la mode et du textile », a noté Dominique Alba, directrice de l’Agence parisienne d’urbanisme (Apur). Mais ils n’occupent que quelque 400 000 m2 dans la Capitale, contre 16 millions de m2 pour les bureaux. Et si les collectivités multiplient les fablabs et les rez-de-chaussée dits « actifs », il faut souvent accompagner financièrement ces opérations. Parmi les activités productives en croissance, « la logistique remplace souvent, spatialement, la fabrication à l’ancienne », a noté Laetitia Dablanc directrice de recherche à l’Ifsttar.

L’Ile-de-France compte ainsi plus de 1 000 entrepôts. Le secteur est fortement créateur d’emplois et porteur d’innovations, avec la création de nouveaux types d’espaces logistiques urbains mixtes. « Encore faut-il lui donner des espaces », a souligné Jérôme Libeskind, expert en développement de plateformes logistiques, qui a également noté : « l’économie circulaire va également créer de nouvelles activités assez proches de l’industrie. » Maire des Lilas, Daniel Guiraud prône quant à lui une reconstitution de la ceinture maraîchère francilienne, et l’investissement dans la production d’énergies renouvelables (solaire et géothermie notamment).

Ancien urbaniste, désormais responsable de la conservation des monuments de la ville de Hambourg, Andreas Kellner est venu en témoigner : sa ville-Etat a su ajuster les règles de hauteur ou de profondeur des bâtiments, pour que les activités productives puissent être intégrées dans les nouveaux quartiers de la ville. « Mais Leipzig a fait encore mieux ! », a-t-il assuré.

Rendre le Grand Paris plus désirable pour ses habitants

« Si le Forum a été créé il y a dix ans, c’est aussi pour favoriser le mieux-vivre des Franciliens », a souligné Jean-François Vigier, maire de Bures-sur-Yvette. Certaines enquêtes, pourtant, donnent 84 % des cadres franciliens désireux de partir. « Pour autant, par les emplois qu’elle propose, la métropole reste très attractive et 92 % des Franciliens se plaisent dans leur espace de vie », ont constaté Anne-Claire Davy de l’Institut Paris région et Patricia Pelloux de l’Apur.

Marylise Lebranchu, ancienne ministre chargée de la Décentralisation. © JGP

Jean-Paul Huchon, ancien président du conseil régional d’Ile-de-France. © Jgp

Un constat partagé par François Tirot, directeur général adjoint de l’EPA Sénart : « sur mon territoire, la grande majorité des habitants travaille assez près de son domicile. » Pour Daniel Behar, géographe et professeur à l’école d’urbanisme de Paris, le stress est intrinsèque à la métropole : « ici, c’est la lutte permanente des places : pour travailler, se loger, se déplacer. Si l’on veut calmer le jeu, il faut donc une métropole qui protège et qui régule. »

« Le véritable problème est celui de la gestion du temps. Tout particulièrement de quelques temps critiques de la journée – le moment d’aller chercher les enfants à la crèche ou à l’école par exemple – », a expliqué Sonia Lavadinho, consultante en urbanisme et mobilité. D’où l’intérêt des concepts tels que la ville à cinq minutes (Copenhague). Ou celui de créer des espaces verts proches des habitations. « J’ai proposé que 5 % du montant des opérations immobilières soient consacrés à renaturer. Je m’attendais à recevoir des pierres de la part des promoteurs. En réalité, ils m’invitent à discuter avec eux », a raconté Daniel Breuiller, ancien maire d’Arcueil. Attention cependant, a prévenu Pierre Veltz, ingénieur, sociologue et économiste : « traiter localement un problème de manière vertueuse crée souvent des effets externes négatifs chez d’autres. »

L’urbanisme transitoire a un rôle à jouer dans le mieux-vivre, a témoigné Sihem Habchi, directrice des activités au sein de l’association Aurore. L’expérience des Grands Voisins, dans l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, a permis de faire travailler des personnes en situation de précarité tout en créant une vie sociale intense. De quoi provoquer une multiplication des expériences de ce type dans différents quartiers franciliens.

Repenser la gouvernance

« La loi NOTRe a fait presque l’unanimité contre elle. Mais elle a eu au moins le mérite de construire la métropole du Grand Paris au 1er janvier 2016. » Jean-Yves Le Bouillonnec, ancien maire de Cachan, a résumé la situation assez précaire de la gouvernance actuelle du Grand Paris.

Et de fait, les lois Maptam et NOTRe « nous ont permis d’engager des politiques d’aménagement urbain à Grigny ou encore de formation que, seules, les communes n’auraient jamais pu assumer », a estimé Michel Bisson, président de Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart. « On a limité la casse, mais quand on examine la situation aujourd’hui, j’ai du mal à trouver que les inégalités sociales et de logement ont été réglées. L’outil a été beaucoup trop réfléchi en termes de pouvoir et non en termes opérationnels », a en revanche constaté Jacques JP Martin, président de Paris Est Marne & Bois.

Christian Blanc, ancien secrétaire d’Etat au développement de la Région capitale. © JGP

Le Sgar, Julien Charles, représentait le préfet Michel Cadot.© Jgp

« A quel moment se posera-t-on une question sur l’aspect démocratique de la gouvernance », s’est interrogée Sibylle Vincendon, journaliste à Libération. « Comment laisser le maire au cœur de la machine métropolitaine tout en créant des instances de dialogue ? », a enchaîné Vincent Jeanbrun, actuel président du Forum métropolitain. Il a aussi mis ses collègues maires en garde : « il ne faudrait pas que le Grand Paris devienne le bouc émissaire des municipales, comme l’Europe est devenue celui de nos élus nationaux. » Et Jean-Yves Le Bouillonnec de renchérir : « il faut que les élus comprennent qu’ils n’accompliront pas leur politique s’ils restent seuls. S’il n’y a pas cette volonté de passer à l’acte supérieur, nous serons dans l’échec. »

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