N. Ferrand (Solideo) : « Les JOP 2024 doivent être la vitrine du savoir-faire français »

Conséquences de la Covid-19, genèse et avancement du chantier, impératifs de frugalité et d’inclusion : Nicolas Ferrand, directeur de la Solideo, a détaillé les multiples défis des JOP 2024, « 1ers jeux en ligne avec les Accords de Paris », lors d’un récent rendez-vous en mode master class du club Ville hybride Grand Paris.

« Nous sommes, depuis le premier jour, face au terrible compte-à-rebours du 26 juillet 2024 », a résumé Nicolas Ferrand, directeur général de la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), en introduction de la master class que lui consacrait récemment le club Ville hybride Grand Paris de Michaël Silly, dans la cour de l’étude 14 Pyramides – Notaires, à l’invitation de Me Xavier Lièvre. « Depuis trois ans je vis, je rêve, je dors en pensant JO », a poursuivi Nicolas Ferrand, ajoutant : « A chaque conseil d’administration, je commence par rappeler le temps qu’il nous reste avant le jour J, c’est motivant. »

Me Xavier Lièvre, notaire associé – Etude 14 Pyramides notaires -, introduit l’après-midi. © Jgp

Nicolas Ferrand. © Jgp

Le DG de la Solidéo s’est félicité d’avoir opté pour la ZAC, « vieil outil qui a fait ses preuves, et dont chacun connaît les modalités ». Il a loué les vertus de l’agilité et du droit à l’erreur. « Si nous nous apercevons qu’une idée est mauvaise, nous l’abandonnons aussitôt », a-t-il fait valoir, citant des difficultés rencontrées avec les réseaux de chaleur. Avec une réelle modestie, Nicolas Ferrand a reconnu « ne pas tout savoir aujourd’hui des solutions techniques qui seront retenues sur tous les sujets », se félicitant par ailleurs d’un excellent climat de confiance avec les élus.

« Nos équipes sont relativement jeunes, avec un âge moyen de 38 ans, résultant du plafonnement de la masse salariale que nous impose Bercy, a-t-il indiqué. Je l’ai regretté au départ, mais je me félicite aujourd’hui de cette jeunesse ». Des effectifs de 95 personnes, à comparer avec les 240 qui composaient son équivalent londonien.

Pas de fétichisme de l’innovation à la Solidéo, où les innovations les plus disruptives concerneront notamment le monitoring de la qualité de l’air. « Nous ne pouvons pas nous permettre qu’une technologie non-éprouvée tombe en panne devant des dizaines de millions de spectateurs », a indiqué Nicolas Ferrand. Quant à la couche digitale des différents équipements, elle sera réalisée in fine, afin de bénéficier des dernières avancées.

10 500 athlètes, 50 000 volontaires, 25 000 journalistes

Nicolas Ferrand a évoqué les 400 millions d’euros d’économie récemment demandés pour l’organisation de l’événement, liés notamment à des incertitudes quant à l’engagement de sponsors, qui concernent cependant des équipements éphémères gérés par Paris 2024, à l’image du stade aquatique olympique de la Plaine Saulnier qui sera remplacé par une piscine installée au sein de la Paris La Défense Arena.

« Quand j’ai été nommé, je n’étais pas candidat mais en train de préparer la candidature de Marne-la-Vallée à l’Exposition universelle comme directeur d’EpaMarne-EpaFrance », a rappelé l’aménageur, qui a vite saisi la mesure du défi qu’on lui confiait. Les JO, a-t-il résumé, « ce sont 10 500 athlètes, 50 000 volontaires, 25 000 journalistes » et un budget de 3,2 milliards d’euros (1,7 privés, 1,5 publics) pour la Solidéo, qui bâtit les ouvrages pérennes, et de 3,8 milliards (3,7 privés, 0,1 publics) pour Paris 2024, chargé de l’organisation des compétitions et de la réalisation des ouvrages non-pérennes. Les JOP 2024 à Paris, ce sont également 12 cofinanceurs, 40 ouvrages pérennes à bâtir et… 29 maîtres d’ouvrage publics et privés, que la Solidéo supervise. « Afin de bâtir l’équivalent d’une ville de 12 000 habitants en une fois ».

Parmi les ouvrages pérennes à construire figure le Centre aquatique olympique de Saint-Denis, situé sur la Plaine Saulnier, sous maîtrise d’ouvrage métropolitaine, que la MGP et le groupement conduit par Bouygues bâtiment Ile-de-France viennent de présenter. Il contiendra 17 000 places, pour un coût de 113 millions d’euros, contre respectivement 300 et 500 millions pour ceux de Londres et de Tokyo. Le village des médias de Dugny Le Bourget, dont le groupement lauréat sera dévoilé mercredi 7 octobre, ou le village des Athlètes autour de la cité du Cinéma à Saint-Denis Pleyel, font également partie des ouvrages à édifier. « En octobre 2017, lorsque je suis nommé, nous ne disposons pas de la maîtrise foncière requise pour bâtir le village des athlètes, pas plus que les entreprises qui sont sur place, et qui vont devoir déménager, n’ont été informées du projet », a souligné Nicolas Ferrand pour décrire l’ampleur de la tâche.

