M. Louradour : « Il existe une union sacrée de l’Ile-de-France pour soutenir l’économie »

Marianne Louradour, directrice Ile-de-France de la Banque des territoires, décrit les différents axes du plan de relance de la Caisse des dépôts dans une région dont l’économie est particulièrement touchée par la pandémie.

Quel impact de la pandémie constatez-vous sur l’économie francilienne ? 

Des secteurs se trouvent en grande souffrance. On sait qu’aujourd’hui l’Ile-de-France est particulièrement touchée, avec un front renversé qui est nouveau : c’est la première fois que Paris est plus impactée que l’Ile-de-France et que l’Ile-de-France est plus touchée que la France. Ce nouveau paradigme historique s’explique en grande partie par les conséquences de l’interruption du tourisme et des relations internationales sur l’économie de l’Ile-de-France. L’interpénétration de cette dernière avec l’écosystème national et mondial est en effet particulièrement visible par ces temps de crise.

L’interruption des échanges touristiques a également un impact fort sur les plateformes aéroportuaires d’Orly et de Roissy (et l’ensemble de leurs sous-traitants) et les industries automobiles et aéronautiques, particulièrement concernées car elles sont pour la plupart situées en grande couronne. C’est la raison pour laquelle il existe aujourd’hui une union sacrée de l’Ile-de-France autour de son modèle économique, à travers tous les dispositifs d’urgence mis en place par les collectivités locales et l’ensemble des acteurs économiques, aux côtés du plan de soutien gouvernemental.

Marianne Louradour. © PCE

Comment se traduit cette union sacrée ?

Je pense par exemple au fonds résilience, mis en place par la Région avec la participation de l’ensemble des intercommunalités et de la ville de Paris. La Banque des territoires vient d’abonder une deuxième fois ce fonds, qui accorde des avances remboursables réservées aux petites entreprises qui ont rencontré des difficultés pour obtenir les prêts garantis par l’Etat (PGE). L’Ile-de-France est la seule région où ce fonds a été intégralement consommé. C’est révélateur de la situation que nous vivons. La Banque des territoires a apporté 25 millions d’euros dans le cadre de la première enveloppe de ce fonds, dotée de 100 millions d’euros, et 12,5 millions pour la seconde (dotée de 50 millions). Ce fonds est opéré par des réseaux locaux, France active, Initiative France, l’Adie et Réseau entreprendre, c’est aussi ce qui fait sa force opérationnelle.

Quels sont les autres axes de votre plan de relance ?

Le plan de relance de la Banque des territoires comprend deux grands axes qui sont l’habitat et la transition écologique et énergétique, secteurs qui constituent par ailleurs l’épine dorsale de notre activité. Ces domaines sollicitent largement la commande publique et représentent des enjeux d’investissement. Ensuite, nous intervenons en soutien de secteurs fragilisés par la crise : le secteur médico-social, la relocalisation industrielle, qui est redevenue centrale en Ile-de-France, la couverture du territoire en très haut-débit, ainsi que le tourisme et le commerce, domaines relativement nouveaux pour la Banque des territoires.

Nous intervenons en développement mais aussi auprès des acteurs existants, pour les relancer dans l’urgence. Nous proposons par exemple aux opérateurs et aux commerçants qui rencontrent des besoins de trésorerie des mécanismes de type « lease back ». Leurs bénéficiaires demeurent exploitants de leurs fonds, dont nous rachetons les murs, qu’ils récupèrent lors du retour à meilleure fortune. Cela permet de maintenir les emplois liés à l’exploitation de ces activités. Nous pouvons donc offrir des conditions d’intervention, sur le plan des délais notamment, souples, voire sur-mesure.

En quoi consiste votre intervention à Paris ?

A Paris, nous intervenons déjà en faveur du commerce et de l’artisanat de proximité par le biais de la Semaest, dont nous sommes actionnaires et dont l’activité consiste à intervenir sur la revitalisation de rues commerçantes, des pieds d’immeubles, en acquérant des lots, puis en les rénovant, afin d’y favoriser le retour d’une offre commerciale diversifiée. Nous sommes également associés à la SAS Foncière Paris commerces, société foncière créée à l’initiative de la ville de Paris, de la Banque des territoires et de la Semaest, qui vise notamment, via un portage plus long, à relayer et pérenniser l’action de la Semaest en faveur du commerce de proximité.

