Institut Paris Région : « Les villes changent le monde »

L’institut Paris Région a présenté, le 17 septembre 2019, son cahier intitulé « Les villes changent le monde ». Comparaison et analyse internationale d’une métropolisation globale où le « très Grand Paris » y figure en bonne place malgré la question de la gouvernance, toujours épineuse.

L’Institut Paris Région (ex-IAU Ile-de-France) a pris de la hauteur pour présenter le mardi 17 septembre son cahier n° 176, « Les villes changent le monde », en s’élevant au 56e étage de la tour Montparnasse. Tour d’horizon des crises et solutions que vivent les mégapoles – métropole de plus de dix millions d’habitants – en pleine transition, ce volumineux ouvrage de 192 pages entend repérer et analyser « ce que les très grandes villes de notre planète recèlent de stratégies, d’expérimentations, de projets et d’outils qui changent la donne », fait valoir Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France en préambule. A ce titre, les chercheurs de l’Institut placent le « très Grand Paris » sur la carte des métropoles mondiales « qui inventent de nouveaux modèles de développement ».

Un constat s’impose, les villes sont des acteurs majeurs de la globalisation et de la géopolitique actuelle. Preuve en est, leur nombre est en constante augmentation, « dans les années 1970, il existait quatre mégapoles, aujourd’hui on en compte 33 dont l’Ile-de-France et en 2100, on estime leur nombre à plusieurs centaines », présente Paul Lecroart, un des auteurs du cahier et membre de la direction scientifique.

Autre indicateur de cette évolution, le nombre d’urbains à l’échelle de la planète : 2,9 milliards en 2000, 4,4 en 2020 et 6,7 en 2050. En chiffres, les mégapoles sont contradictoires. Elles ne représentent que 2 % de la planète mais concentrent 55 % de la population, 70 % des émissions de CO2, 78 % de l’énergie et 80 % des richesses. Elles sont aussi profondément inégalitaires, un urbain sur dix vivait dans un bidonville en 2015…

Le « très Grand Paris », mutations et positionnement

« Au début du quinquennat Macron, la métropole est au cœur de la dynamique du territoire, mais avec le mouvement des « gilets jaunes », on peut noter une remise en cause de la place de la métropole par l’Etat ce qui est aussi dû aux contraintes climatiques et énergétiques », fait valoir Léo Fauconnet, politiste-urbaniste et un des auteurs de la partie sur le Grand Paris.

En tant que région métropolitaine, Paris dispose « d’atouts remarquables dans la transition urbaine », s’accordent à dire les auteurs de l’étude, notamment grâce à sa notoriété mondiale, sa culture urbaine et à des « mégaprojets » structurants en très grand nombre : JOP 2024, Grand Paris express, Plateau de Saclay pour ne citer qu’eux. Paris se classe quatrième sur l’indice de puissance globale derrière Tokyo, New York et Londres, grâce aussi à une qualité de vie et un PIB par habitant élevé. Enfin, la ville se situe au 23e rang pour son empreinte carbone sur 13 000 villes étudiées.

Baromètre de la métropole parisienne. © Institut Paris Région

Les enseignements sont nombreux sur le Grand Paris, en pleine régénération urbaine, avec une conscience métropolitaine de plus en plus mûre. Paris se différencie des autres métropoles par la prédominance de l’Etat providence, est-il rappelé, « la France se distinguant par l’omniprésence du public dans le financement, le foncier et l’aménagement », souligne Fouad Awada, directeur général de l’Institut Paris Région.

Autre enseignement, si la densité de la ville de Paris est la plus importante des métropoles étudiées – 20 860 habitants/km² – elle est relativement faible dans la région Ile-de-France avec 1 005 habitants/km². « En matière de ségrégation, nous ne sommes pas les pires, Paris gère plutôt bien ces questions grâce à la présence de nombreux quartiers mixtes », analyse le directeur de l’institut. Preuve en est le coefficient Gini, qui mesure les inégalités, est de 0,38 (il se mesure de 0 à 1) contre 0,41 à Londres par exemple. Souvent critiqué, le réseau de transport collectif est efficace et la Ville lumière se classe 8e au rang de la mobilité urbaine.

Problèmes de gouvernance

Le véritable point faible du très Grand Paris se situe au niveau de la gouvernance, d’après les auteurs de l’étude. Selon Fouad Awada, l’extrême localisme dû à l’émiettement des communes freine le développement. « Avec 1 200 communes en Ile-de-France, il est beaucoup moins facile de se réunir qu’à Tokyo où le gouverneur est élu au suffrage universel et dispose du pouvoir sur 14 millions d’habitants, spécifie le directeur de publication. Paris a raté le coche administrativement en restant coincé à deux millions d’habitants, si la législation avait suivi, nous aurions continué l’œuvre d’Haussmann et nous aurions étendu la gouvernance administrative, ce qui n’a pas été fait », poursuit-il.

Maximilian Gawlik. © Jgp

De manière générale, les chercheurs de l’Institut sont positifs quant aux solutions collectives qui s’organisent à Paris et de par le monde malgré l’urbanisation galopante. Ils notent en particulier un mouvement citoyen qui s’amplifie et s’uniformise avec la volonté de toujours plus s’insérer dans la transition écologique et les mobilités douces. Les projets franciliens se placent parfaitement dans cette dynamique comme le Grand Paris express qui constitue une « révolution » pour les transports et la renaturation, mouvement en plein essor. Des évolutions qui ne se feront pas sans heurts, prévient Fouad Awada.

« Les enseignements pour les décideurs parisiens sont de tout mettre en synergie : logement, transport, transition écologique, énergie, il est nécessaire d’avoir un cadre commun dans lequel tout le monde puisse se mettre d’accord, ce qui n’est pas le cas pour le moment en Ile-de-France », pointe Paul Lecroart. A l’heure actuelle, il est en effet difficile de bénéficier d’une continuité dans la transformation urbaine et institutionnelle, rapporte Léo Fauconnet. Un des obstacles réside dans l’intérêt limité des citoyens à la question de la métropolisation.

Fouad Awada @Jgp

Au directeur le mot de la fin : « Il y a une crise de la loi NOTRe et une situation quelque peu ubuesque. La question de la gouvernance métropolitaine pour cet ensemble de 12 millions d’habitants est un vrai sujet que nous avons essayé de régler avec la MGP et un peu la Région, le législateur est en train d’y réfléchir. S’il y a un problème dans la région francilienne, c’est celui-là. Car nous avons peur que les problèmes de gouvernance freinent le projet du Grand Paris à cause de la zizanie entre la MGP, les EPT, la Région qui nous empêche d’avoir une vision du territoire dans son ensemble. »

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