La ville du 1/4 d’heure au cœur du programme d’Anne Hidalgo

Entourée du climatologue Jean Jouzel, de l’universitaire Carlos Moreno, de l’écrivain Alexandre Jardin et de plusieurs adjoints, Anne Hidalgo a développé, mardi 14 janvier 2020, son engagement de faire de la ville du ¼ d’heure un axe central de son second mandat. La maire sortante a annoncé également la création d’une académie du climat sise dans la future ex-mairie du 4° arrondissement de Paris.

« La ville du quart d’heure, c’est réunir, à un quart d’heure de chez soi à pied ou en mobilité active, l’ensemble des éléments qui font que l’on est plus ou moins heureux. C’est-à-dire habiter, travailler, s’approvisionner, se soigner, s’éduquer, avoir des loisirs », a résumé Carlos Moreno, universitaire, titulaire de la chaire ETI (Entrepreneuriat, territoire, innovation) de la Sorbonne.

Patrick Bloche, Alexandra Cordebart, Audrey Pulvar, Anne Hidalgo, Jean Jouzel et Christophe Najdovski. © Jgp

Carlos Moreno et Alexandre Jardin. © Jgp

« Nous vivons dans des cités fragmentées, où l’on travaille fréquemment loin d’où l’on habite, où l’on ne connaît pas ses voisins, où l’on est seul, où l’on en souffre », a souligné le chercheur. « Les gens peuvent passer une journée entière hyperconnectés grâce à leur téléphone, sans ne parler à personne », a poursuivi ce théoricien de la topophilie, l’amour des lieux (où l’on vit).

« Modifier notre relation à l’autre »

A Paris, ce sont les écoles ou les collèges, « capitales de chaque quartier », selon les termes d’Anne Hidalgo, qui constitueraient l’épicentre et l’âme de cette ville du quart d’heure. A l’image des cours-oasis déjà ouvertes au sein de certains établissements, il s’agirait de faire de ces écoles, et singulièrement de leurs espaces de plein air, « des havres de paix, où les différentes générations pourraient respirer, nouer des relations apaisées, cultiver ensemble les produits de l’agriculture urbaine en pleine terre ». « Il s’agit de modifier profondément notre relation à l’autre, et de comprendre les enjeux du climat en les ramenant à l’échelle de nos vies », a résumé la maire de Paris.

Cour d’école, avant / après. © Paris en commun

La ville du quart d’heure réduit les émissions de gaz à effet de serre, puisqu’elle est celle des circuits courts, de l’agriculture urbaine, des achats de proximité. La candidate a vanté la multiplication, à Paris, des toitures végétalisées et de l’agriculture urbaine, « qui fait que nous avons désormais dépassé des villes comme New York ou Detroit, dont nous nous sommes tout d’abord inspiré ».

L’élue a souligné que l’installation d’agriculteurs en ville s’était faite en lien étroit avec la chambre d’agriculture, dans un souci de professionnalisme. La mise en culture biologique, par Eau de Paris, de parcelles jusqu’à présent mises en jachère car longeant les cours d’eau approvisionnant Paris a également été mise en avant. A l’instar des terres produisant désormais les lentilles de l’Yonne, dans l’Aube, qui nourrissent aujourd’hui les élèves des cantines des 10° et 11° arrondissements de Paris.

L’éducation face au péril climatique

Anne Hidalgo a affirmé l’importance qu’elle attache à l’éducation face au péril climatique. « Or il est encore possible aujourd’hui d’effectuer toute sa scolarité sans recevoir le moindre enseignement sur le climat », a-t-elle déploré. D’où l’idée de bâtir au sein de la mairie du 4°, qui sera vacante après le regroupement des services des quatre arrondissements fusionnés au sein de la mairie du 3°, une académie du climat.

Destinée aux jeunes de 12 à 25 ans, qui pourront être formés et accompagnés sur l’élaboration de projets environnementaux, elle sera gratuite, publique, ouverte en dehors des heures scolaires et contribuera à la diffusion d’une culture scientifique sur ces questions. « J’ai échangé avec les membres du C40 de cette initiative, notamment avec Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York. D’autres capitales, à l’étranger, pourraient s’inspirer de l’initiative parisienne », a-t-elle fait valoir. Anne Hidalgo s’engage, par ailleurs, à mettre en place une « garantie environnementale » au sein des écoles (cette garantie porte sur l’air intérieur, l’air atmosphérique, les sols, les perturbateurs endocriniens, l’alimentation).

Pénélope Komitès. © Jgp

Alexandra Cordebard, Audry Pulvar, Anne Hidalgo et Jean Jouzel. © Jgp

Alexandre Jardin a conseillé à la candidate « de ne pas trop faire à la place des enfants, afin de développer leur sens des responsabilités ». © Jgp

En présence de Jean Jouzel, président de son comité de soutien, climatologue, la maire sortante a insisté sur l’importance, pour les élus, d’appuyer leurs décisions sur les travaux des scientifiques, et de favoriser la diffusion de ces connaissances. « Contrairement à une idée reçue, la transition écologique est fortement créatrice d’emplois », a notamment souligné Jean Jouzel.

« Nous avons encore beaucoup à faire pour que les mentalités changent », a constaté Pénélope Komites. L’adjointe de Paris en charge des espaces verts, de la nature en ville, de la biodiversité de l’agriculture urbaine et des affaires funéraires a raconté comment les services de la ville avait contesté l’idée de planter des arbres fruitiers dans les rues de Paris, au prétexte que les enfants allaient manger leurs fruits et que ces derniers risquaient de tomber par terre.

Anne Hidalgo et Paris en commun proposent également la fermeture de la circulation automobile des rues aux abords des écoles, comme cela a été expérimenté en décembre 2019 dans les 10° et 18° arrondissements de Paris.

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