Afin de soutenir les acteurs économiques du territoire, une convention de partenariat avec la mairie de Paris a été signée le 8 février dernier dans le cadre de la conférence économique sur la relance, autour de deux thématiques d’urgence : la relance du commerce de proximité et le soutien à l’hôtellerie. Nous restons aussi très mobilisés pour accélérer la transition écologique et énergétique, à travers nos offres en faveur de la rénovation énergétique et du déploiement de solutions nouvelles sur le territoire – à l’instar de Clem-e (service d’autopartage d’utilitaires électriques) et de travaux sur le verdissement de la flotte portuaire du bief parisien.

Quelles sont vos activités avec la Métropole du Grand Paris ?

Nous participons actuellement à la préparation de la troisième édition d’« Inventons la métropole du Grand Paris ». Nous avons également mis en place un « Aquaprêt », destiné à financer les investissements soutenus par la Métropole menés dans le cadre de sa compétence de gestion des milieux aquatiques et de protection des inondations (Gemapi). Nous participons à ses travaux concernant la logistique du dernier kilomètre, qui est déterminante dans le cadre de la transition écologique et énergétique si l’on veut promouvoir une mobilité décarbonée.

Nous sommes très actifs sur ces questions avec, par exemple, notre soutien au plan de développement très ambitieux de la Sogaris, qui promeut un modèle original et volontariste pour la logistique du dernier kilomètre dans la zone dense. Nous œuvrons aux côtés de la Métropole sur son programme de revitalisation des centres urbains, de même que sur le financement de la rénovation énergétique des bâtiments. Nous allons renouveler prochainement notre convention de partenariat avec la Métropole sur tous ces domaines de compétences.

« Nous avons également mis en place un « Aquaprêt », destiné à financer les investissements soutenus par la Métropole menés dans le cadre de sa compétence de gestion des milieux aquatiques et de protection des inondations (Gemapi) », indique Marianne Louradour. Ici la Seine en crue. © Jgp

La rénovation thermique des bâtiments est-elle une de vos priorités actuelles ?

Tout à fait. Nous sommes également présents au sein de la SEM Ile-de-France énergies, qui intervient sous l’égide de la région Ile-de-France pour la rénovation énergétique des copropriétés privées. Nous intervenons aussi pour la rénovation énergétique des bâtiments publics avec des dispositifs comme « l’intracting », que nous avons mis en œuvre avec le Muséum d’histoire naturelle ou l’Université de Cergy. Ce dispositif de rénovation des bâtiments publics mesure très précisément les économies d’énergie réalisées, de telle sorte qu’elles financent les travaux. Il est fondamental de mesurer les économies obtenues grâce à la rénovation car trop de programmes ont été menés pour générer in fine un faible impact. L’intracting est également favorable à la diffusion d’une culture des économies d’énergie dans la gestion quotidienne des bâtiments. Nous accordons, par ailleurs, des prêts aux collectivités pour financer ces rénovations thermiques et sommes en train d’équiper les communes en bornes de recharge pour véhicules électriques.

Quels sont vos autres axes d’intervention prioritaires ?

L’économie circulaire, notamment dans la gestion des déchets, constitue également pour nous un sujet important. Nous contribuons au financement d’innovations très structurantes, dans l’objectif d’atteindre le « zéro déchet ». Nous participons au tour de table de différents projets et sommes ainsi très présents au sein de la Semardel, en Essonne, ou auprès du Syctom, l’agence métropolitaine des déchets. Plus généralement, nous accompagnons financièrement tout projet porté par une entreprise de l’économie sociale et solidaire de manière à construire une économie plus attentive aux impacts sociaux et environnementaux.

Quel regard portez-vous sur la situation des collectivités territoriales ?

Nous observons naturellement pour chaque prêt octroyé la soutenabilité des investissements concernés et apportons un soin particulier à la durée d’usage en mettant en cohérence la durée du prêt avec la durée de vie des infrastructures utilisées. Mais ce que nous cherchons principalement à faire avec les collectivités locales, c’est la bonne prise en compte de la rentabilité des investissements qu’elles réalisent. C’est pourquoi nous promouvons les investissements en économie mixte, par le biais de SEM ou de Semop, qui favorisent la remontée de la valeur au sein des collectivités locales.

C’est par exemple le cas avec les EPT Vallée sud Grand Paris ou Plaine Commune, avec lesquelles nous avons créé des SEM commerce. Elles acquièrent des lots pour vitaliser les centres-villes en permettant, au-delà du bénéfice de l’usage, de partager la valeur entre la ville et les investisseurs partenaires. Il y a, ainsi, une convergence de vue entre les collectivités, les investisseurs privés et la Banque des territoires pour réaliser des investissements avec un fort impact territorial, tout en favorisant la pérennité des sociétés qui portent les projets.

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