Nadia Hai – Déplafonneuse

Ministre déléguée à la ville depuis juillet 2020, la quadragénaire née à Trappes se reconnaît dans la méritocratie prônée par Emmanuel Macron. Et veut briser le sentiment de fatalité vécu par les jeunes des cités.

« Elle est formidable », résume Chiara Corazza, la directrice générale du Women’s Forum, qui l’a initiée au Grand Paris. Cheveux blonds au vent, Nadia Hai évoque en souriant son enfance heureuse passée au pied des tours des Merisiers à Trappes, dans les Yvelines : « Même s’il y avait déjà des problèmes de sécurité, c’était un quartier solidaire, où les gens partageaient leurs joies et leurs peines ».

Nadia Hai. © Damien Valente – Terra

Son père est ouvrier tandis que la mère élève à la maison ses quatre enfants. Les étés, c’est la transhumance vers le Maroc, pour passer des vacances embaumées par les fleurs d’oranger et le jasmin avec les grands-parents. « Je suis Française. J’ai été éduquée dans cet esprit. J’aime le Maroc, mais mon pays, c’est la France », affirme d’emblée celle qui fut naguère heurtée par le débat sur l’identité nationale. « Un débat qui se faisait sans nous, sans cette jeunesse issue de l’immigration. Je crois que c’est là qu’est né mon intérêt pour le sujet politique ».

Les éternels maux des QPV

Depuis qu’elle a été nommée ministre déléguée à la ville, les élus locaux et les représentants d’associations défilent dans son bureau. Ils veulent dresser pour elle le constat de ce que vivent les quartiers populaires. « Le constat, je le connais sur le bout des doigts ! », a-t-elle envie de crier. Elle se souvient de ses retours de l’école, traversant la cité mal éclairée, la peur au ventre. La voilà sortie du collège, après un parcours scolaire parfait, à connaître des difficultés à l’entrée du lycée, car « la qualité de l’enseignement n’est pas toujours au rendez-vous ». La voilà, enfin, inscrite en BTS comptabilité à chercher en vain un stage en alternance. « Le sentiment de discriminations naît lorsque l’on s’aperçoit que la poignée de jeunes qui n’ont toujours pas trouvé d’emploi ont tous le même profil ».

Nadia Hai finit par décrocher un poste au guichet du Crédit lyonnais. Deux ans plus tard, elle entre à HSBC. La fatalité liée à ses origines est enfin neutralisée : la jeune femme bénéficie de toutes les formations pour évoluer et devenir cadre. Non sans quelques embûches car, selon elle, le plafond de verre est en béton armé pour certaines. « Il faut des coups de marteau pour le briser, mais ce n’est pas impossible ».

Trois priorités

Son intérêt pour la politique s’affirme lors des repas animés de la famille élargie, celle des cousins, oncles et tantes, où chacun assène ses convictions. « C’est un homme et un mouvement qui m’ont fait passer du commentaire à l’action ». Emmanuel Macron la séduit par son discours sur l’égalité des chances. Elle se retrouve dans « l’en-même-temps-tisme ». D’un côté, son désir de justice sociale, de l’autre, sa certitude que la richesse se crée au sein des entreprises. Investie par la République en marche pour les législatives, elle retourne sur ses terres des Yvelines et détrône Benoît Hamon au premier tour.

Aujourd’hui, en tant que ministre, elle a trois priorités. La première vise à améliorer le cadre de vie des QPV (quartiers politique de la ville), notamment en Ile-de-France : rénovation des écoles, commerces de proximité, éclairage, végétalisation (un clin d’œil à son prédécesseur, Julien Denormandie, avec qui elle vient de lancer les Quartiers fertiles). Ensuite, un investissement massif dans les cités éducatives. Enfin, le développement de cités de l’emploi réunissant tous les acteurs concernés pour saisir les opportunités qu’offrent les chantiers du Grand Paris et favoriser l’emploi des jeunes. Vaste programme au service d’un même objectif : rompre la fatalité, réelle ou fantasmée, dont souffrent les jeunes des quartiers.

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