© Jgp

La master class de Nicolas Ferrand, en mode Covid-19. © Jgp

Autre défi, les JOP 2024 seront les 1er jeux alignés sur les objectifs des Accords de Paris, en particulier celui de réduire leur empreinte carbone de 55 % par rapport aux jeux londoniens. Mais en 2017, la commande de l’Etat insiste surtout sur l’impératif de contenir le budget à son enveloppe initiale. Nicolas Ferrand a raconté le déclic qu’a constitué le séjour aux Jeux olympiques de Pyongyang, en 2018 : « En voyant les deux Corée défiler ensemble, nous avons pris la mesure de la portée symbolique que pouvaient avoir les Jeux », a-t-il indiqué. Ceux de Paris devront être des démonstrateurs de la ville de demain et la vitrine des savoir-faire industriels français en la matière. « Il s’agit aussi de démontrer notre capacité collective à faire sortir un projet dans un temps contraint et de démontrer la plasticité de notre système institutionnel », a poursuivi l’aménageur.

« Être prêt quoi qu’il arrive en mars 2024 »

Le calendrier est aussi clair que vertigineux. Tout doit être achevé le 31 décembre 2023, afin que le Comité d’organisation des jeux olympiques procède aux finitions. Ce qui suppose un début des travaux au 1er janvier 2021. « Nous ne devons pas réitérer l’exemple du Brésil, où la peinture du stade n’était pas achevée deux jours avant la cérémonie d’ouverture », a souligné Nicolas Ferrand. Qui entend faire de cette contrainte calendaire un outil de fédération et de galvanisation des équipes.

Face au nombre élevé de maîtres d’ouvrage, la Solidéo s’est équipé d’un outil de choc : une convention circonstanciée est signée avec chacun, détaillant les attendus pour chaque projet. « Et si l’on change une virgule à la convention, celui qui en fait la demande en assume le coût », a indiqué Nicolas Ferrand. Londres a connu 6 200 modifications du plan de travaux initial, a-t-il également rappelé. Et n’a pas caché, en l’espèce, la possibilité toujours présente de changement de consignes dont le Cojo, « qui peut avoir tendance à penser qu’une évolution est toujours une option jusqu’en 2024, peut être à l’origine ».

« Jusqu’à présent, ça tient », a-t-il relevé. La Solidéo a remporté à l’heure actuelle l’ensemble des contentieux liés notamment aux acquisitions foncières et aux 250 000 m2 de permis de construire déjà déposés. 200 tonnes de déblais par jour seront évacuées par la Seine, dans le cadre de la construction du Village olympique. « On pourrait faire encore plus, mais le système fluvial ne tiendrait pas », a précisé le DG de la Solidéo.

Des jeux inclusifs et un héritage utile aux habitants

Outre des jeux décarbonés, l’impératif consiste également à organiser une compétition inclusive, 10 % des heures travaillées devant être confiées à des salariés en insertion, 25 % à des TPE. Sans compter les questions de sécurité, également essentielles, alors que trois ouvriers ont trouvé la mort en amont des JO de Tokyo. « J’ai d’excellentes relations avec Bernard Thibault [ancien secrétaire général de la CGT, ndlr], qui siège au conseil d’administration de la Solidéo », a confié Nicolas Ferrand.

Michaël Silly, fondateur du club Ville-Hybride Grand Paris. © Jgp

L’importance de la qualité architecturale des sites a également été soulignée, à travers l’évocation du Centre aquatique olympique signé par les Ateliers 2/3/4/ ou de l’Arena 2 confiée à Scau, Porte de la Chapelle. Les matériaux biosourcés seront privilégiés, autant que possible, les contraintes liées à la sécurité incendie limitant, par exemple, à 31 000 m3 le recours au bois. « L’objectif est de ne pas dépasser 150 kg de CO2 par m2 », a fait savoir Nicolas Ferrand. Les JO seront circulaires, avec un taux de 92 % de recyclage des matériaux.

Après les Jeux, un an de travaux sont annoncés pour mettre en œuvre la réversibilité des 250 000 m2 de bâtiments concernés, en conduisant le chantier de réversibilité le plus important d’Europe. Un challenge facilité par les permis de construire à double état déposés, intégrant la phase héritage dès l’origine.

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