M. Brunel (Fondation Palladio) : « Nous ne sommes pas en crise mais dans une période de transition »

Alors que la Fondation Palladio s’est fixée comme thème de travail pour la promotion 2024 « prendre soin de la ville » avec comme marraine la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin, sa nouvelle présidente, Méka Brunel, rappelle l’origine de la création de cette structure originale, mais aussi celle de l’Université de la ville de demain, qu’elle présidait déjà. L’occasion d’évoquer la crise qui frappe le secteur de l’immobilier, qui est, selon l’ancienne dirigeante de Gecina, une crise beaucoup plus profonde.

Vous venez de prendre la présidence de la Fondation Palladio. Quelles sont les origines de sa création ?

La Fondation Palladio a été créée en 2008 en pleine crise des subprimes américains et de l’immobilier planétaire. Convaincus que c’est dans les périodes de crise qu’il faut réfléchir et investir dans l’innovation, la créativité, mais aussi maintenir le contact avec les jeunes, des professionnels du secteur ont décidé de mettre en place des bourses à l’intention des doctorants et post-doctorants sur l’ensemble des domaines de l’urbain (géographie, sociologie, technologie, santé…). Quelques années plus tard, Bertrand de Feydeau, président de la Fondation Palladio jusqu’à fin 2023, a considéré que cela était insuffisant et qu’il fallait créer un institut pour s’occuper des talents et des cadres à fort potentiel sur le modèle de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). La particularité de la démarche a été de désigner chaque année comme parrain ou marraine un homme ou une femme politique.

Méka Brunel, présidente de la Fondation Palladio et de l’Université de la ville de demain. ©Jgp

Comment se situe l’Université de la ville de demain (UVD) au sein de la Fondation ?

Encore un peu plus tard (2018-2019), Bertrand de Feydeau a souhaité s’occuper des numéros un, parce qu’il était sans cesse question de la ville bas carbone, mais sans savoir comment la créer. C’est à partir de ce constat qu’a été initiée l’Université de la ville de demain avec l’idée de mettre autour de la table, les dirigeants des institutions publiques (élus locaux, ministres, patrons des grandes administrations) et privées, au départ du secteur de la construction de la ville, puis des acteurs de la ville au sens large (mobilité, énergie, logistique, service) et de la société civile, ONG (organisations non gouvernementales), représentants des grandes religions, Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), journalistes… afin de réfléchir sur comment bâtir la ville bas carbone pour tous. Nous les réunissons tous à huis clos pendant 24 h, pour réfléchir, travailler et s’éduquer ensemble sur ces sujets. Dans un monde où on est constamment dans la critique et le négatif, voir autant d’engagements, d’énergie et le fait que les gens ont autant envie de se comprendre et de travailler ensemble est très réjouissant.

Quel a été votre apport en tant que présidente de l’UVD ?

Mon apport depuis deux ans a consisté à donner du concret en encourageant les actions collectives proposées comme axe de travail par le directeur de l’UVD Axel Nevers et à ouvrir à autre chose que l’industrie de la construction de la ville, à savoir le transport, l’énergie, le luxe, la logistique, les services, la santé… Ce qu’il faut bien comprendre c’est que tout en étant un lieu de réflexion, l’UVD n’est pas un think tank qui produit des notes pour dire « voilà ce qu’il faut faire », mais plutôt un do tank. Nous ne demandons ni nouvelle loi, car il y en a trop, ni nouveaux subsides, car il faut plutôt faire un meilleur usage de l’argent public ou privé. Nous accompagnons l’accélération de la transformation en cherchant à casser encore plus de silos et créer encore davantage de cohésion de l’ensemble. Nous arrivons à une phase d’expansion et de croissance nouvelle avec pour ambition de valoriser les élus des villes moyennes et d’encourager les mises à échelle d’initiatives transversales (actions collectives). Et peut-être à un niveau européen dans un deuxième temps.

Existe-t-il d’autres modèles similaires ?

