Sous la grande verrière du Grand Palais, le 15e Forum International Bois-Construction illustre la montée en puissance des matériaux biosourcés dans la fabrique de la ville. Organisé du 25 au 27 février, l’événement – longtemps itinérant en régions – s’installe désormais au cœur de Paris, signe d’une maturité atteinte par la filière et d’un intérêt croissant de l’ensemble des professionnels.
« Nous avons voulu montrer que le bois et les matériaux bio- et géosourcés ont aujourd’hui toute leur place dans la construction », résume Nicole Valkyzer-Berkman, directrice et fondatrice du Forum bois construction. Longtemps cantonné à des projets pionniers, le bois s’affiche désormais comme un matériau standard de l’architecture contemporaine. La directrice du Forum revendique un tournant : « On disait autrefois que le bois était plus cher. Ce n’est plus vrai : la préfabrication en atelier permet des chantiers rapides, propres, et souvent plus économiques ». Aussi sont rassemblés au Grand Palais jusqu’à ce soir 250 exposants, plus de 700 projets présentés par des agences d’architecture, et entre 20 000 et 25 000 visiteurs étaient attendus par les organisateurs.

Le 15e Forum International Bois-Construction est organsié du 25 au 27 février au Grand Palais. ©Jgp
Pour Franck Boutté, fondateur des Ateliers Franck Boutté, avec lequel nous avons effectué une visite du Forum, l’effet de masse est révélateur : « Pendant trois jours, on a l’impression que tout le monde construit en bois. Ce n’est pas totalement vrai, mais cela montre que le bois est devenu un matériau courant, presque standard, de l’architecture . L’événement montre que la filière française, longtemps en retrait, a comblé une partie de son retard industriel.
Du “tout bois” à la mixité intelligente des matériaux
Si l’essor du bois est indéniable, le Forum met aussi en scène une évolution des pratiques de conception : la fin du “tout bois” dogmatique au profit d’une mixité des matériaux. « Il y a une dizaine d’années, la construction bois c’était très compliqué car il y avait énormément de verrous à la fois réglementaires et techniques », rappelle-t-il. « Mais en fait on était sur la recherche un peu monomatière c’est-à-dire faire du tout bois sinon ça ne marche pas. Aujourd’hui ce que je trouve extrêmement intéressant et qu’on peut voir d’ailleurs dans la diversité des projets qui sont montrés au Forum c’est qu’il y a très souvent une mixité des matériaux ».

Visite du Forum Bois construction avec Franck Boutté. ©Jgp
Les Ateliers Franck Boutté travaillent sur des approches environnementales diverses, à la fois la décarbonation, les enjeux énergétiques, les questions d’adaptation, le changement climatique donc le confort d’été, etc. « Nous nous intéressons potentiellement à tous les matériaux et nous regardons les qualités que chacun peut apporter », explique Franck Boutté. Le bois et les biosourcés, stockeurs de carbone, répondent à l’enjeu d’empreinte environnementale, mais l’allègement des structures pose la question de l’inertie thermique et du confort d’été. « Des bâtiments trop légers peuvent mal tenir les températures en période estivale. D’où l’intérêt de mixer avec des matériaux à forte inertie, comme la terre crue ou des solutions bois-béton », détaille le grand prix de l’urbanisme 2022 qui constate également une évolution dans l’usage du bois.
Sur les stands comme dans les conférences, les planchers mixtes, les systèmes alvéolaires bois-béton, ou l’intégration de géosourcés témoignent d’une maturité technique : « les agences détournent la contrainte pour en faire une nouvelle écriture, une nouvelle esthétique de la frugalité et de la sobriété constructive ».
Une filière en voie d’industrialisation
Le Forum reflète aussi l’industrialisation progressive de la construction bois : préfabrication, montée en compétences des entreprises françaises, labels de traçabilité, capacité à produire des éléments structurels de grande portée. « Aujourd’hui, la filière française est capable de produire du CLT et du LVL ; le bois est aussi adapté aux usages extérieurs, aux bardages, à l’aménagement », souligne Nicole Valkyzer-Berkman. La part d’exposants étrangers, jadis majoritaire, s’est réduite à 30–40 %, signe d’un rééquilibrage au profit de l’offre nationale.
Dans les allées de la mezzanine, la diversité des projets exposés par plusieurs dizaines d’agences d’architecture raconte un changement d’échelle : logements collectifs, équipements, tertiaire, rénovation. « La maîtrise d’œuvre est largement convaincue. Le bois s’inscrit désormais dans des logiques de mixité – bois-paille, bois-chanvre, bois-terre – avec des performances d’isolation et de décarbonation supérieures aux solutions traditionnelles », observe la directrice du Forum. Au final, « le bois n’est plus un marqueur de niche, mais un pilier de l’architecture contemporaine, appelé à s’inscrire dans des solutions hybrides ».