J’ai le sentiment que notre méthode de travail est unique. Ce qui nous distingue est d’englober les sphères publique et privée, la société civile et des ONG. De plus, nous ne restons pas dans le domaine de l’immobilier et de la ville, nous nous sommes ouverts à l’ensemble des acteurs de la ville parce que si nous voulons travailler sur la ville bas carbone pour tous, on ne peut pas se limiter à la construction, d’autant que l’on va construire de moins en moins pour réparer, réadapter, restructurer, rénover. L’idée de base est de travailler ensemble sur les sujets de fond, d’expérimenter des choses nouvelles en acceptant le droit à l’erreur, de manière à avancer de façon itérative et de porter à l’échelle.

Quelle sera la vocation du binôme que vous allez constituer avec le nouveau secrétaire général, Bruno Meyer ?

Palladio entame aujourd’hui une nouvelle étape de son évolution. Nous avons la chance d’être une Fondation abritée par la Fondation de France. D’autres talents vont nous rejoindre et nous permettre, en créant cette communauté de bénévoles et de permanents, de poursuivre notre action d’intérêt général au service de la ville bas carbone pour tous. Il ne s’agit pas que d’un slogan, car cela inclut énormément de choses notamment les actions collectives initiées par l’UVD : la géothermie de surface, les pensions de famille, les 20 % d’ESS (économie sociale et solidaire), la construction hors site, l’accélération du championnat de France des économies d’énergie, le fonds créé pour planter des arbres… On ne peut plus en effet parler de la ville en termes de construction d’immeubles et la ville ne peut pas être une collection d’immeubles juxtaposés. Il faut intégrer les dimensions de santé, de culture.

Par ailleurs, depuis notre premier sommet en 2021, nous avons accompagné des villes moyennes dont les maires dynamiques souhaitaient accélérer la transformation. C’est ainsi que Saint-Dizier, Val-de-Reuil, Lourdes ont été pionnières dans cette démarche d’accélération de leur transformation.

Quel regard portez-vous sur la crise qui secoue l’industrie immobilière ?

Ce n’est pas une crise immobilière, mais une crise multifactorielle avec des conséquences immobilières. L’intelligence artificielle, les guerres et la crise géopolitique mondiale, la crise énergétique, les impacts du changement climatique ont des conséquences de remise en cause profonde de notre mode de vie et de fonctionnement en tant que société. La hausse soudaine des taux d’intérêt comme conséquence en passant des taux négatifs à des taux autour de 4 % et le retour de l’inflation revisitent notre modèle d’affaire et nécessite une adaptation nécessaire une fois la sidération passée.

Ce qui a eu pour conséquence de bloquer le marché. Comment en sort-on ?

Il n’y a pas de réponse toute faite. J’observe cependant que progressivement la détente sur les taux s’opère et les banquiers reviennent sur le marché des prêts. Nous sommes cependant loin de l’euphorie de la décennie passée. En revanche, il y a une crise importante du bureau tout simplement parce que l’intelligence artificielle ou les algorithmes suppriment des emplois administratifs au bénéfice des emplois de service, industriels ou à très haute valeur ajoutée. Cette tendance n’est pas nouvelle bien qu’accélérée ces dernières années. Ce qui implique d’avoir besoin de moins de surface. D’où une situation de transfert des emplois et un problème de formation pour reconvertir les personnes concernées. Nous vivons une période de transition, de changement de paradigme profond.

Comment réussir la rénovation énergétique des bâtiments ?

La réglementation sur les passoires thermiques est une bonne chose. Il n’est pas normal d’infliger notamment aux locataires une charge accrue de consommation d’énergie en plus des conséquences climatiques désastreuses d’autant que cela impacte surtout la classe moyenne. Cette réglementation cependant enlève du marché des produits locatifs, avec comme conséquence la hausse des loyers car moins d’offres.

En France, sous l’influence du green deal européen, on a décidé d’orienter les financements de la rénovation énergétique sur le logement individuel et les copropriétés, ce qui part d’un bon sentiment mais est cependant une erreur à mes yeux, car cela concerne des individus qui doivent prendre des décisions sans en avoir ni les moyens, ni l’expertise. Il serait plus efficace de les diriger vers les gros propriétaires (résidentiels, industriels,…) occupants ou bailleurs, qui ont la capacité de décider de faire ces transformations à plus grande échelle dans un premier temps. Cela permettrait de tester des modèles d’affaires en économie circulaire et des compétences plus efficaces et transposables dans un second temps sur les propriétés individuelles. C’est la notion de temporalité chère à Pierre Veltz.

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